|
Le Britannique Lord Beveridge pose, en 1942, les trois grands
principes d 'un nouveau système de protection
sociale: l'universalité, une couverture pour tout le monde;
l'uniformité, une aide identique pour tous (ouvriers et cadres supérieurs
perçoivent les mêmes montants) sous la forme de prestations en espèces
(indemnités maladie, allocations chômage, retraite), ainsi que de services
gratuits; enfin l'unicité, une seule administration.
Lord Beveridge précise que ce système nécessite la création d'un
service national de santé (géré par l'État). Ce modèle va influencer
durablement de nombreux pays européens, selon des voies différentes.
- Scandinavie. Les pays scandinaves sont les plus proches du
modèle de Beveridge. Tous les citoyens ont droit à la protection sociale.
L'État fournit de nombreux services sociaux gratuits (pour les enfants, pour
les personnes âgées ...) et la plupart des prestations sont forfaitaires (le
montant des versements -plutôt élevé- est invariable). Le système est financé
par l'impôt et géré par l'État.
- Royaume-Uni. Paradoxalement, la Grande-Bretagne et l'Irlande
ne sont pas allées aussi loin que les pays scandinaves. Leur système de santé,
gratuit à 85%, est ouvert à tous. Mais les prestations en espèces (retraite de
base, allocations chômage...) sont minimes. Résultat : les retraites et
assurances privées sont nombreuses.
- Méditerranée. Enfin la crise des années 80 a conduit les pays
méditerranéens (Grèce, Italie, Espagne, Portugal), dont le système s'inspirait
du modèle de Bismarck, à créer un système de santé national leur offrant un
meilleur contrôle des dépenses, à l'instar de la
formule imaginée par Lord Beveridge.
La crise économique et le problème de financement des retraites ont
conduit tous ces pays à certains aménagements : la Grande-Bretagne a par
exemple introduit la concurrence dans son
système national de santé. Aucun de ces pays n'a pour autant remis en cause
l'influence de Beveridge sur son système de protection sociale.
| |
|
|
| |
Le médecin de famille au centre du système
de santé britannique.
"Garde-barrière". Le médecin généraliste
est un passage obligé dans le dispositif britannique, d'où son nom
de gate keeper (littéralement le garde-barrière). Chaque
citoyen britannique s'inscrit chez un médecin généraliste de son
choix qui le soigne gratuitement et l'oriente le cas échéant vers un
spécialiste ou un hôpital. Il est payé par l'Etat en fonction du
nombre de ses patients et de son activité : en plus de la
capitation de base (forfait par patient), il perçoit une prime pour
chaque nouvelle inscription à son cabinet et divers forfaits pour la
formation, la petite chirurgie, les visites de nuit, la vaccination
mais aussi les campagnes de prévention lancées par
l'Etat.
Concurrence. Les médecins regroupés
en PCG (Primary Care Groups) peuvent aussi devenir "acheteurs de
soins" auprès de leurs "fournisseurs" les hôpitaux. Ils disposent
d'une enveloppe publique pour négocier et payer les soins
hospitaliers courants de leurs patients, n'hésitant pas à faire
jouer la concurrence.
Le NHS
décrié.
Le médecin "gate keeper" permet un meilleur contrôle des
dépenses de santé. C'est l'une des raisons pour lesquelles le NHS
(National Health Service) est l'un des systèmes de santé les moins
chers d'Europe avec moins de 7% du PIB (contre 9,5% du PIB en
France, 10% en Suisse et 10,7% en Allemagne*). Néanmoins, les soins
prodigués en Angleterre font l'objet de nombreuses critiques, en
raison notamment du manque de médecins généralistes et de la
longueur des listes d'attente puur les interventions chirurgicales
non urgentes.
*Source :
Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des
statistiques du Ministère de l'emploi et de la solidarité (DREES),
1999. |
|
| |
|
| |
Modérer le coût pour les finances
publiques.
Bruno Palier, chargé de recherche au
CNRS, est spécialiste de la comparaison des systèmes de protection sociale en
Europe.
Les recommandations
de Lord Beveridge ont-elles été toujours suivies ?
Non, par exemple Lord Beveridge
conseillait, au nom de la redistribution, de financer les dépenses sociales par
des cotisations proportionnelles aux revenus, et non par l'impôt. De même, il
recommandait des prestations minimales pour inciter les gens à travailler. Ce
qui n'est pas le cas dans les pays scandinaves où les systèmes sont devenus de
plus en plus généreux.
Les pays européens
ont, dans leur majorité, adopté des mesures inspirées, de près ou de loin, du
modèle Beveridge. Pourquoi ?
C'est d'abord une question de justice
sociale. Tout le monde a droit aux soins. Vous êtes malade, vous allez à
l'hôpital, vous n'avez rien à payer. Ensuite ça coûte moins cher au
gouvernement. Les médecins sont salariés et beaucoup moins incités à dépenser.
Alors que dans certains pays s'inspirant du modèle Bismark, les médecins, payés
à l'acte, peuvent être tentés de revoir leurs patients plus souvent et de leur
prescrire plus de médicaments.
|