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La situation actuelle.Dans sa première partie, le rapport
rappelle que la France consacre 9,5% de sa richesse nationale aux dépenses de
santé, ce qui la place au 4ème rang mondial, devant la plupart de ses
partenaires européens. Les médicaments et les soins en dehors de l'hôpital
contribuent le plus à l'augmentation en volume des dépenses, quasiment
ininterrompue depuis 1960. La prise en charge de ces dépenses est assurée par
trois grandes catégories d'acteurs : les régimes obligatoires (77 % des
dépenses), les organismes complémentaires (12 %) et les ménages (11%). Mais,
pour l'auteur du rapport, « la répartition actuelle est le produit d'une
succession de décisions techniques, parfois anciennes, plutôt que d'une approche
d'ensemble ». Par exemple, ni la décision de
prendre en charge tel ou tel type de dépense de santé, ni la détermination du
prix servant de base à la prise en charge n'ont jamais fait réellement l'objet
d'un débat public, selon Jean-François Chadelat.
| Les objectifs. Le rapport
souligne ensuite le décalage grandissant entre l'évolution du panier de
soins (une liste de biens et services de santé avec leur niveau de prise
en charge) et le rôle des régimes complémentaires, qui ne sont associés ni
à sa définition, ni à la gestion du risque. |
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Une telle mesure permettrait pourtant
« de contribuer à une optimisation des dépenses (...)
et d'obtenir une responsabilisation accrue de tous les acteurs du
système », peut-on lire dans les conclusions du
rapport. Par ailleurs, selon l'auteur, la Couverture
maladie universelle (CMU) et la CMU complémentaire n'ont pas répondu à la
question fondamentale de l'accès aux soins pour tous les Français. Près de 3
millions de personnes demeureraient ainsi exclues d'une protection complémentaire pour raisons
financières. Il convient donc, pour le rapporteur, de permettre
« une meilleure prise en charge globale de tous les Français, dans le
cadre d'un objectif de santé publique, (...) d'améliorer et de simplifier
l'accès global aux soins entrant dans cet objectif de santé
».
Pour y parvenir, Jean-François Chadelat préconise la création d'une
Couverture maladie généralisée (CMG) qui concernerait l'ensemble de la
population. « Constituée de l'assurance maladie obligatoire et d'une
assurance complémentaire dite de base », cette CMG correspondrait
« aux soins que la Nation garantit à chacun de ses citoyens. »
Le gouvernement fixerait par voie réglementaire les garanties offertes par cette
nouvelle couverture. La gestion de certains domaines de l'actuelle assurance
maladie de base (audioprothèses, cures thermales, homéopathie...) pourrait être
confiée – pour partie ou entièrement – aux assureurs et aux mutuelles. Charge à
eux de négocier en contrepartie les tarifs avec les professionnels
concernés.
Pour éviter l'apparition d'un système à deux vitesses, le texte prévoit
également la création d'une aide personnalisée, sous condition de ressources,
pour la souscription d'un contrat de complémentaire santé. Le financement de ce
« bon d'achat » serait assuré par la suppression des avantages
fiscaux et sociaux consentis aux entreprises et aux salariés pour la
souscription des contrats « santé », « loi Madelin » ou
« collectifs obligatoires ».
(Interview) Passer du co-paiement au
co-pilotage
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Inspecteur général des affaires sociales, Jean-François
Chadelat dirige, depuis février, le fonds de financement de la CMU. Il a
remis le rapport qui porte son nom, début avril, au ministre de la
Santé. |
Quelle a été la méthode du
groupe de travail ?
La trentaine de membres, tous issus de la commission des comptes de la
Sécurité sociale, s'est réunie sept fois entre novembre 2002 et mars dernier.
J'ai par ailleurs procédé à plus de 80 entretiens bilatéraux, que ce soit avec
des membres de ce groupe de travail, ou avec d'autres personnes qui souhaitaient
m'exposer tel ou tel point. Ma porte est toujours restée ouverte à tout le
monde. A chaque séance, le groupe de travail abordait plusieurs
points (le constat, les objectifs, les propositions...). En écoutant les
uns et les autres, je me suis forgé ma propre opinion. Je l'ai consignée par
écrit, en tenant les membres du groupe informés au fur et à mesure, ce qui
donnait lieu à de nouvelles discussions.
Vous
partez d'un constat : la répartition actuelle entre Sécurité sociale et
organismes complémentaires est dépassée, et ne correspond à aucune démarche
rationnelle. En quoi ?
En fait, le point n'a pas été abordé tout à fait de cette façon. Nous
avons constaté que les organismes complémentaires interviennent dans la prise en
charge des dépenses de santé. Cette situation s'est développée au fil des
années, mais elle n'a jamais été explicitement reconnue. Il est temps de
« l'officialiser ». Il faut donc afficher clairement que les dépenses
de santé sont prises en charge par deux catégories d'organismes : la
Sécurité sociale d'un côté, et les organismes complémentaires de
l'autre.
Faut-il redistribuer
les cartes entre public et privé
?
Il ne faut pas forcément les redistribuer, il faut les organiser. Toute
la discussion a tourné autour de cette question. A partir du moment où il y a
des organismes complémentaires et où personne n'a demandé à ce qu'ils soient
supprimés, il faut que ces organismes passent d'un co-paiement mécanique à un
véritable co-pilotage.
La création de la CMG,
que vous préconisez, passe par une révision du panier de soins. Quels
changements vous paraissent urgents ?
Définir précisément ce qui est du ressort de la Sécurité sociale ou du
ressort des complémentaires n'entre pas dans mes compétences. En revanche, j'ai
souhaité donner quelques pistes de réflexion. Par exemple, en ce qui concerne
les médicaments, la commission de la transparence a procédé à l'examen des 4500
spécialités pharmaceutiques et les a classées en fonction de leur efficacité et
des services médicaux rendus (SMR). Ce travail devra nécessairement être fait de
la même façon pour tous les actes de santé. Et la réponse n'est pas évidente.
Pas question, par exemple, d'affirmer que tout ce qui concerne l'hôpital public
est du domaine de la Sécurité sociale et qu'en revanche il
faut faire basculer toute l'optique sur les complémentaires. Certains actes
pratiqués dans les hôpitaux publics n'ont, en effet, qu'un résultat médical de
faible intérêt. A l'inverse, quelqu'un qui souffre d'une très grave affection
des yeux et qui consulte un ophtalmologiste doit évidemment être pris en charge
par la Sécurité sociale.
Autre point
important, la création d'une aide à l'achat de l'assurance complémentaire de
base, financée par la suppression d'avantages fiscaux. Qu'est ce qui vous a
amené à cette proposition ?
La Couverture maladie universelle est, depuis ses débuts, handicapée
par un invraisemblable effet de seuil. Si vous gagnez 562 € par mois, vous avez
droit à une complémentaire gratuite qui vous prend totalement en charge. Si vous
gagnez 563 €, vous n'avez plus rien. A tel point que les caisses de Sécurité
sociale ont créé un système d'aides dégressives, financé sur un fonds d'action
sanitaire et sociale. Je n'ai donc rien inventé. Je propose simplement de
généraliser cette opération.
Votre rapport a suscité
des réactions mitigées, tant du côté du patronat que chez la plupart des
syndicats. Qu'est ce que cela vous inspire ?
Comme elles sont diamétralement opposées, cela ne m'a pas affolé. A partir du
moment où l'on m'accuse à la fois de privatiser la Sécurité sociale et de
nationaliser les complémentaires, je me dis que je ne dois pas être loin d'avoir
trouvé un juste milieu.
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