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La diversité des systèmes de protection sociale en Europe : système Bismark (février 2001)
Le système Bismarck : la protection sociale en échange du travail.

'' Messieurs les démocrates joueront vraiment de la flûte lorsque le peuple s'apercevra que les princes se préoccupent de son bien-être. '' écrit le Chancelier Bismarck dans ses Mémoires. En jetant les bases de l'État social, le père de l'Allemagne unifiée ne cache pas son réel objectif : contrer la montée du socialisme et du syndicalisme au moment où douze députés du parti social-démocrate entrent au Reichstag. Bismarck décide alors d'accompagner sa politique de répression des manifestations par une série de lois sociales votées entre 1883 et 1889. Elles donnent naissance aux assurances sociales.

Après avoir été longtemps le modèle dominant sur le Vieux Continent, le système Bismarck reste aujourd'hui implanté en Europe continentale (Allemagne, Autriche, Bénélux et France) et continue d'influencer les pays méditerranéens, pourtant tournés depuis quelques années vers le modèle Beveridge.

Il s'agit d'un système d'assurances sociales qui se distinguent de l'assistance sociale: la protection est accordée en contrepartie d'une activité professionnelle. Ces assurances sont obligatoires. Les prestations en espèces (allocations chômage ou vieillesse) sont proportionnelles aux revenus. Les assurances sociales sont financées par des cotisations partagées entre salariés et employeurs. Elles sont contrôlées par l'État mais gérées par les partenaires sociaux.

Dans ce système, le droit à la protection sociale n'est ouvert qu'aux salariés (les cotisants) et à leurs ayants droit (conjoint, enfant). L'État a donc créé un '' filet de sécurité '' pour tous ceux qui ne sont pas ou plus couverts par les assurances sociales. Il est constitué de prestations minimales, sous conditions de ressources, financé par des recettes fiscales (exemple : le RMI en France). Ces prestations se sont multipliées à partir des années 80, montrant ainsi certaines limites du système en temps de crise.

Au fil des décennies, les systèmes Bismark ont évolué en reprenant certains principes propres aux systèmes de protection de type Beveridge (voir notre dossier du mois précédent). Mais la réciproque est valable, ainsi pendant que les systèmes Bismarkiens introduisaient une dose de fiscalité (CSG, RDS...), les systèmes Beveridgiens favorisaient le recours à des assurances complémentaires (assurances maladies complémentaires notamment).

     
 

En Allemagne, un système de santé ouvert à la concurrence.

Depuis 1996, les allemands peuvent choisir leur caisse d'assurance maladie parmi plus d'un millier de caisses organisées en structures régionales, professionnelles ou d'entreprise, ou bien préférer les assurances privées, réservées toutefois aux revenus élevés ou à certaines professions indépendantes. Dans ce contexte de concurrence, les écarts entre cotisations, qui pouvaient atteindre 8% avant la réforme, ont diminué.
Dans la pratique, tout assuré peut consulter librement un médecin généraliste ou spécialiste sans faire l'avance des frais : le médecin conventionné est payé à l'acte directement par la caisse. Pour accéder à l'hôpital, le patient doit d'abord obtenir l'accord d'un médecin.
En ce qui concerne les médicaments, le gouvernement fixe le montant du ticket modérateur (à la charge du patient) selon le produit et son prix. Afin de diminuer les dépenses, il a souvent recours à la majoration de ce ticket modérateur, à la mise en place de quotas de prescriptions que les médecins ne peuvent dépasser sous peine de sanctions financières, mais aussi à la prescription de médicaments génériques et à la réduction des listes de médicaments remboursés par les caisses.

 
     


Ce que Beveridge pourrait emprunter à Bismarck.

Denis-Clair Lambert, professeur d'économie à Lyon 3, est l'auteur de l'ouvrage '' Les systèmes de santé '', éd. Seuil 2000.

Pourquoi le modèle bismarckien est-il resté si bien implanté en Europe Continentale, pourquoi cette unité géographique ?.

L'Europe continentale, du moins médiane (celle du marché commun à 6) est restée fidèle à Bismarck et à une protection sociale à l'allemande pour des raisons historiques, politiques et sociologiques. Une histoire d'un siècle ; une convergence politique du couple franco-allemand (gaullisme et social-démocratie, puis socialisme) qui voudrait préserver une protection sociale plus généreuse que dans le monde anglo-saxon; enfin une convergence sociologique, l'attachement aux statuts particuliers et aux avantages acquis

Est-ce que le modèle bismarckien n'a pas montré ses limites lors de la crise économique, avec notamment les problèmes de cotisations liés au chômage et à la démographie ?

La chute de la natalité et celle des recettes de cotisation n'avaient pas un impact macro-économique majeur dans les années 1930. La réponse des politiques keynésiennes était les grands travaux, l'investissement et la hausse des salaires.
Quand la stagnation arrive dans l'Europe du chômage après 1975, l'inflation va disparaître, alors les recettes de cotisation des assurances sociales fléchissent. Les gouvernements envisagent à ce moment la fiscalisation partielle ou complète des recettes (exemple : les taxes sur l'alcool et le tabac, puis la CSG, alimentant le budget de la Sécurité sociale en France, ndlr).

Pour les systèmes béveridgiens, quels seraient à votre avis les avantages à emprunter au système bismarckien ?

Premièrement, il faudrait rétablir une pluralité des réseaux de soins répondant aux attentes des usagers (97% des Italiens sont mécontents de leur système de santé);
Deuxièmement, il conviendrait de soigner mieux avec des moyens diagnostiques et thérapeutiques plus modernes, en incitant médecins et hôpitaux à trouver de l'argent sur les marchés financiers et à mieux gérer leurs ressources (réforme anglaise ou catalane) ;
Enfin troisièmement, il faudrait élargir le financement pour éviter l'étranglement par les dotations budgétaires publiques, en s'ouvrant à d'autres "tiers-payeurs" (assureurs complémentaires) ou en introduisant de véritables taxes affectées à la santé (CSG).

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