Le système de santé espagnol, caractérisé par son
universalité(1) , illustre parfaitement cette volonté politique,
organisée à deux niveaux :
- un Etat central arbitre des grandes règles médico-économiques et de la
redistribution entre les différentes régions. C'est lui qui fixe le niveau des
remboursements, définit les prix des biens médicaux et arrête le financement
basé quasi exclusivement sur l'impôt (plus de 98% des recettes de l'Insalud,
Sécurité sociale espagnole).
- des communautés autonomes gestionnaires, elles-mêmes subdivisées en
régions, aires et zones de santé regroupant 20 à 30 000
personnes.
L'EXEMPLE DE LA CATALOGNE :
Dès 1981, la Catalogne disposait de ce pouvoir gestionnaire. Aujourd'hui, six
autres communautés en bénéficient et c'est en 2004 que le transfert sera achevé
pour les dix dernières(2).
L'organisation repose sur la sé
paration entre les fonctions d'achat et celles de production de services de
soins.
C'est l'Institut Catalan de Santé (ICS) qui, dans le cadre d'une
planification triennale, contractualise avec les structures de production des
soins que sont les hôpitaux publics et privés et les centres de soins primaires
(on en compte un millier dans tout le pays). Dans le cadre d'une concurrence
régulée, cet " acheteur public de services de santé " met en concurrence les
prestataires et oriente les patients vers les services retenus.
Les centres de soins primaires :
Particulièrement appréciés par la population, ces " dispensaires espagnols "
sont à l'origine dédiés à la médecine générale, la pé diatrie, la dentisterie et
les soins infirmiers. Premiers contacts du patient avec le système de santé, ils
sont le passage obligé pour des soins plus spécialisés (chirurgicaux par
exemple). Mais on y trouve aussi de plus en plus certaines spécialités
(cardiologie par exemple) favorisant ainsi une approche pluridisciplinaire de
l'équipe médicale. Cette ré cente évolution permet ainsi d'offrir aux assurés un
plus libre choix du praticien et facilite une meilleure coordination entre la
médecine ambulatoire et les établissements hospitaliers de court et moyen
séjour.
Les établissements hospitaliers :
Confronté aux problèmes des listes d'attentes interminables pour accéder à
certaines thérapeutiques(3), à des délais de paiement des
fournisseurs extrêmement longs (plus de 300 jours), ainsi qu'à une certaine
bureaucratisation dans la gestion du système, le gouvernement espagnol a engagé
une grande réforme du système hospitalier en expérimentant au sein des
établissements publics, les règles de management pratiquées par le secteur
privé(4). C'est ainsi que la communauté autonome d'Andalousie a
récemment délégué la gestion du plus important centre hospitalier de Valence à
une compagnie d'assurances. Le plan adopté, qui vise à rendre le système public
moins rigide et plus performant, propose également la géné ralisation des
procédures d'accréditation et de qualité.
Le pilotage de ce projet, initié
dès 1997, est confié aux instituts de santé des dix-sept communauté s autonomes
qui assument des missions comparables à celles confiées en France aux Agences
Régionales d'Hospitalisation (ARH) par les ordonnances Juppé de 1996, mais avec
des attributions élargies. Récemment, le gouvernement espagnol est allé encore
plus loin en autorisant les malades à choisir dans certaines conditions, en cas
de délai excessif notamment, l'établissement où ils pourront se faire
opérer.
Les dépenses de santé :
Elles représentent 7,6% du PIB, soit environ 5 000 F (762,25 €) par an et par
habitant. A titre de comparaison, les dépenses de santé en France atteignent les
10% du PIB et une moyenne annuelle de 15 000 F (2286,74 €) par habitant. Dans
l'Union européenne, on enregistre un taux moyen de 7,9%.
Le service national
public de soins universel espagnol, calqué partiellement sur le modèle
britannique, permet, a priori, la gratuité des soins, notamment pour les
personnes âgées de plus de 65 ans, et la dispense d'avance des frais. Néanmoins,
20% de la population ont une assurance santé privée. Mais contrairement au
système français qui permet la prise en charge partielle ou totale d'un ticket
modérateur, les assureurs espagnols se substituent au dispositif public, dès
lors que celui-ci ne prend pas en charge certaines dépenses mé dicales. Les
garanties proposent notamment une meilleure couverture des soins dentaires, une
assistance hospitalière, ainsi que certains actes chirurgicaux ou
d'investigation (ostéodensitomé trie).
Quel que soit leur statut juridique,
les opérateurs sont placés dans les mêmes conditions de concurrence pour exercer
leur activité.
Au nom de la Commission de l'Emploi et des Affaires sociales du Parlement
européen qu'il préside, Michel Rocard vient de déposer un rapport sur la
protection sociale en Europe.
Parmi ses propositions, il plaide pour " un
service de base permettant à tout citoyen européen de trouver, dans son pays de
résidence, une notion commune de service universel dont l'objet est l'accès aux
soins nécessaires et de qualité, dans des délais raisonnables... Les Etats
membres auraient pour mission de mettre en œuvre ce service universel, fondé sur
les principes communautaires d'intérêt général en Europe. ".
Dès à présent,
l'organisation de la santé en Espagne répond partiellement à ces
recommandations.
1) C'est la
Constitution de 1978 qui proclame le droit universel à la santé pour tous.
2)
Dans l'attente de la généralisation du transfert des compétences, c'est
l'Insalud qui assume les responsabilités déléguées ensuite aux communautés
autonomes.
3) Prothèses de la hanche, oncologie notamment.
4) La Catalogne
dispose aujourd'hui de 69 é tablissements hospitaliers dont 5 structures
publiques et 64 hôpitaux privés à but non lucratif pour un total de 15 465
lits.