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La diversité des systèmes de protection sociale en Europe (décembre 2000)
L'Europe sociale partagée entre deux modèles

Un peu d'histoire... Dans les années 1880-1890, le chancelier allemand Bismarck fait voter un ensemble de lois sociales destinées à contrer la montée du socialisme. Les travailleurs ont droit à une protection sociale en échange de leur activité professionnelle. Les assurances sociales sont financées par des cotisations partagées entre salariés et employeurs. Elles sont contrôlées par l'État mais gérées par les partenaires sociaux. En 1942, le rapport de Lord Beveridge paraît à la demande du gouvernement anglais. Il propose d'instaurer un système universel chargé de protéger tout citoyen, quelle que soit sa situation professionnelle. Les prestations sont les mêmes pour tous. Le système est financé par l'impôt et placé sous l'autorité de l'État.

Ces deux systèmes de protection sociale ont durablement influencé l'ensemble des pays européens. Les pays du nord appliquent le système Beveridge depuis 1945, ceux du sud depuis les années 80. L'Europe continentale reste adepte du système Bismarck (Voir Carte de l'Europe sociale) . Toutefois, les politiques sociales ont évolué sur le vieux continent et, aujourd'hui, plusieurs pays, dont la France, s'inspirent en fait des deux modèles (dossiers à venir sur notre site).

Longtemps confrontés à une situation économique dégradée, les pays européens ont cherché ces dernières années à freiner les dépenses sociales. Beaucoup ont diminué les prestations, et certains sont allés jusqu'à remettre en cause certains des principes fondateurs, à l'instar de l'introduction d'assurances privées et même de la concurrence dans le service de santé britannique. Malgré ces aménagements, les systèmes Bismarck et Beveridge restent les piliers de l'Europe sociale.

 

 

Et avant ?

Système Bismarckien : système de protection sociale financé par des cotisations partagées entre salariés et employeurs, contrôlé par l'État mais géré par les partenaires sociaux.

Système Beveridgien : système de protection sociale financé par l'impôt et placé sous l'autorité de l'État.



Comparer les performances des pays voisins

Béatrice Majnoni d'Intignano est professeur d'économie à Paris XII-Créteil et de gestion comparée des systèmes de santé à l'ESCP et à l'ESSEC. Auteur de " La Protection sociale " collection INEDIT Sciences sociales au " Livre de poche "

Quelle est le niveau de qualité des systèmes de santé européens par rapport aux autres pays industrialisés ?

Il est d'une qualité incroyable ! L'Europe a été et reste le berceau de l'État providence. Elle est la seule à offrir un système aussi généreux, à part le Canada et le Japon. Elle est la seule à protéger l'ensemble de la population pour l'ensemble des risques. On parle de " l'Europe des marchés ", c'est une hérésie ! Il faut parler de l'Europe de la protection sociale !


Dans ce cas, va-t-on vers une harmonisation des systèmes de protection sociale en Europe ...

Non, car la protection sociale ne fait en aucun cas partie des compétences de la commission européenne, mais relève du principe de subsidiarité, c'est à dire des compétences nationales. Or, chaque pays est très attaché à son système.


Il semble pourtant que chaque pays emprunte de plus en plus de caractéristiques aux deux principes, Bismarck et Beveridge ?

Il leur faut de plus en plus améliorer leur système, surtout dans des domaines comme la vieillesse ou la maladie. Les réformes passent par la comparaison des performances des pays voisins. On assiste à une certaine convergence... mais pas à une harmonisation. Les pays européens restent attachés à leur principe : Beveridge ou Bismarck.

 

     
 

Et avant ?

Assurer ses vieux jours. Dans les sociétés anciennes, la protection et la solidarité entre les générations étaient assurées par la famille: mieux valait avoir beaucoup d'enfants pour assurer ses vieux jours. Les malades étaient pris en charge par les collectivités religieuses qui ouvraient des hospices et hôpitaux dans toute l'Europe. Les plus riches -nobles, propriétaires terriens, artisans et plus tard les patrons industriels- nourrissaient et soignaient leurs serviteurs ou leurs ouvriers.

Poor Laws. L'Angleterre fut le premier État européen à lancer un début de politique sociale. En 1601, les Poor Laws obligent les paroisses à aider les habitants dans le besoin : en argent s'il s'agit d'un enfant ou d'un invalide, sous forme de travail s'il s'agit d'un indigent (obligé de l'accepter sous peine de prison). Ce premier modèle est repris dans quelques rares pays européens, puis balayé par la révolution industrielle. A la fin du 19ème siècle, Bismarck crée le premier système d'assurance sociale qui influence toute l'Europe. La politique sociale publique est née!

 
 


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