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Interview, Prévention : préparer l'avenir (juillet 2003)
L'assurance maladie devrait connaître différentes réformes dans les mois à venir pour pérenniser son système de financement mais aussi répondre aux nouvelles attentes des assurés... En quoi ces attentes ont-elles changé ? Eléments de réponse avec Alain Demourgues, directeur santé de CNP Assurances

Les assurés changent, leurs attentes et leurs besoins aussi... Quelles évolutions constatez-vous en la matière ?

Les relations avec l'assuré ont évolué, il s'agit aujourd'hui – pour un assureur – d'être plus proche de lui, de l'aider, l'accompagner, l'informer. Cela complète réellement le métier « traditionnel » de l'assurance.

Dans le domaine de la santé, l'une des actions importantes de la CNP, ces dernières années, a été d'imaginer des services permettant aux individus de mieux se soigner et de mieux comprendre l'offre de soins qu'ils reçoivent : cerner un peu mieux les maladies, l'importance du dépistage, de la prévention. Il fallait donc être en mesure d'apporter toutes sortes d'informations dans ce domaine de manière simple, accessible, interactive, etc. C'est précisément la vocation de « Carrés Bleus » mis en place par la CNP en 1997.

Mieux informer l'assuré, c'est donc essentiel à vos yeux...

Absolument. Il y a eu beaucoup de carences dans l'organisation du système de santé en France, en particulier il existe une certaine déresponsabilisation de « l'assuré consommateur ». Or cet assuré est indiscutablement un acteur de la dépense de santé et son rôle dans l'engagement de la dépense a été négligé pendant des années, par tout le monde.
C'est la CNP qui a été la première en France, voire en Europe, à oser dire que cet acteur devait être sensibilisé pour devenir plus responsable. La meilleure façon de l'aider à jouer un rôle pertinent est de l'informer sur la pertinence des soins justement.

Même constat concernant la prévention...

Vous savez, la prévention est un vieux problème culturel français. Quand vous pensez qu'on a toujours une Caisse nationale d'assurance maladie ! Il aurait fallu depuis longtemps la rebaptiser « Caisse nationale d'assurance santé » pour sortir de la seule logique du remboursement de soins. En effet, le système a été organisé depuis le début pour rembourser les soins de maladie et il n'y a pas vraiment de nomenclature permettant le développement des soins de prévention.
A la CNP, nous avons mis en place, à travers le contrat Completys, la prise en charge du scellement de sillons (NDR : soin qui permet de combler une certaine surface de la dent pour éviter que des caries ne s'y installent, notamment chez les enfants qui présentent des risques de maladie carieuse importants). Cela a donné lieu à un débat interne, le rôle de l'assureur étant bien sûr aussi de s'interroger sur les dépenses supplémentaires découlant de ce type d'initiative. Mais il est apparu que cette prise en charge devrait permettre à nos assurés d'éviter, dans 10 ou 20
ans, d'avoir besoin d'une prothèse dentaire.

La culture de la prévention peut paraître assez peu compatible avec l'activité d'un assureur complémentaire, qui doit bien évidemment équilibrer ses comptes annuels. Pourtant, ce sont des paris qu'il désormais savoir faire dans l'intérêt de l'assureur et de ses assurés. 

Vous parliez à l'instant du scellement de sillons, certains projets de réforme impliquent le secteur dentaire. Qu'en est-il ?

Je crois que le ministre de la santé Jean-François Mattei a très bien compris le problème. Il a confié récemment une mission exploratoire à 3 chirurgiens dentistes et dans leur lettre de mission, il est indiqué qu'ils doivent explorer le domaine de la prévention. Tout le monde comprend aujourd'hui combien cela est source d'économies à long terme.
La Sécurité sociale doit donc mieux prendre en charge les actes de prévention et mieux rémunérer les praticiens qui les réalisent. Car actuellement les chirurgiens dentistes gagnent leur vie essentiellement en posant des prothèses. Or, la prothèse, c'est l'échec de l'art, ce que l'on met quand rien n'a marché. Il y a une vraie « bascule » à mettre en place pour favoriser le dépistage, la prévention et les soins. Cela pourrait changer beaucoup de choses dans le futur...

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