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Les Agences régionales de santé se branchent sur la télémédecine (mai 2010)
Les Agences régionales de santé (ARS), nouvellement créées, viennent de se voir confier la mission de développer la médecine à distance, ou télémédecine. Des expériences seront menées en priorité dans des territoires isolés, ainsi qu'en milieu carcéral.

Santé et nouvelles technologies. La télémédecine vise à améliorer l'accessibilité aux soins de santé spécialisés, par l'utilisation d'Internet et des nouvelles technologies de l'information. Ses applications vont du simple transfert de données à l'intervention chirurgicale à distance, ou encore la consultation et le diagnostic. En cancérologie par exemple, les nouvelles technologies permettront le suivi des chimiothérapies pratiquées au domicile du malade.

Des cibles privilégiées. La Direction générale de l’offre de soins (DGOS) vient de confier aux directeurs des Agences régionales de santé la mission d’initier et développer ces pratiques. Ils seront notamment chargés de mettre en œuvre quatre « orientations prioritaires ». Les expérimentations devront cibler en premier lieu les « territoires isolés ». La télésurveillance sera renforcée pour le diabète et les insuffisances rénales et cardiaques. La téléradiologie sera, elle aussi, encouragée.

Un effort particulier sera par ailleurs porté sur les apports de la télémédecine en milieu carcéral. Des téléconsultations seront ainsi créées dans les établissements pénitentiaires pour les problèmes de dermatologie, orthopédie et psychiatrie. Autre point, la télésurveillance des détenus atteints de maladies chroniques sera développée.

Une lacune française. Les mauvais résultats de l'e-santé avaient été pointés par l'EHCI*, un organisme non gouvernemental reconnu par la Commission européenne. Dans son dernier comparatif annuel des systèmes de santé, publié en septembre 2009, où la France figurait en septième position sur 33 pays, il considérait comme à peine moyenne la possibilité de prendre ses rendez-vous par internet. Il jugeait également très perfectibles la transmission par ce même canal des comptes rendus d'examen aux patients, les prescriptions en ligne et  les échanges informatisés de données entre professionnels. De leur côté, ces professionnels s'inquiètent encore des risques que pourrait faire peser la télémédecine sur le secret médical et la confidentialité des données.

* Indice européen des consommateurs de soins de santé (cf Actualités Ailleurs Risque-Prévoyance « Système de soins : la France regagne du terrain », novembre 2009)

 

Annie Podeur :
« La télémédecine est un formidable levier »

 

 

 

 Annie Podeur est responsable de la DGOS
 D
irection générale de l'offre de soins

 

 

Y a-t-il encore des freins au développement de la télémédecine ?

L'allongement de la durée de vie génère une demande de soins croissante de la part de personnes de plus en plus âgées. Nous sommes donc dans l’obligation de faire évoluer les organisations de soins et les pratiques professionnelles.

Là où la ressource soignante est devenue rare, dans les zones isolées (les îles, les zones rurales, certaines banlieues, les établissements pénitentiaires), il n'y a pas de frein au déploiement de la télémédecine, car c'est la seule façon de maintenir une prestation de soins de qualité et un égal accès aux soins des citoyens. Des freins demeurent dans les zones urbanisées, où la ressource médicale et paramédicale est déclinante, mais pas encore insuffisante : lorsque la ressource soignante ne fait pas défaut, comme dans certaines régions du sud de la France, la télémédecine n'est pas prioritaire.


Comment lever ces freins ?

Les freins culturels commencent à être dépassés : les professionnels de santé prennent progressivement conscience que nous sommes en train de changer de modèles dans notre système de santé. Il est cependant évident que la télémédecine doit encore faire l’objet d’une information grand public, ainsi que d’une formation spécifique pour les professionnels.

La publication prochaine du décret sur la télémédecine issu de la loi du 21 juillet 2009, dite Hôpital patients santé territoires (Hpst), lève par ailleurs le frein réglementaire. Il autorise en effet la pratique de la télémédecine dans un champ beaucoup plus large que ne le prévoyait la loi de 2004 relative à l’assurance maladie.

La télémédecine rejoint le Code de la santé publique au chapitre des organisations de soins, ce qui constitue une avancée majeure.


Comment concevez-vous le rôle des ARS dans cette mise en œuvre ?

La DGOS, qui intervient aujourd’hui sur l’ensemble de l’offre de soins, est le maître d’ouvrage de la télémédecine et les ARS en sont les maîtres d’œuvre.

Chaque région va définir ses applications prioritaires en fonction des besoins.

Ici, il y a urgence par exemple à mettre en place la téléradiologie du fait de la pénurie en radiologues. Là, la priorité sera de faciliter le fonctionnement des Communautés hospitalières de territoire (CHT), dont la finalité est d'instaurer une gradation des soins dans le parcours du patient, au sein d’un territoire de santé.

Il reviendra donc aux ARS de bien évaluer les besoins prioritaires, notamment ceux qui font le consensus des professionnels de santé. Nous n’imposerons pas la télémédecine par une décision centralisée trop éloignée du terrain.


Que pensez-vous des recommandations formulées dans le rapport Simon-Acker ?

Ce rapport sur la télémédecine, que j’ai moi-même commandité, fait en effet des préconisations simples et réalistes.

Une des premières recommandations concerne la restructuration de l’offre de soins hospitalière : la télémédecine peut aider les établissements à s’organiser en CHT, grâce aux téléconsultations et télé expertises mises en place entre les établissements, qui peuvent favoriser la mise en place d’un parcours de soins de qualité et performant.

Le rapport recommande également de favoriser les organisations de télésurveillance au domicile des patients atteints de maladies chroniques. Outre qu’elle contribue à l’éducation thérapeutique des patients, cette technique augmente la fréquence du suivi, rassure les patients souvent très âgés et évite des hospitalisations. Elle représente indiscutablement une amélioration de la qualité de vie des patients.

S’agissant des structures de soins de ville, les maisons de santé pluriprofessionnelles sont des lieux particulièrement adaptés au déploiement de la télémédecine : elles sont le premier recours des malades, notamment ceux atteints de maladies chroniques.


Le coût du plan est évalué à 6,5 milliards d'euros. Comment en assurer le financement ?

Il y aura probablement quelques dépenses supplémentaires en matière d’investissement et d’organisation, mais le fonctionnement de la télémédecine doit pouvoir être financé par des réductions de dépenses hospitalières.

Un exemple particulièrement significatif concerne l’insuffisance cardiaque chronique : l’allongement de la durée de vie augmente la fréquence de cette pathologie. Elle représente une des premières causes de venue non programmée dans les services d’urgences hospitalières : on estime chaque année le nombre de patients admis aux urgences à près de 300 000.

La durée moyenne de séjour (DMS) de ces patients est de 11 jours. Grâce à la télésurveillance à domicile assurée en priorité par des infirmiers, elle est passée à 3 jours. Si ce modèle était appliqué à 50 % des insuffisants cardiaques français, la dépense hospitalière pour cette seule prise en charge baisserait d’environ 1 milliard d’euros, cette somme pouvant être alors utilisée pour le développement de la télésurveillance à domicile.

La télémédecine est un formidable levier pour favoriser la pratique collaborative de la médecine et le partage de compétences entre professionnels de santé.

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