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Assurance maladie : les mauvais chiffres de 2009 (octobre 2010)
Dans un contexte de nette dégradation des comptes de la Sécurité sociale, l'assurance maladie a enregistré, l'an dernier, son plus fort dérapage. La perspective d'un retour à l'équilibre dès 2011 semble donc s'éloigner.

Un contexte difficile. D'une manière générale, les comptes sociaux se sont nettement dégradés en 2009. Le déficit de l’ensemble des régimes obligatoires de base a plus que doublé par rapport à 2008, pour atteindre 24,9 milliards d’euros. A lui seul, le régime général représente 80 % du déficit (20,3 milliards d’euros). Dans ce contexte défavorable, c'est la situation de l'assurance maladie qui se dégrade le plus.

 

Une nette dégradation. En un an, son déficit passe en effet de 4,4 milliards d'euros à 10,5 milliards. Les plus fortes augmentations touchent les soins infirmiers (+8,9 %), les prises en charge de cotisations sociales des professionnels de santé (+8,9 %) et les dépenses de transport (+8,0 %). Globalement, les dépenses de soins de ville (remboursements d'honoraires, de médicaments et de prestations, paiement d'indemnités journalières) enregistrent une hausse de 3,6 % par rapport à 2008.

 

Le poids des ALD. D'après le rapport publié en juillet 2010 par l'assurance maladie, la prise en charge des patients atteints d'affections de longue durée, comme le diabète, le cancer ou l'hypertension artérielle, représente plus des deux tiers des dépenses et 84 % de l'augmentation totale du volume des soins. Si la tendance globale se prolonge, les dépenses du régime général de l’assurance maladie augmenteront chaque année, en moyenne, de 3,7 % entre 2009 et 2012.

 

De nouvelles mesures. Un nouveau train de mesures est donc à l'étude. Patients, laboratoires pharmaceutiques, professionnels de santé et hôpitaux seraient mis à contribution. Baisse de prix des médicaments, augmentation du ticket modérateur, diminution du taux de remboursement des médicaments au service médical « modéré » devraient permettre d'économiser 2,5 milliards d'euros l'an prochain et de limiter la hausse des dépenses à 2,9 %.

 

 

Bénédicte Devictor : « Demandons-nous surtout ce que nous voulons »

 

Spécialiste des systèmes de santé, de l'organisation et du financement des soins, Bénédicte Devictor est maître de conférences à l'Université de la Méditerranée.

 

 

Que vous inspire la situation de l'assurance maladie ?

 

Je viens de tomber sur un article que je pensais très récent, écrit la veille ou l'avant-veille. Mais un mot m'a surprise, et je suis donc allée en vérifier la date : il remontait à 2007 ! Cela signifie simplement que les mesures mises en œuvre n'ont pas été efficaces. C'est logique, du reste : on dit toujours les mêmes choses, on applique toujours les mêmes recettes conjoncturelles, sans intervenir au niveau de la structure, et on arrive toujours au même résultat!

 

Justement, selon vous, que faudrait-il faire ?

 

Si la solution était simple, je crois que d'autres que moi l'auraient donnée ! Cela étant, nous sommes en présence d'un système de solidarité auquel les Français sont très attachés, qui est toutefois, aujourd'hui, au-dessus de nos moyens puisqu'il provoque un déficit chaque année. Or, la situation économique actuelle ne permet pas d'augmenter les recettes. Diminuer les dépenses ne peut qu'aboutir à désengager l'assurance maladie, dans la mesure où l'on sait que les dépenses de santé ne baisseront pas. Il faut par conséquent réfléchir à l'efficience du système et envisager une vraie réforme. Car notre système est désormais plus basé sur la dette que sur la solidarité, ce qui n'est pas supportable.

 

C'est donc notre regard sur la situation qu'il faut changer ?

 

Demandons-nous surtout ce que nous voulons. Prétendre que le système que nous connaissons aujourd'hui fonctionne encore, c'est se cacher derrière son petit doigt. Nous pouvons donc d'ores et déjà annoncer l'échec du train de mesures prévues pour l'année prochaine. Elles permettront de réduire légèrement le déficit, mais, fondamentalement, rien n'aura changé.

 

Par quoi passe cette réforme de fond que vous semblez appeler de vos vœux? Par un changement du mode de rémunération des médecins, par exemple?

 

Oui, bien sûr que le changement du mode de rémunération des médecins en fait partie ! C'est vrai que les Français, praticiens comme patients, sont très attachés au paiement à l'acte, qui garantit à leurs yeux – et ils ont raison – une médecine de qualité. Je pense malgré tout que ce principe du paiement à l'acte doit être conservé, mais aménagé. Tout le monde est par exemple d'accord pour dire que, dans le cas des maladies chroniques, il est complètement dépassé. Je suis d'ailleurs persuadée que les médecins gagneraient également à une telle évolution.

 

D'autant que le poids des ALD est de plus en plus lourd...

 

Réformer les modalités de la prise en charge des ALD me semble effectivement tout aussi indispensable. Entendons-nous bien : je suis évidemment favorable à leur prise en charge à 100 %. Mais il faut réfléchir à la façon dont on le fait : pour ces malades, il faut définir un forfait annuel qui englobe médecin de ville, hôpital, pharmacie... Au risque de vous surprendre, l'objectif final des mesures devrait être de diminuer les cotisations sociales, comme cela a été fait en Allemagne. Il faudrait donc s'en donner les moyens ! Et là, peut-être prendrait-on les bonnes mesures pour y arriver. Car diminuer les cotisations ne signifie pas nécessairement diminuer les prestations de santé. Cela impose en revanche de les rendre plus efficientes. L'argent dépensé aujourd'hui pourrait en effet sans doute l'être mieux. Et nous n'avons plus le choix : nous avons un très beau système de santé. Mais nous sommes au volant d'une Rolls, alors que nous ne pouvons plus entretenir qu'une 2 CV.

 
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