Méthodes et résultats. Les données
européennes et les statistiques envoyées par une trentaine de pays ont permis de
calculer des taux de mortalité standardisés. L'étude concerne les décès survenus
dans la tranche d'âge 45-74 ans, par maladie cardio-vasculaire ischémique*
(angine de poitrine, infarctus...) ou accident vasculaire cérébral (AVC). Dans
les deux cas, les résultats révèlent de fortes disparités, puisque les écarts
les plus importants peuvent aller de 1 à 13.
Une Europe à deux vitesses. Ainsi, c'est en France (65 décès pour
100.000 habitants), au Portugal, en Italie et en Espagne que le nombre des
décès consécutifs à une attaque cardiaque est le plus faible. A l'inverse, les
pays d'Europe centrale et de l'Est – Lituanie, Slovaquie, Estonie, Lettonie
(461 pour 100 000) - sont les plus touchés.
La
Suisse (27 décès pour
100.000 habitants), la
France (37 pour 100.000), la Norvège, l'Espagne et les
Pays-Bas obtiennent les meilleurs résultats en matière d'AVC. Dans ce domaine,
c'est en Lettonie, Macédoine, Bulgarie et Estonie (346 pour 100.000) que les
chiffres sont les plus mauvais.
Des causes multiples. L'étude souligne que, d'une manière générale, la
mortalité cardio-vasculaire ne cesse de décroître depuis plusieurs décennies
dans la majorité des pays d'Europe de l'Ouest. A l'inverse, elle qualifie les
pays d'Europe centrale et de l'Est de « pays à hauts risques ».
Pour expliquer ces différences, les auteurs de l'étude
mettent en avant trois types de facteurs : médicaux (hypertension, excès de
cholestérol, diabète, surcharge pondérale, hérédité...), socio-économiques
(niveau de vie, environnement médical, pollution, stress) ou liés à l'hygiène de
vie (tabagisme, alcool, activité physique...).
*Résultant d'une déficience dans l'irrigation sanguine
d'un organe
Pr
Jean-Jacques Daubert : « Ne pas baisser la garde
»
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Responsable
du service de cardiologie du CHU de Rennes, le Professeur Jean-Claude
Daubert est membre de la Société française de cardiologie
(SFC). |
Les résultats de cette étude vous-ont-ils surpris ?
Non, car ils
confirment des tendances connues depuis longtemps. Ces résultats sont très
contrastés, avec des chiffres en hausse dans les pays de l'ancien bloc de l'Est
et une diminution constante en Europe de l'Ouest. Même l'importance des écarts
était prévisible. On sait, par exemple, que la situation s'est considérablement
dégradée depuis une vingtaine d'années dans l'ex-Union soviétique, où tous les
facteurs de risques sont réunis, et où la santé publique n'est plus une
priorité.
Les progrès français sont assez
remarquables. Sommes-nous devenus raisonnables ou la médecine a-t-elle fait
beaucoup de progrès ?
L'évolution est effectivement très favorable. On peut
même voir qu'en France, en 2005, les maladies cardio-vasculaires ne
constituaient plus, pour la première fois, la première cause de mortalité. Les
raisons sont évidemment multiples. L'apport des statines dans la lutte contre le
cholestérol a, notamment, eu un effet spectaculaire sur la réduction des
accidents cardio-vasculaires. Par ailleurs, ces maladies sont maintenant bien
prises en charge, avec un faisceau d'établissements publics et privés tout à
fait performants.
Mais je crois aussi qu'un certain nombre de messages est
passé en matière de prévention. Et la loi interdisant de fumer dans les lieux
publics appliquée depuis le début de l'année semble avoir des résultats très
intéressants sur la mortalité par infarctus du myocarde. Cela avait déjà été
observé dans d'autres pays auparavant, en particulier en
Italie.
Qu'est-ce qui pourrait encore faire
baisser ces chiffres ?
Essentiellement la prévention. Les progrès dans le
domaine des traitements ont été tels ces vingt dernières années qu'il est
difficile d'imaginer une nouvelle révolution thérapeutique à court terme. En
revanche, nous pouvons sans doute encore améliorer notre hygiène de vie. Pas
question, donc, de baisser la garde, sous peine de voir les chiffres remonter.
Encore une fois, il y a vingt ans, l'Union soviétique était un pays où la
mortalité cardio-vasculaire restait élevée mais déclinait, alors qu'aujourd'hui
la Russie voit
ses chiffres monter en flèche.
Justement, quelles sont, pour vous,
les sources d'inquiétude pour les années à venir
?
Il semble que des progrès aient été réalisés pour ce qui
est du tabagisme des jeunes. La principale menace réside donc sans doute dans
l'évolution de l'obésité infantile.
Même si la situation est plutôt moins mauvaise chez nous qu'ailleurs,
elle constitue le lit des problèmes cardio-vasculaires dans dix ou quinze ans.
C'est donc, clairement, une priorité de santé publique.
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