Dans quel état d'esprit les pharmaciens accueillent-ils cette
évolution ?
Ce
n'est un secret pour personne, nous n'étions pas favorables à la mise en avant
des médicaments. Cependant, dans la mesure où cette option a été prise par les
pouvoirs publics, l'Ordre a décidé de l'accompagner, en prenant toutes les
précautions nécessaires pour garantir la sécurité des patients.
Qu'est-ce qui vous inquiétait
?
Les
deux critères retenus pour sélectionner les médicaments étaient qu'ils soient
non remboursables et qu'ils puissent être délivrés sans ordonnance. Mais ces
critères ne signifient aucunement que les molécules considérées ne présentent
aucun danger pour le malade. Nous avons donc veillé à ce qu’un tri soit effectué
parmi les 3000 médicaments délivrés sans ordonnance, pour ne retenir que les
molécules correspondant à des pathologies simples et adaptées à
l’automédication. Nous avons également demandé que le conditionnement diffère
selon qu’un médicament aura été prescrit ou non. En effet, il ne faut pas qu’un
malade puisse se mettre en danger par une consommation excessive, ou en n’allant
pas consulter son médecin si les symptômes persistent. Par exemple, si vous
souffrez de diarrhée, vous prenez du lopéramide pendant 24 ou 48 heures, mais
pas pendant 8 jours. Car, s'il se prolonge, votre état peut cacher quelque chose
de plus grave.
Les garde-fous qui ont été mis en place vous semblent-ils
suffisants ?
Globalement
oui. Les autorités ont pris le temps de s'assurer que les spécialités autorisées
en libre accès étaient utilisables dans le cadre d'une automédication,
d'analyser leurs contenus et leurs dosages. Par ailleurs, ces médicaments seront
accompagnés de brochures beaucoup plus lisibles et éducatives que les notices
classiques. Leur délivrance passera, malgré tout, systématiquement par le
pharmacien qui validera le choix fait par le patient afin, par exemple, d'éviter
d'éventuelles interactions ou des effets cumulatifs. Enfin, à court ou moyen
terme, ils seront présentés dans des conditionnements inviolables. Dernier
point, si le patient a accepté d'ouvrir un dossier pharmaceutique,
ils y figureront.
Dans ce cas, pourquoi vous sent-on encore réticent
?
Nous
avions réalisé un sondage en janvier : les patients n’étaient pas
demandeurs de cette évolution. L’objectif des pouvoirs publics est d’instaurer
une concurrence entre les pharmacies, pour faire baisser le prix de ces
spécialités. Je souhaite que le résultat soit positif. Mais pour nous,
l'essentiel est que le malade prenne le bon médicament au bon moment, pas que
les Français en consomment encore plus, au prétexte qu'ils sont moins chers.
Nous sommes des professionnels de santé, et nous ne pouvons pas nous contenter
d'un regard uniquement économique. Car un médicament n'est pas une substance
ordinaire.