English  |  Español  |  Portuguese  |  Italiano                                 Contact | Newsletter
 


















 
Risque-Prévoyance  Magazine
Actualités I Ailleurs I Au quotidien I Sommaire
 
Le travail et la santé (juillet 2010)
Le gouvernement vient de présenter le deuxième Plan " Santé au travail ". Programmé sur la période 2010-2014, il vise à renforcer la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles, en diminuant notamment l'exposition aux risques.

Un bilan mitigé. Chaque jour, près de trois personnes meurent d'un accident du travail en France (569 décès en 2008) ou à la suite d’une maladie professionnelle (425 décès en 2008). Il survient au total environ 700 000 accidents du travail chaque année, dont 44 000 graves. Si ce chiffre a légèrement baissé (-2,2 %) en 2008 pour la première fois depuis trois ans, celui des maladies professionnelles enregistre une augmentation quasi ininterrompue depuis une décennie. Parmi les raisons de cette évolution : le fort développement des TMS, les troubles musculo-squelettiques (*).

Un enjeu majeur. Principalement basé sur la prévention, le deuxième Plan «Santé au travail» vise à stopper la hausse du nombre des cas de maladies professionnelles et à diminuer de 25 % d'ici 2014 le chiffre des accidents du travail. Parmi les ambitions affichées : l'amélioration du taux d'emploi des seniors. Cela passe par la réduction de la pénibilité, de l’usure prématurée et de la dégradation de la santé dues au travail, synonymes de désinsertion professionnelle ou de départs précoces.

Une meilleure information. Ces actions s'articuleront autour de plusieurs axes. La recherche scientifique sur la santé au travail sera encouragée et ses résultats diffusés dans les entreprises. Il est à noter que les chefs d’entreprise, cadres dirigeants, salariés et organisations syndicales sont placés au centre de la stratégie, au même titre que les services de santé au travail et les médecins du travail (voir interview). Les entreprises de moins de 50 salariés seront plus particulièrement ciblées, mieux accompagnées, informées des enjeux de la prévention et dotées des outils adaptés.

Anticiper les évolutions. Le plan prévoit également de renforcer la réactivité face au développement de certains risques émergents ou peu pris en compte jusqu'à présent : risques psychosociaux (**), pour lesquels un plan d’urgence a été instauré, troubles musculo-squelettiques, risques différés dus aux expositions professionnelles à des cancérogènes... Enfin, les services de santé au travail seront réorganisés sur la base d’un schéma régional, autour d'objectifs quantitatifs et qualitatifs, alors même que la démographie des médecins du travail subit une évolution jugée « préoccupante » par le Conseil d’orientation sur les conditions de travail (30 % d'effectifs en moins d’ici 2015). Des solutions devront d'ailleurs être trouvées pour rendre la médecine du travail plus attractive aux yeux des jeunes praticiens.

 

Laurent Grangeret : « un plan pragmatique et opérationnel »

Laurent Grangeret est chef de bureau à la Direction générale du travail, qui pilote le deuxième Plan « Santé au travail ».

 

Avant d'évoquer le deuxième Plan « Santé au travail », quel bilan tirez-vous du premier ?

Le premier plan concernait la période 2005-2009. Son bénéfice majeur a été de donner une véritable visibilité politique à toutes les démarches de prévention des risques professionnels. Il a affiché des priorités claires, permis de développer le champ de la connaissance en santé au travail et renforcé les moyens de l'administration du travail. Mais c'est vrai qu'il a sans doute été plus institutionnel qu'opérationnel.

 

Est-ce la raison de son impact relativement faible sur le nombre des accidents du travail ou des maladies professionnelles ?

Nous avons tout de même enregistré des améliorations et, si les chiffres bruts demeurent élevés, l'indice de fréquence des accidents du travail, c'est-à-dire leur nombre rapporté au nombre de travailleurs, est par exemple en baisse, notamment dans les secteurs qui sont traditionnellement les plus accidentogènes : BTP, travail temporaire, bois et ameublement. Nous avons plus de difficultés avec les maladies professionnelles, et l'impact sur les chiffres constitue effectivement l'un des enjeux majeurs du deuxième plan, qui se veut beaucoup plus pragmatique.

 

Le plan prévoit de cibler plus particulièrement les actions sur les petites entreprises. Quels outils pouvez-vous leur apporter ?

Nous souhaitons d'abord leur offrir l'accès à des outils d'aide à la mise en place d'actions de prévention : il peut s'agir de documents conçus par les branches professionnelles ou les organismes de prévention, comme ceux que l'on peut trouver sur le site http://www.travailler-mieux.gouv.fr/. Nous voulons ensuite leur apporter un soutien technique, en passant par exemple par l'INRS, l'Institut national de recherche et de sécurité, ou l'Anact, l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail. Nous nous appuierons aussi sur les réseaux consulaires (***), pour que les outils existants et les campagnes d'information soient mieux diffusés dans les entreprises. Enfin, nous voulons relancer la démarche d'évaluation des risques professionnels.

 

Comment lutter contre les risques psychosociaux, dont l'actualité récente illustre l'émergence ?

Ils font partie des risques plus particulièrement identifiés par ce deuxième plan. Des mesures spécifiques ont d'ailleurs été annoncées dans le cadre du plan d'urgence pour la prévention du stress au travail, mis en place en octobre dernier. Ainsi, des actions d'information et d'accompagnement seront menées en direction des PME et des TPE et une prise en compte de ces risques accompagnera tout processus de restructuration. Cela dit, si les risques psychosociaux sont effectivement en développement, ils ne doivent pas cacher l'existence d'autres dangers, qu'il ne faut pas oublier, comme les troubles musculo-squelettiques.

 

(*) – Les troubles musculo-squelettiques (TMS) recouvrent un large éventail de pathologies qui affectent principalement les muscles, les tendons et les nerfs permettant le mouvement des pièces osseuses des membres supérieurs, du dos et des membres inférieurs. Ils sont localisés au niveau des poignets, des épaules, des coudes, du rachis, des genoux et se manifestent par des douleurs et des gênes dans les mouvements, qui peuvent entraîner un handicap sérieux dans la vie professionnelle et la vie privée.… 

(**) – Souvent résumés sous l'appellation « stress », les risques psychosociaux recouvrent en réalité des risques professionnels d’origine et de nature variées, qui mettent en jeu l’intégrité physique et la santé mentale des salariés. Ils vont du harcèlement moral au sentiment de mal être et de souffrance au travail, en passant par les violences physiques ou psychologiques.

(***) – On entend par « réseaux consulaires » les structures publiques administratives chargées de représenter les intérêts généraux du commerce, de l'industrie, des services, de l'artisanat... de leur circonscription, ainsi que de développer leur espace économique : Chambres de commerce, Chambres des métiers...

 

Retour


© Copyright CNP Assurances.
Tous droits réservés. Les reproductions de toute ou partie des informations publiées sur le site Internet CNP sous quelque forme ou support sans l'autorisation expresse de la CNP sont interdites. Seuls sont autorisés l'envoi électronique des articles par les moyens mis à disposition par la CNP ou l'impression à des fins d'archivage ou de consultation en mode déconnecté.