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Santé : les femmes plus attentives que les hommes (janvier 2003)
Fréquence de consultation des médecins, mode d'alimentation, consommation d'alcool ou de tabac... les femmes sont plus soucieuses de leur santé que les hommes. C'est en tout cas ce qui ressort d'une enquête réalisée par l'Insee auprès de 5200 personnes de 15 ans ou plus.

Les bonnes habitudes féminines. Qu'il s'agisse de prévenir ou de guérir, les comportements féminins révèlent une attention plus grande portée à la santé. C'est la conclusion du dernier volet* de « l'Enquête permanente sur les conditions de vie des ménages (EPCV) », réalisée par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). 
Se tenant plus régulièrement informées sur ces questions à travers les médias, elles achètent ainsi, davantage de médicaments, de vitamines ou de compléments minéraux, avec ou sans avis médical. Il faut dire qu'elles déclarent souffrir plus fréquemment de problèmes de sommeil, de stress, d'anxiété ou de solitude.
Elles sont également plus nombreuses à préférer légumes et fruits frais aux produits trop riches en sucre ou en matières grasses, autant pour la santé que pour la ligne. Partagé par les deux sexes, le désir de maigrir reste lui aussi plus fort chez les femmes (62% des Françaises) que chez les hommes (38% des Français).

Les travers masculins. Alcool et tabac sont en revanche des consommations plus masculines que féminines. Ainsi, trois hommes sur cinq, contre une femme sur trois, sont fumeurs ou l'ont été un jour. Par ailleurs, si moins d'un adulte sur deux déclare avoir bu une boisson alcoolisée la veille de l'enquête, les hommes, surtout les plus âgés, boivent plus et plus souvent que leurs compagnes. Le seul domaine qui leur est favorable concerne le sport, pratiqué par 44% des hommes et 35% des femmes.

Le succès du généraliste. Au delà de ces distinctions, le grand gagnant de cette enquête est le médecin généraliste, professionnel de santé le plus consulté, dont l'image est de surcroît très positive.  85% des personnes de 15 ans ou plus ont fait appel à lui au moins une fois au cours des 12 derniers mois.
Là encore, les femmes y ont plus souvent recours (5,6 fois par an en moyenne, contre 4,4 pour les hommes). Elles consultent également davantage homéopathes, acupuncteurs, dentistes, ophtalmologistes ou dermatologues.

* « Comportements vis-à-vis de la santé » (EPCV, publication octobre 2002).

(Interview)

 

 Attention, comportements dangereux !

Professeur de santé publique au CHU d'Amiens, Gérard Dubois est également président du Comité national de lutte contre le tabagisme (CNCT).



Que vous inspirent les résultats de cette étude ?

Ils viennent confirmer une tendance déjà connue : pour ce qui est des comportements liés à la santé, les Françaises sont supérieures aux hommes dans tous les domaines. Leur résistance aux comportements dangereux, quels qu'ils soient, est nettement meilleure. Cela explique en grande partie l'énorme différence d'espérance de vie, chez nous, entre les deux sexes. Il y a 7 ans et demi d'écart, c'est l'un des plus importants au monde. Si vous regardez chez les Mormons, par exemple, où les comportements dangereux pour la santé sont très limités, l'avantage pour les femmes n'est que de deux ans. On peut donc considérer que les femmes ont, physiologiquement, un avantage de deux ans. Les 5 ans et demi supplémentaires constatés chez nous constituent le prix que paient les hommes pour leur comportement.

En ce qui concerne le tabagisme, la tendance n'est-elle pas en train de s'inverser ?

Disons que l'écart se réduit, mais que les femmes continuent de moins fumer que les hommes. Il y a globalement un tiers des adultes qui fume en France, avec un peu moins de femmes que d'hommes. En fait, dans les années 50, quand près de 60% de la population adulte française fumait, le tabagisme concernait près de 70% des hommes et moins de 10% des femmes. Le nombre des fumeurs a ensuite décru chez les hommes, alors qu'il augmentait chez les femmes. Aujourd'hui, les deux courbes descendent, plus vite pour les hommes que pour les femmes. A aucun moment ces dernières n'ont toutefois été plus nombreuses à fumer que les messieurs. C'est d'ailleurs vrai dans tous les pays, sans que l'on sache pourquoi. De même que l'on ignore également pourquoi les femmes éprouvent davantage de difficultés quand elles tentent de s'arrêter.

Et chez les jeunes ?

Si l'on regarde les courbes du tabagisme des jeunes, à l'âge de 18 ans, on constate grossièrement une égalité. Contrairement aux idées reçues, l'âge de la première cigarette recule. Il est passé de 12 ans dans les années 70 à 15 ans aujourd'hui. Mais les statistiques sont, depuis plusieurs années, globalement identiques pour les deux sexes. Cette évolution ne manquera d'ailleurs pas d'avoir des conséquences sanitaires. Dans certains pays comme les Etats-Unis, le Danemark, ou le Canada, où les femmes ont fumé plus massivement plus tôt, elles sont désormais plus nombreuses à mourir d'un cancer du poumon que d'un cancer du sein. Ce sera également le cas chez nous dans une ou deux décennies.

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