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Une demande ancienne. Depuis plusieurs
années, les assureurs complémentaires souhaitent avoir accès à ces données, que
seuls reçoivent aujourd'hui les caisses d'assurance maladie, pour
pouvoir gérer le risque d'assurance avec
une plus grande efficacité. Mais la communication de telles informations
doit être compatible avec la préservation du secret médical et, d'une manière
générale, sur le respect des libertés individuelles. Elle pose également des
problèmes d'organisation et de coût.
Une large consultation. Assisté d'un
professeur de droit, d'un commissaire contrôleur des assurances et d'un
administrateur de l'Insee, Christian Babusiaux, conseiller maître à la Cour des
comptes, a donc longuement interrogé les principales Caisses nationales
d'assurance maladie et les instances représentatives des organismes
complémentaires, mais aussi les professionnels de santé et la Commission
nationale de l'informatique et des libertés (Cnil). De cette concertation, se
sont dégagées des solutions qui permettent de concilier vie privée, secret
médical et information des organismes complémentaires.
Un éventail de solutions. Affirmant la
faisabilité juridique et technique d'une telle évolution, le
rapport préconise que la transmission des données soit effectuée par le
professionnel de santé. Il suggère deux pistes de
réflexion :
-
La transmission anonyme des données : un organisme tiers
regroupe les fichiers des assureurs. A chaque contrat, il fait correspondre un
numéro N qu'il est le seul à connaître. Quand l'assuré se rend chez un
professionnel de santé, la demande de remboursement électronique est transmise
à cet organisme tiers, qui la rend anonyme en lui attribuant le numéro
N. Il calcule les droits du malade et ne renvoie que le résultat de
cette opération aux assureurs qui, sans savoir à qui correspond le contrat,
peuvent toutefois s'assurer de sa bonne exécution et disposer de statistiques
permettant de mieux adapter leurs produits (NDR : lire
interview).
-
La transmission nominative, avec l'accord de l'assuré, entourée de
garanties appropriées. Ce système suppose que l'on mette au point une formule
de consentement direct. Elle pourrait, par exemple, prendre la forme d'une
carte informatique spécifique dont l'utilisation vaudrait autorisation de
transmission des données de santé au service médical de l'assureur
complémentaire.
Si cette deuxième voie parait plus simple, le rapporteur souligne que
le patient n'est pas toujours en mesure d'exprimer son accord. Il convient donc,
estime-t-il, de laisser les acteurs choisir, au cas par cas, entre les deux
solutions. Le texte recommande enfin une mise en œuvre progressive dès le début
de l'année prochaine, après un processus d'expérimentation qui devra être mené à
l'échelle d'une profession (pharmacien, radiologues...) ou d'une
région.
(Interview) S'adapter aux besoins des consommateurs tout en
préservant leur vie privée
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Conseiller maître à
la Cour des comptes,
Christian Babusiaux a remis, début juin 2003, le rapport que lui avait
commandé le ministre de la Santé. |
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Pourquoi est-il
souhaitable que les assureurs complémentaires disposent de davantage de
données ?
Il faut d'abord qu'ils puissent vérifier la bonne exécution de leurs
contrats, ce qui n'est pas le cas actuellement. C'est ce qui leur fait dire
qu'ils sont des « payeurs aveugles ». Une meilleure information leur
permettra aussi de proposer des contrats plus divers, mieux adaptés aux
évolutions de la Sécurité sociale, ainsi qu'aux souhaits et aux besoins des
« patients consommateurs ».
Comment, dans le même
temps, préserver les intérêts des assurés, et notamment le respect de leur vie
privée ?
C'est un point fondamental. Ce domaine est, du reste, protégé par des
règles constitutionnelles, par la convention européenne des droits de l'homme et
par le principe du secret médical. Il n'est, par exemple, pas possible, pour des
raisons juridiques et constitutionnelles, d'appliquer purement et simplement aux
assureurs complémentaires le système qui existe pour les régimes obligatoires.
Il faut donc bâtir un nouveau dispositif, offrant les garanties
nécessaires. Le second point fondamental est que cette évolution souhaitable
n'entraîne de surcharge ni pour le professionnel de santé, ni pour le
patient.
Parmi les possibilités
que vous mettez en avant, figure la transmission anonyme des données. Quel
intérêt cette solution présente-t-elle pour les
assureurs ?
Cette voie a la préférence de
beaucoup d'acteurs : associations de patients ou de consommateurs, bon
nombre de professionnels de santé... En ce qui concerne les assureurs, ils
peuvent, avec ce système, rapprocher les demandes de remboursement et les
contrats, les deux recevant le même numéro « anonymisé ». Ainsi, les
assureurs pourront vérifier la bonne exécution des contrats. Cela permet
également d'établir des contrats plus spécifiques, par exemple couvrant des
médicaments ou des produits non remboursables par la Sécurité
sociale.
Les assureurs
complémentaires souhaitent également savoir, au même titre que les organismes
obligatoires, si les soins qu'ils remboursent résultent d'une maladie ou d'un
accident. Cette demande vous semble-t-elle
légitime ?
Oui, car il ne s'agit pas d'une
donnée médicale. La communication de cette information permettrait, le cas
échéant, à l'assureur complémentaire de se retourner contre l'auteur de
l'accident ou contre son assureur. Cette mesure pourrait d'ailleurs entrer en
application très simplement, dès le 1er janvier
2004.
Restent d'importants
obstacles techniques à franchir. Combien cela peut-il prendre de
temps ?
Il est évident qu'un tel dispositif
ne peut pas être généralisé dès le départ. Pour qu'il fonctionne dans le cadre
d'un système de tiers payant, il faut, par exemple, attendre la mise en ligne du
système SESAM Vitale, qui ne sera opérationnelle qu'en 2006. C'est pourquoi nous
recommandons une période expérimentale, qui pourrait débuter dès le premier
semestre de l'an prochain.
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