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Une conjoncture difficile. Si les branches vieillesse,
famille et accidents du travail restent excédentaires, la forte accélération des
dépenses de santé place les comptes de la Sécurité sociale dans une situation
difficile. Pour cette année, le déficit prévisionnel du régime général est
estimé à 3,3 milliards d'euros. Sans mesures correctrices, il se creuserait
à plus de 4 milliards et demi d'euros l'an prochain. L'objectif des
pouvoirs publics est de le maintenir sous la barre des 4 milliards
(certains parlent même de 7 à 10 Milliards d'Euros de déficit de la branche
maladie pour 2003 : déclaration du député JL Préhel (DL)).
De nouvelles recettes. Pour y parvenir, le projet de financement
prévoit en particulier d'attribuer en 2003 quelque 700 millions d'euros
supplémentaires à la branche maladie. Ils proviendront d'une hausse de 15% des
taxes sur le tabac (les sénateurs semblent l'avoir réduite lors de la séance du
20 novembre). L'Etat remboursera également 1,1 milliards d'euros à la
Sécurité sociale, soit la moitié de ce qu'il lui avait « emprunté »,
en 2000, pour financer le passage aux 35 heures.
Un effort sur les médicaments. Pour 2003, l'objectif national des
dépenses d'assurance maladie est fixé à 123,5 milliards d'euros, en hausse
de 5,3% par rapport aux dépenses enregistrées cette année. L'augmentation peut
paraître importante, mais elle se veut plus réaliste que les prévisions
effectuées par le passé, qui étaient systématiquement dépassées. Si des
efforts d'investissement seront consentis dans les hôpitaux, le texte prévoit en
revanche de faire des économies sur le remboursement des médicaments. Un
déremboursement progressif des produits à « service médical rendu »
insuffisant doit ainsi débuter en 2003 et s'étaler sur trois ans. Surtout, le
remboursement des médicaments sera désormais aligné sur le prix de leur version
générique, quand celle-ci existe.
Les autres branches. Le plan prévoit par ailleurs que les pensions
versées aux retraités seront revalorisées de 1,5% l'an prochain, ce qui
correspond à l'inflation prévue. Enfin, il est prévu d'atténuer « l'effet
couperet » que subissent les allocations versées aux familles de trois
enfants lorsque l'aîné atteint l'âge de 20 ans. Jusqu'à présent, ces familles
perdaient brutalement 165 euros par mois lorsque la date
« fatidique » était atteinte. A compter du 1er juillet
2003, elles continueront de percevoir – pour l'aîné – 70 euros par
mois pendant un an.
Transition. Ce projet de financement, le premier présenté
par Jean-François Mattéi, le nouveau ministre de la santé, se veut transitoire.
Il s'inscrit en effet dans le cadre d'un plan quinquennal. Une loi de
programmation 2003-2007 doit être présentée au Parlement dès le printemps
prochain, pour poser les bases d'une nouvelle politique du système de santé et
d'assurance maladie.

(Interview) Dépenses
de santé : faut-il parler de gaspillage ?
Philippe Le Fur est directeur de recherche au Centre de recherche,
d'études et de documentation en économie de la santé (CREDES). Tous les deux
ans, le CREDES publie une « Enquête sur la santé et la protection
sociale ». Environ 20.000 personnes sont interrogées sur leurs maladies,
leur recours aux médecins, leur consommation pharmaceutique ou la leur
couverture maladie.
Comment menez-vous
vos enquêtes et que vous apprennent-elles ?
Tous les deux ans, nous interrogeons un peu plus de 7000 foyers, soit environ
20.000 personnes. Nous demandons aux gens combien de fois ils sont allés chez le
médecin au cours du mois d'observation, s'il s'agissait de généralistes ou de
spécialistes, ce qu'ils ont consommé comme médicaments... Nous croisons ensuite
leurs réponses avec des données socio-démographiques telles que le niveau
d'études, les revenus, etc. Il en ressort par exemple que les dépenses de
santé sont très concentrées : environ 5% de la population dépensent 50% des
soins. Schématiquement, plus on est âgé et malade, et plus on dépense pour sa
santé.
Pour autant, d'une
manière générale, vous refusez de parler de
gaspillage ?
En effet, même s'il y a sans doute des économies à faire ici ou là. Mais les
enquêtes démontrent unanimement que le facteur fondamental pour expliquer la
consommation de soins, c'est bien la maladie. Prenons l'exemple du
« nomadisme », le fait d'aller consulter plusieurs médecins pour une
même affection, et que l'on présente parfois comme un comportement fréquent.
C'est un domaine dans lequel les études sont très contradictoires et varient
selon les critères que l'on retient (aller voir un médecin plus de trois fois
dans le mois, aller voir trois généralistes différents à proximité de son
domicile la même année...). Mais, contrairement à ce que l'on entend parfois,
toutes les statistiques confirment que le nomadisme reste un phénomène marginal
qui, selon la dernière étude, ne concerne que 1% des patients.
Le recours aux
médicaments génériques vous semble-t-il un bon moyen de réduire les dépenses de
santé ?
C'est un moyen parmi d'autres. Les dernières données chiffrées dont nous
disposons remontent à l'année 2000. A l'époque, les 2/3 des personnes savaient
déjà ce qu'était un médicament générique. Comme souvent, le pourcentage de
personnes informées augmente avec le niveau d'études et les revenus. L'enquête
ne fait en revanche pas apparaître pourquoi ils sont aussi peu consommés. Mais
il est évident que ce passage ne peut pas se faire du jour au lendemain :
les médecins n'ont pas tous été formés aux génériques, les malades, surtout les
plus âgés, ne sont pas forcément prêts à prendre une pilule bleue à la place
d'une rose. Et puis, ne nous le cachons pas, il y a aussi la pression des
laboratoires. Enfin, n'oublions pas que les génériques ne peuvent remplacer
les médicaments les plus récents, qui sont aussi souvent les plus chers.
N'y a-t-il pas,
tout de même, des efforts à faire ?
Si, bien sûr. Quand on compare notre consommation d'antibiotiques ou de
psychotropes avec celle des pays voisins, il y a de quoi se poser des questions.
Généraliser le test de dépistage rapide de l'angine streptococcique
(NDR : d'origine bactérienne et non virale) permettra par exemple
aux médecins de diminuer considérablement la prescription d'antibiotiques en cas
d'angine. Autre exemple : de 13 à 15% des interventions d'un généraliste
concernent l'hypertension. Il serait donc intéressant que les organismes publics
investissent pour leur donner dans ce domaine la meilleure formation possible,
médicale et économique. Peut-être faut-il également cesser de raisonner à
court terme. Vouloir faire mieux, ce n'est pas forcément vouloir faire moins
cher, en tout cas tout de suite. La CMU représente par exemple un coût important
aujourd'hui. Mais les gens qui en bénéficient actuellement se porteront sans
doute beaucoup mieux dans 15 ou 20 ans. Et à ce moment là, le système fera des
économies.
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