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Santé et nouvelles technologies. La télémédecine vise à
améliorer l'accessibilité aux soins de santé spécialisés, par l'utilisation
d'Internet et des nouvelles technologies de l'information. Ses applications vont
du simple transfert de données à l'intervention chirurgicale à distance, ou
encore la consultation et le diagnostic. En cancérologie par exemple, les
nouvelles technologies permettront le suivi des chimiothérapies pratiquées au
domicile du malade.
Des cibles privilégiées. La Direction générale de l’offre de
soins (DGOS) vient de confier aux directeurs des Agences régionales de santé la
mission d’initier et développer ces pratiques. Ils seront notamment chargés de
mettre en œuvre quatre « orientations prioritaires ». Les expérimentations
devront cibler en premier lieu les « territoires isolés ». La télésurveillance
sera renforcée pour le diabète et les insuffisances rénales et cardiaques. La
téléradiologie sera, elle aussi, encouragée.
Un effort particulier sera par ailleurs porté sur les apports de la
télémédecine en milieu carcéral. Des téléconsultations seront ainsi créées dans
les établissements pénitentiaires pour les problèmes de dermatologie, orthopédie
et psychiatrie. Autre point, la télésurveillance des détenus atteints de
maladies chroniques sera développée.
Une lacune française. Les mauvais résultats de l'e-santé
avaient été pointés par l'EHCI*, un organisme non gouvernemental reconnu par la
Commission européenne. Dans son dernier comparatif annuel des systèmes de santé,
publié en septembre 2009, où la France figurait en septième position sur 33
pays, il considérait comme à peine moyenne la possibilité de prendre ses
rendez-vous par internet. Il jugeait également très perfectibles la transmission
par ce même canal des comptes rendus d'examen aux patients, les prescriptions en
ligne et les échanges informatisés de données entre professionnels. De
leur côté, ces professionnels s'inquiètent encore des risques que pourrait faire
peser la télémédecine sur le secret médical et la confidentialité des
données.
* Indice européen des consommateurs de soins de santé (cf Actualités
Ailleurs Risque-Prévoyance « Système de soins : la France regagne du terrain »,
novembre 2009)
Annie Podeur :
« La télémédecine est un formidable levier »

Annie
Podeur est responsable de la DGOS
Direction
générale de l'offre de soins
Y a-t-il encore des freins au
développement de la télémédecine ?
L'allongement de la durée de vie
génère une demande de soins croissante de la part de personnes de plus en plus
âgées. Nous sommes donc dans l’obligation de faire évoluer les organisations de
soins et les pratiques professionnelles.
Là où la ressource soignante est devenue rare,
dans les zones isolées (les îles, les zones rurales, certaines banlieues, les
établissements pénitentiaires), il n'y a pas de frein au déploiement de la
télémédecine, car c'est la seule façon de maintenir une prestation de soins de
qualité et un égal accès aux soins des citoyens. Des freins demeurent dans les
zones urbanisées, où la ressource médicale et paramédicale est déclinante, mais
pas encore insuffisante : lorsque la ressource soignante ne fait pas défaut,
comme dans certaines régions du sud de la France, la télémédecine n'est pas
prioritaire.
Comment lever ces
freins ?
Les freins culturels commencent à être dépassés :
les professionnels de santé prennent progressivement conscience que nous sommes
en train de changer de modèles dans notre système de santé. Il est cependant
évident que la télémédecine doit encore faire l’objet d’une information grand
public, ainsi que d’une formation spécifique pour les professionnels.
La publication prochaine du décret sur la
télémédecine issu de la loi du 21 juillet 2009, dite Hôpital patients santé
territoires (Hpst), lève par ailleurs le frein réglementaire. Il autorise en
effet la pratique de la télémédecine dans un champ beaucoup plus large que ne le
prévoyait la loi de 2004 relative à l’assurance maladie.
La télémédecine rejoint le Code de la santé
publique au chapitre des organisations de soins, ce qui constitue une avancée
majeure.
Comment
concevez-vous le rôle des ARS dans cette mise en œuvre ?
La DGOS, qui intervient aujourd’hui sur l’ensemble
de l’offre de soins, est le maître d’ouvrage de la télémédecine et les ARS en
sont les maîtres d’œuvre.
Chaque région va définir ses applications
prioritaires en fonction des besoins.
Ici, il y a urgence par exemple à mettre en place
la téléradiologie du fait de la pénurie en radiologues. Là, la priorité sera de
faciliter le fonctionnement des Communautés hospitalières de territoire (CHT),
dont la finalité est d'instaurer une gradation des soins dans le parcours du
patient, au sein d’un territoire de santé.
Il reviendra donc aux ARS de bien évaluer les
besoins prioritaires, notamment ceux qui font le consensus des professionnels de
santé. Nous n’imposerons pas la télémédecine par une décision centralisée trop
éloignée du terrain.
Que pensez-vous
des recommandations formulées dans le rapport Simon-Acker ?
Ce rapport sur la télémédecine, que j’ai moi-même
commandité, fait en effet des préconisations simples et réalistes.
Une des premières recommandations concerne la
restructuration de l’offre de soins hospitalière : la télémédecine peut aider
les établissements à s’organiser en CHT, grâce aux téléconsultations et télé
expertises mises en place entre les établissements, qui peuvent favoriser la
mise en place d’un parcours de soins de qualité et performant.
Le rapport recommande également de favoriser les
organisations de télésurveillance au domicile des patients atteints de maladies
chroniques. Outre qu’elle contribue à l’éducation thérapeutique des patients,
cette technique augmente la fréquence du suivi, rassure les patients souvent
très âgés et évite des hospitalisations. Elle représente indiscutablement une
amélioration de la qualité de vie des patients.
S’agissant des structures de soins de ville, les
maisons de santé pluriprofessionnelles sont des lieux particulièrement adaptés
au déploiement de la télémédecine : elles sont le premier recours des malades,
notamment ceux atteints de maladies chroniques.
Le coût du plan
est évalué à 6,5 milliards d'euros. Comment en assurer le financement
?
Il y aura probablement quelques dépenses
supplémentaires en matière d’investissement et d’organisation, mais le
fonctionnement de la télémédecine doit pouvoir être financé par des réductions
de dépenses hospitalières.
Un exemple particulièrement significatif concerne
l’insuffisance cardiaque chronique : l’allongement de la durée de vie augmente
la fréquence de cette pathologie. Elle représente une des premières causes de
venue non programmée dans les services d’urgences hospitalières : on estime
chaque année le nombre de patients admis aux urgences à près de 300 000.
La durée moyenne de séjour (DMS) de ces patients
est de 11 jours. Grâce à la télésurveillance à domicile assurée en priorité par
des infirmiers, elle est passée à 3 jours. Si ce modèle était appliqué à 50 %
des insuffisants cardiaques français, la dépense hospitalière pour cette seule
prise en charge baisserait d’environ 1 milliard d’euros, cette somme pouvant
être alors utilisée pour le développement de la télésurveillance à domicile.
La télémédecine est un formidable levier pour
favoriser la pratique collaborative de la médecine et le partage de compétences
entre professionnels de santé.
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