|
Les assurés changent,
leurs attentes et leurs besoins aussi... Quelles évolutions constatez-vous en la
matière ?
Les relations avec l'assuré ont évolué, il s'agit aujourd'hui – pour un
assureur – d'être plus proche de lui, de l'aider, l'accompagner, l'informer.
Cela complète réellement le métier « traditionnel » de
l'assurance.
Dans le domaine de la santé, l'une des actions importantes de la CNP,
ces dernières années, a été d'imaginer des services permettant aux individus de
mieux se soigner et de mieux comprendre l'offre de soins qu'ils reçoivent :
cerner un peu mieux les maladies, l'importance du dépistage, de la prévention.
Il fallait donc être en mesure d'apporter toutes sortes d'informations dans ce
domaine de manière simple, accessible, interactive, etc. C'est précisément la
vocation de « Carrés
Bleus » mis en place par la CNP en
1997.
Mieux informer
l'assuré, c'est donc essentiel à vos yeux...
Absolument. Il y a eu beaucoup de carences dans l'organisation du
système de santé en France, en particulier il existe une certaine
déresponsabilisation de « l'assuré consommateur ». Or cet assuré est
indiscutablement un acteur de la dépense de santé et son rôle dans l'engagement
de la dépense a été négligé pendant des années, par tout le monde. C'est la
CNP qui a été la première en France, voire en Europe, à oser dire que cet
acteur devait être sensibilisé pour devenir plus responsable. La meilleure façon
de l'aider à jouer un rôle pertinent est de l'informer sur la pertinence des
soins justement.
Même constat
concernant la prévention...
Vous savez, la prévention est un vieux problème culturel français.
Quand vous pensez qu'on a toujours une Caisse nationale d'assurance
maladie ! Il aurait fallu depuis longtemps la rebaptiser « Caisse
nationale d'assurance santé » pour sortir de la seule logique du
remboursement de soins. En effet, le système a été organisé depuis le début pour
rembourser les soins de maladie et il n'y a pas vraiment de nomenclature
permettant le développement des soins de prévention. A la CNP, nous avons mis
en place, à travers le contrat Completys, la prise en charge du
scellement de sillons (NDR : soin qui permet de combler une certaine
surface de la dent pour éviter que des caries ne s'y installent, notamment chez
les enfants qui présentent des risques de maladie carieuse importants). Cela
a donné lieu à un débat interne, le rôle de l'assureur étant bien sûr aussi de
s'interroger sur les dépenses supplémentaires découlant de ce type d'initiative.
Mais il est apparu que cette prise en charge devrait permettre à nos assurés
d'éviter, dans 10 ou 20 ans, d'avoir besoin d'une prothèse dentaire.
La culture de la prévention peut paraître assez peu compatible avec
l'activité d'un assureur complémentaire, qui doit bien évidemment équilibrer ses
comptes annuels. Pourtant, ce sont des paris qu'il désormais savoir faire
dans l'intérêt de l'assureur et de ses
assurés.
Vous parliez à
l'instant du scellement de sillons, certains projets de réforme impliquent le
secteur dentaire. Qu'en est-il ?
Je crois que le ministre de la santé Jean-François Mattei a très bien
compris le problème. Il a confié récemment une mission exploratoire à 3
chirurgiens dentistes et dans leur lettre de mission, il est indiqué qu'ils
doivent explorer le domaine de la prévention. Tout le monde comprend aujourd'hui
combien cela est source d'économies à long
terme. La Sécurité sociale doit donc mieux prendre en
charge les actes de prévention et mieux rémunérer les praticiens qui les
réalisent. Car actuellement les chirurgiens dentistes gagnent leur vie
essentiellement en posant des prothèses. Or, la prothèse, c'est
l'échec de l'art, ce que l'on met quand rien n'a marché. Il y a une vraie
« bascule » à mettre en place pour favoriser le dépistage, la
prévention et les soins. Cela pourrait changer beaucoup de choses dans le
futur...
|