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Un contexte difficile. D'une manière
générale, les comptes sociaux se sont nettement dégradés en 2009. Le déficit de
l’ensemble des régimes obligatoires de base a plus que doublé par rapport à
2008, pour atteindre 24,9 milliards d’euros. A lui seul, le régime général
représente 80 % du déficit (20,3 milliards d’euros). Dans ce contexte
défavorable, c'est la situation de l'assurance maladie qui se dégrade le
plus.
Une
nette dégradation.
En un an, son déficit passe en effet de 4,4 milliards d'euros à 10,5 milliards.
Les plus fortes augmentations touchent les soins infirmiers (+8,9 %), les prises
en charge de cotisations sociales des professionnels de santé (+8,9 %) et les
dépenses de transport (+8,0 %). Globalement, les dépenses de soins de ville
(remboursements d'honoraires, de médicaments et de prestations, paiement
d'indemnités journalières) enregistrent une hausse de 3,6 % par rapport à
2008.
Le
poids des ALD. D'après le rapport publié en
juillet 2010 par l'assurance maladie, la prise en charge des patients atteints
d'affections de longue durée, comme le diabète, le cancer ou l'hypertension
artérielle, représente plus des deux tiers des dépenses et 84 % de
l'augmentation totale du volume des soins. Si la tendance globale se prolonge,
les dépenses du régime général de l’assurance maladie augmenteront chaque année,
en moyenne, de 3,7 % entre 2009 et 2012.
De nouvelles mesures.
Un nouveau train
de mesures est donc à l'étude. Patients, laboratoires pharmaceutiques,
professionnels de santé et hôpitaux seraient mis à contribution. Baisse de prix
des médicaments, augmentation du ticket modérateur, diminution du taux de
remboursement des médicaments au service médical « modéré » devraient
permettre d'économiser 2,5 milliards d'euros l'an prochain et de limiter la
hausse des dépenses à 2,9 %.
Bénédicte Devictor : « Demandons-nous surtout ce que
nous voulons »
Spécialiste
des systèmes de santé, de l'organisation et du financement des soins, Bénédicte
Devictor est maître de conférences à l'Université de la Méditerranée.
Que vous inspire la situation de l'assurance maladie
?
Je viens de
tomber sur un article que je pensais très récent, écrit la veille ou
l'avant-veille. Mais un mot m'a surprise, et je suis donc allée en vérifier la
date : il remontait à 2007 ! Cela signifie simplement que les mesures mises en
œuvre n'ont pas été efficaces. C'est logique, du reste : on dit toujours les
mêmes choses, on applique toujours les mêmes recettes conjoncturelles, sans
intervenir au niveau de la structure, et on arrive toujours au même résultat!
Justement, selon vous, que faudrait-il faire
?
Si la solution
était simple, je crois que d'autres que moi l'auraient donnée ! Cela étant, nous
sommes en présence d'un système de solidarité auquel les Français sont très
attachés, qui est toutefois, aujourd'hui, au-dessus de nos moyens puisqu'il
provoque un déficit chaque année. Or, la situation économique actuelle ne permet
pas d'augmenter les recettes. Diminuer les dépenses ne peut qu'aboutir à
désengager l'assurance maladie, dans la mesure où l'on sait que les dépenses de
santé ne baisseront pas. Il faut par conséquent réfléchir à l'efficience du
système et envisager une vraie réforme. Car notre système est désormais plus
basé sur la dette que sur la solidarité, ce qui n'est pas
supportable.
C'est donc notre regard sur la situation qu'il faut changer
?
Demandons-nous
surtout ce que nous voulons. Prétendre que le système que nous connaissons
aujourd'hui fonctionne encore, c'est se cacher derrière son petit doigt. Nous
pouvons donc d'ores et déjà annoncer l'échec du train de mesures prévues pour
l'année prochaine. Elles permettront de réduire légèrement le déficit, mais,
fondamentalement, rien n'aura changé.
Par quoi passe cette réforme de fond que vous semblez appeler de
vos vœux? Par un changement du mode de rémunération des médecins, par
exemple?
Oui, bien sûr
que le changement du mode de rémunération des médecins en fait partie ! C'est
vrai que les Français, praticiens comme patients, sont très attachés au paiement
à l'acte, qui garantit à leurs yeux – et ils ont raison – une médecine de
qualité. Je pense malgré tout que ce principe du paiement à l'acte doit être
conservé, mais aménagé. Tout le monde est par exemple d'accord pour dire que,
dans le cas des maladies chroniques, il est complètement dépassé. Je suis
d'ailleurs persuadée que les médecins gagneraient également à une telle
évolution.
D'autant que le poids des ALD est de plus en plus
lourd...
Réformer les
modalités de la prise en charge des ALD me semble effectivement tout aussi
indispensable. Entendons-nous bien : je suis évidemment favorable à leur prise
en charge à 100 %. Mais il faut réfléchir à la façon dont on le fait : pour ces
malades, il faut définir un forfait annuel qui englobe médecin de ville,
hôpital, pharmacie... Au risque de vous surprendre, l'objectif final des mesures
devrait être de diminuer les cotisations sociales, comme cela a été fait en
Allemagne. Il faudrait donc s'en donner les moyens ! Et là, peut-être
prendrait-on les bonnes mesures pour y arriver. Car diminuer les cotisations ne
signifie pas nécessairement diminuer les prestations de santé. Cela impose en
revanche de les rendre plus efficientes. L'argent dépensé aujourd'hui pourrait
en effet sans doute l'être mieux. Et nous n'avons plus le choix : nous avons un
très beau système de santé. Mais nous sommes au volant d'une Rolls, alors que
nous ne pouvons plus entretenir qu'une 2 CV.
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