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Rendu public mi-septembre, le rapport de la commission des comptes de
la Sécurité sociale était sans appel. Les chiffres annoncés dans le cadre du
projet de loi de financement sont venus confirmer l'ampleur du déficit du régime
général : estimé à 8,9 milliards d'euros cette année, il devrait
atteindre l'an prochain 13,6 milliards d'euros sans mesures correctrices,
battant ainsi le record de 1995 (10,3 milliards). Principale
explication : la situation de la branche maladie ne cesse de se dégrader,
avec un solde négatif de plus de 10,6 milliards d'euros en 2003. Face à cette
situation, le gouvernement a donc annoncé un plan d'économies concernant tous
les acteurs du monde médical.
Des économies à court terme. Le forfait hospitalier
passera ainsi de 10,67 € à 13 € (hormis pour les séjours psychiatriques où il
baissera à 9 €). Alignés sur les médicaments à « service médical rendu
insuffisant », les médicaments homéopathiques ne seront plus remboursés
qu'à hauteur de 35%, contre 65% aujourd'hui. La hausse de la taxe sur le tabac
sera entièrement affectée à la Sécurité sociale. La taxe sur la publicité
pharmaceutique sera également augmentée. Pour mieux responsabiliser les auteurs
d'accidents, les recours contre les tiers responsables seront par ailleurs plus
fréquents. Enfin, la politique de maîtrise des dépenses de santé sera relancée.
L'objectif est de faire baisser les dépenses de consultations de 1% et celles de
prescriptions de 1,5%. Le contrôle des arrêts de travail (contrôle des
patients et des médecins prescripteurs) sera renforcé. Les attributions
d'exonération du ticket modérateur (prise en charge à 100% par la Sécurité
sociale) des personnes porteuses d'une « affection de longue
durée »seront plus rigoureuses. Malgré ces mesures, qui devraient figurer
dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale et permettre de
réaliser plus de 3 milliards d'euros d'économies, le déficit de la branche
maladie devrait encore s'accentuer en 2004 (10,9 milliards d'euros, selon
les prévisions).
De nécessaires actions structurelles. Les causes de
l'explosion des dépenses de santé et du déficit sont structurelles. Cette
tendance lourde, observée depuis plusieurs années, a simplement été amplifiée
par des phénomènes conjoncturels : croissance en panne donc rentrée des
cotisations en baisse, augmentation du recours aux soins de la part de nos
concitoyens (expliqué par le vieillissement de la population, le recours à des
techniques et à des soins de plus en plus coûteux car de plus
en plus sophistiqués et de plus en plus efficaces, les effets de la mise en
place de la CMU ...), revalorisation des honoraires des médecins ou mise en
place des 35 heures à l'hôpital ... De plus, les comptes des branches vieillesse
et famille, habituellement excédentaires, se dégradent. Des actions en profondeur paraissent donc
inévitables. Initialement envisagée pour cet automne, la
réforme de l'assurance maladien'interviendra cependant pas avant le printemps
prochain, après neuf mois consacrés au diagnostic, à la concertation puis à la
négociation. Le gouvernement s'est laissé jusqu'à 2005 pour rétablir les
comptes.
« La thématique des abus n'explique pas tout
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Claude Le Pen est professeur d'économie de la Santé
à l'Université de Paris-Dauphine. |
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Vous attendiez-vous à
un dérapage des dépenses de santé d'une telle ampleur
?
Avec un déficit de l'ordre de 10 milliards d'euros, ce qui est
effectivement beaucoup, nous sommes dans la lignée des années précédentes. Le
problème est qu'en matière de santé, on ne maîtrise ni les recettes, ni les
dépenses. Mais le plus préoccupant à mes yeux se situe ailleurs : malgré ce
mauvais résultat, personne n'est content. Les généralistes sont mécontents, les
hôpitaux sont mécontents, les structures d'accueil des personnes âgées sont
exsangues comme l'a malheureusement prouvé la catastrophe sanitaire de cet
été... A l'arrivée, c'est la qualité du système de santé français qui est
menacée, parce que le fardeau des dettes croissantes et permanentes ne peut que
l'amener à se détériorer.
Le phénomène
vous semble-t-il inéluctable ?
En tout cas, les causes profondes le sont. La population vieillit,
l'espérance de vie augmente et les soins coûtent de plus en plus cher.
D'ailleurs, le phénomène n'est pas spécifique à la France, les dépenses de santé
augmentent dans tous les pays développés. Ce constat prouve que la cause
principale du processus ne réside pas uniquement dans le manque de
responsabilité des patients et des médecins, ou dans le gaspillage. Ces aspects
ne sont sans doute pas à négliger, mais ils sont loin de tout expliquer. La
thématique du gaspillage et des abus, c'est bien, mais il est illusoire de
croire qu'elle suffira à résoudre un problème beaucoup plus fondamental que
ça.
Les mesures
structurelles vous semblent donc
inévitables ?
Il faut désormais répondre à une série de questions : Est-ce que
nous voulons une Sécurité sociale très large ou très restrictive ? Une
couverture pour tous ou réservée aux plus pauvres et aux plus malades ?
Voulons-nous toujours une médecine libérale ? Quelle part doivent prendre
les assureurs complémentaires ? Quel sort réserver aux risques longs
(handicaps, dépendance...) ? Ces interrogations se résument en une
seule : que voulons-nous comme Sécurité sociale pour demain ? Les
sondages montrent que les Français sont prêts à payer davantage de cotisations.
Encore faut-il savoir pour quel projet.
Ce débat
n'existe-t-il pas déjà ?
Pas dans les faits. Aujourd'hui, nous nous reposons sur une
architecture très confortable : on rembourse tout à tout le monde, ou
presque, en finançant ce que l'on peut par les cotisations et le reste par la
dette. Mais ce n'est ni satisfaisant, ni viable à long terme, ni équitable
puisque nous en faisons porter le poids aux générations futures. Il faut
instaurer de la transparence dans le système et mettre en regard dépenses et
recettes. Et que les Français décident. S'ils souhaitent que l'homéopathie soit
prise en charge, d'accord, mais ça coûtera tant. Je ne prétends pas avoir la
solution miracle, ce serait faux et outrecuidant. J'ai cependant la conviction
qu'il faut introduire la notion de responsabilité collective. Le parlement vote
tous les ans un objectif de dépenses, il faut aller plus loin et que ce vote
définisse ce que recouvrent ces dépenses. Le débat s'est focalisé sur les
retraites, mais le dossier le plus urgent est celui de l'assurance maladie,
parce que le déficit est là, qui se creuse tous les jours. Celui de l'assurance
vieillesse n'apparaîtra que dans quelques années.
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