|
Un bilan mitigé. Chaque jour, près de trois personnes
meurent d'un accident du travail en France (569 décès en 2008) ou à la suite
d’une maladie professionnelle (425 décès en 2008). Il survient au total environ
700 000 accidents du travail chaque année, dont 44 000 graves. Si ce chiffre a
légèrement baissé (-2,2 %) en 2008 pour la première fois depuis trois ans, celui
des maladies professionnelles enregistre une augmentation quasi ininterrompue
depuis une décennie. Parmi les raisons de cette évolution : le fort
développement des TMS, les troubles musculo-squelettiques (*).
Un enjeu majeur. Principalement basé sur la
prévention, le deuxième Plan «Santé au travail» vise à stopper la hausse du
nombre des cas de maladies professionnelles et à diminuer de 25 % d'ici 2014 le
chiffre des accidents du travail. Parmi les ambitions affichées : l'amélioration
du taux d'emploi des seniors. Cela passe par la réduction de la pénibilité, de
l’usure prématurée et de la dégradation de la santé dues au travail, synonymes
de désinsertion professionnelle ou de départs précoces.
Une meilleure information. Ces actions
s'articuleront autour de plusieurs axes. La recherche scientifique sur la santé
au travail sera encouragée et ses résultats diffusés dans les entreprises. Il
est à noter que les chefs d’entreprise, cadres dirigeants, salariés et
organisations syndicales sont placés au centre de la stratégie, au même titre
que les services de santé au travail et les médecins du travail (voir
interview). Les entreprises de moins de 50 salariés seront plus particulièrement
ciblées, mieux accompagnées, informées des enjeux de la prévention et dotées des
outils adaptés.
Anticiper les évolutions. Le plan prévoit également de
renforcer la réactivité face au développement de certains risques émergents ou
peu pris en compte jusqu'à présent : risques psychosociaux (**), pour lesquels
un plan d’urgence a été instauré, troubles musculo-squelettiques, risques
différés dus aux expositions professionnelles à des cancérogènes... Enfin, les
services de santé au travail seront réorganisés sur la base d’un schéma
régional, autour d'objectifs quantitatifs et qualitatifs, alors même que la
démographie des médecins du travail subit une évolution jugée « préoccupante »
par le Conseil d’orientation sur les conditions de travail (30 % d'effectifs en
moins d’ici 2015). Des solutions devront d'ailleurs être trouvées pour rendre la
médecine du travail plus attractive aux yeux des jeunes praticiens.
Laurent
Grangeret : « un plan pragmatique et opérationnel
»
Laurent Grangeret est chef de bureau à la Direction générale du travail, qui
pilote le deuxième Plan « Santé au travail ».
Avant d'évoquer le deuxième Plan « Santé au travail », quel bilan
tirez-vous du premier ?
Le premier plan concernait la période
2005-2009. Son bénéfice majeur a été de donner une véritable visibilité
politique à toutes les démarches de prévention des risques professionnels. Il a
affiché des priorités claires, permis de développer le champ de la connaissance
en santé au travail et renforcé les moyens de l'administration du travail. Mais
c'est vrai qu'il a sans doute été plus institutionnel
qu'opérationnel.
Est-ce la raison de son impact relativement faible sur le nombre
des accidents du travail ou des maladies professionnelles
?
Nous avons tout de même enregistré des
améliorations et, si les chiffres bruts demeurent élevés, l'indice de fréquence
des accidents du travail, c'est-à-dire leur nombre rapporté au nombre de
travailleurs, est par exemple en baisse, notamment dans les secteurs qui sont
traditionnellement les plus accidentogènes : BTP, travail temporaire, bois et
ameublement. Nous avons plus de difficultés avec les maladies professionnelles,
et l'impact sur les chiffres constitue effectivement l'un des enjeux majeurs du
deuxième plan, qui se veut beaucoup plus pragmatique.
Le plan prévoit de cibler plus particulièrement les actions sur
les petites entreprises. Quels outils pouvez-vous leur apporter
?
Nous souhaitons d'abord leur offrir l'accès à des outils
d'aide à la mise en place d'actions de prévention : il peut s'agir de documents
conçus par les branches professionnelles ou les organismes de prévention, comme
ceux que l'on peut trouver sur le site http://www.travailler-mieux.gouv.fr/. Nous voulons ensuite leur apporter un soutien technique, en
passant par exemple par l'INRS, l'Institut national de recherche et de sécurité,
ou l'Anact, l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail.
Nous nous appuierons aussi sur les réseaux consulaires (***), pour que les
outils existants et les campagnes d'information soient mieux diffusés dans les
entreprises. Enfin, nous voulons relancer la démarche d'évaluation des risques
professionnels.
Comment lutter contre les risques psychosociaux, dont l'actualité
récente illustre l'émergence ?
Ils font partie des risques plus particulièrement identifiés par
ce deuxième plan. Des mesures spécifiques ont d'ailleurs été annoncées dans le
cadre du plan d'urgence pour la prévention du stress au travail, mis en place en
octobre dernier. Ainsi, des actions d'information et d'accompagnement seront
menées en direction des PME et des TPE et une prise en compte de ces risques
accompagnera tout processus de restructuration. Cela dit, si les risques
psychosociaux sont effectivement en développement, ils ne doivent pas cacher
l'existence d'autres dangers, qu'il ne faut pas oublier, comme les troubles
musculo-squelettiques.
(*) – Les troubles musculo-squelettiques (TMS) recouvrent un
large éventail de pathologies qui affectent principalement les muscles, les
tendons et les nerfs permettant le mouvement des pièces osseuses des membres
supérieurs, du dos et des membres inférieurs. Ils sont localisés au niveau des
poignets, des épaules, des coudes, du rachis, des genoux et se manifestent par
des douleurs et des gênes dans les mouvements, qui peuvent entraîner un handicap
sérieux dans la vie professionnelle et la vie privée.…
(**) – Souvent résumés sous l'appellation « stress », les
risques psychosociaux recouvrent en réalité des risques professionnels d’origine
et de nature variées, qui mettent en jeu l’intégrité physique et la santé
mentale des salariés. Ils vont du harcèlement moral au sentiment de mal être et
de souffrance au travail, en passant par les violences physiques ou
psychologiques.
(***) – On entend par « réseaux
consulaires » les structures publiques administratives chargées de représenter
les intérêts généraux du commerce, de l'industrie, des services, de
l'artisanat... de leur circonscription, ainsi que de développer leur espace
économique : Chambres de commerce, Chambres des
métiers...
|