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Pharmacies : près de 250 médicaments en libre service (septembre 2008)
La ministre de la Santé vient de dévoiler la liste des 248 spécialités que les pharmaciens peuvent, depuis le 1er juillet 2008, placer en libre-service, devant leur comptoir.

En vente libre. Il s'agit uniquement de médicaments délivrés sans ordonnance et non remboursés par la Sécurité sociale. On y trouve des produits couramment utilisés en automédication, comme des antitussifs ou des antalgiques, des spécialités dermatologiques, ophtalmologiques ou ORL, ou encore des produits de sevrage nicotinique... Publiée sur le site internet de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS), la liste sera régulièrement actualisée.

 

 

Conseil obligatoire. Si les pharmaciens décident d'installer des présentoirs en libre service, ces linéaires doivent être accompagnés de messages d’éducation thérapeutique et de prévention. En outre, leur présentation doit se faire dans un espace réservé et clairement identifié, à l'écart des produits de parapharmacie (crèmes pour la peau, substituts de repas...), et à proximité immédiate des points de délivrance des autres médicaments. La vente des spécialités en accès libre doit, en effet, rester encadrée par un conseil personnalisé de la part du pharmacien.

 

Par ailleurs, leur conditionnement doit être adapté à la posologie et à la durée conseillée du traitement. Enfin, les prix doivent être clairement affichés, sur des étiquettes bien visibles.

 

 

Promotions interdites. Car l'objectif de la mesure est, avant tout, économique : augmenter la concurrence entre pharmacies, en facilitant la comparaison des tarifs pratiqués. Les offres promotionnelles du type « 2 boîtes achetées, la 3ème gratuite » sont cependant interdites et les pouvoirs publics n'envisagent pas d'autoriser la vente de ces médicaments dans les grandes surfaces.

 

Les présentoirs ont toutefois vocation à s'étendre puisque, selon le ministère de la Santé, 3000 spécialités non remboursables y sont potentiellement éligibles. Enfin, un observatoire des prix doit être mis en place pour mesurer la portée de l'opération, uniquement basée sur le volontariat.

 
 
 
Jean-Luc Audhoui : « Il faut conserver une vision de santé publique »
 

 

Jean-Luc Audhoui est membre du Conseil national de l'Ordre des pharmaciens.


Dans quel état d'esprit les pharmaciens accueillent-ils cette évolution ?

                        

Ce n'est un secret pour personne, nous n'étions pas favorables à la mise en avant des médicaments. Cependant, dans la mesure où cette option a été prise par les pouvoirs publics, l'Ordre a décidé de l'accompagner, en prenant toutes les précautions nécessaires pour garantir la sécurité des patients.

 

Qu'est-ce qui vous inquiétait ?

 

Les deux critères retenus pour sélectionner les médicaments étaient qu'ils soient non remboursables et qu'ils puissent être délivrés sans ordonnance. Mais ces critères ne signifient aucunement que les molécules considérées ne présentent aucun danger pour le malade. Nous avons donc veillé à ce qu’un tri soit effectué parmi les 3000 médicaments délivrés sans ordonnance, pour ne retenir que les molécules correspondant à des pathologies simples et adaptées à l’automédication. Nous avons également demandé que le conditionnement diffère selon qu’un médicament aura été prescrit ou non. En effet, il ne faut pas qu’un malade puisse se mettre en danger par une consommation excessive, ou en n’allant pas consulter son médecin si les symptômes persistent. Par exemple, si vous souffrez de diarrhée, vous prenez du lopéramide pendant 24 ou 48 heures, mais pas pendant 8 jours. Car, s'il se prolonge, votre état peut cacher quelque chose de plus grave.

 

Les garde-fous qui ont été mis en place vous semblent-ils suffisants ?

 

Globalement oui. Les autorités ont pris le temps de s'assurer que les spécialités autorisées en libre accès étaient utilisables dans le cadre d'une automédication, d'analyser leurs contenus et leurs dosages. Par ailleurs, ces médicaments seront accompagnés de brochures beaucoup plus lisibles et éducatives que les notices classiques. Leur délivrance passera, malgré tout, systématiquement par le pharmacien qui validera le choix fait par le patient afin, par exemple, d'éviter d'éventuelles interactions ou des effets cumulatifs. Enfin, à court ou moyen terme, ils seront présentés dans des conditionnements inviolables. Dernier point, si le patient a accepté d'ouvrir un dossier pharmaceutique, ils y figureront.

 

Dans ce cas, pourquoi vous sent-on encore réticent ?

 

Nous avions réalisé un sondage en janvier : les patients n’étaient pas demandeurs de cette évolution. L’objectif des pouvoirs publics est d’instaurer une concurrence entre les pharmacies, pour faire baisser le prix de ces spécialités. Je souhaite que le résultat soit positif. Mais pour nous, l'essentiel est que le malade prenne le bon médicament au bon moment, pas que les Français en consomment encore plus, au prétexte qu'ils sont moins chers. Nous sommes des professionnels de santé, et nous ne pouvons pas nous contenter d'un regard uniquement économique. Car un médicament n'est pas une substance ordinaire.

 
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