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La diversité des systèmes de protection sociale en Europe : système français (mars 2001)
Le système de protection sociale en France : La Sécurité sociale entre deux modèles Comment concilier un système d'assurances sociales bismarckien et le principe d'assistance universelle cher à Beveridge ? La France s'y confronte, depuis la création de la Sécurité sociale à la fin de la 2ème guerre mondiale

Unique et universel. En 1945, les fondateurs de la Sécurité sociale souhaitent que cette organisation soit à la fois unique et universelle (comme en Grande-Bretagne) mais aussi financée par des cotisations professionnelles et gérée paritairement par les assurés ou leurs représentants (comme en Allemagne). Mais ce principe d'un régime général et unique ne réussit pas à se concrétiser. Plusieurs catégories professionnelles (mineurs, marins, agriculteurs...), foncièrement attachées à leur régime particulier, s'y opposent. Finalement, la généralisation de la Sécurité sociale passe par la subsistance de multiples régimes spécifiques, à côté du régime général.

Le modèle Bismarck. Dans les années 70, le gouvernement décide d'harmoniser cette mosaïque de régimes, et d'étendre l'assurance maladie-maternité à des catégories sociales non affiliées : intermittents, jeunes en quête d'un premier emploi... Il crée au même moment, des prestations à vocation universelle, comme les allocations familiales. Lors de cette tentative de généralisation de la couverture sociale, la rupture avec une logique professionnelle est mainte fois évoquée... mais jamais réalisée. Bien au contraire, le fonctionnement des institutions reste dominé par le modèle Bismarck (protection fondée sur le travail, cotisations professionnelles, etc.).

Les objectifs de Beveridge. À partir des années 90, les gouvernements successifs prennent acte des évolutions de la société et du nombre grandissant de retraités. Pour la première fois, les sources de financement de la Sécurité sociale s'élargissent en créant une ligne de recettes fiscales (CSG, RDS). Parallèlement, de nouvelles prestations voient le jour : la CMU (couverture maladie universelle), qui repose sur des critères de résidence et non plus sur l'activité professionnelle, et l'APA (Aide personnalisée à l'autonomie), une prestation universelle pour l'assistance aux personnes âgées. Ces nouvelles mesures renouent avec l'idéal des pères fondateurs de la Sécurité sociale : atteindre les objectifs de Beveridge dans un système Bismarckien.

     
 

Systèmes de santé, la France en tête

Dans un rapport publié en juin 2000, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) dresse un classement des systèmes de santé dans le monde. Arrivent dans le peloton de tête, pour la " performance globale du système de santé "(1), la France, l'Italie, l'Espagne, Oman, l'Autriche et le Japon. La Grande-Bretagne n'arrive qu'en 18ème position, la Suisse en 20ème, l'Allemagne en 25ème et les États-Unis en 37ème position, loin derrière (même s'ils sont classés 1er pour leurs dépenses de santé ou pour la réactivité des services).
Le rapport classe les 191 pays membres de l'OMS selon les performances des systèmes de santé à travers la réalisation de trois objectifs : l'amélioration de la santé, la réponse aux attentes de la population et la répartition équitable de la contribution financière.
Dans le détail, la France arrive au 4ème rang des dépenses de santé par habitant, derrière les États-Unis, la Suisse et l'Allemagne, ainsi qu'au 4ème rang concernant l'état de santé de sa population. Sur le plan de l'efficacité médicale, elle est classée 3ème derrière le Japon et l'Autriche. Mais elle n'atteint que la 12ème place concernant l'influence de sa médecine sur l'espérance de vie et elle est très mal placée pour la prise en charge des personnes âgées (surtout dépendantes) par rapport aux pays nordiques et aux Pays-Bas.

(1) : indicateur composite, résultant d'une péréquation de paramètres d'efficacité, d'accessibilité aux soins, d'équité et de coût.

 
     


" Il ne faut plus raisonner en termes de cloisonnement "

François Charpentier, journaliste, est directeur de l'ouvrage collectif " Encyclopédie de la protection sociale : quelle refondation ? " (Ed. Liaisons Economica , août 2000)


Un système inspiré par Bismarck, des principes influencés par Beveridge... La France n'a pas choisi de modèle unique. Est-ce la raison pour laquelle notre système paraît si complexe ?

Est-ce que le système Beveridge est beaucoup plus simple ? En réalité, les deux systèmes Beveridge et Bismarck se sont métissés. On ne trouve plus de système à l'état pur. En Grande-Bretagne, on va augmenter au 1er avril la retraite de base et créer une retraite complémentaire de type entreprise. Dans les systèmes Bismarckiens, on introduit des éléments de capitalisation. Il ne faut plus raisonner en termes de cloisonnement.

Notre système semble souffrir d'un mal chronique : la non-maîtrise des dépenses de santé. Est-ce un problème structurel ?

Ce sont des facteurs extérieurs qui font déraper ces dépenses : le vieillissement de la population, le coût de la médecine, le degré de confort exigé par les patients... D'ailleurs aucun pays n'a trouvé de bon système de régulation : les dépenses de santé représentent 14% du PIB pour les États-Unis, 10,5% pour la France, beaucoup moins pour la Grande-Bretagne, mais la qualité des soins n'est pas là... C'est un problème mondial.

Autre sujet de préoccupation : les retraites. Selon vous, quel est l'avenir des retraites en France ?

Un grand avenir ! Avec de plus en plus de retraités, qui " arracheront " une part de plus en plus importante de la richesse nationale et qui représenteront une force de frappe politique et économique. Depuis 1993, une série de mesures a fait baisser le montant des retraites. Mais parallèlement la première génération de femmes actives qui touche une retraite à taux plein a fait son apparition. Ce qui fait que nous aurons bientôt 2 pensions de retraite par ménage, et non plus uniquement celle du mari comme par le passé. La population de retraités a également de plus en plus de temps pour défendre ses droits, pour militer, pour faire du lobbying... et, pourquoi pas, pour former un parti politique. C'est déjà le cas en Slovénie. Est-ce que l'intérêt des retraités, qui représenteront 30% de la population, sera celui des actifs ? A voir !

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