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Maladies cardio-vasculaires : l'Europe des inégalités (juillet 2008)
Le nombre des décès imputables à des maladies cardio-vasculaires varie considérablement selon les pays et les régions d'Europe. C'est ce qui ressort d'une étude dont les résultats viennent d'être publiés par la Société européenne de cardiologie.

Méthodes et résultats. Les données européennes et les statistiques envoyées par une trentaine de pays ont permis de calculer des taux de mortalité standardisés. L'étude concerne les décès survenus dans la tranche d'âge 45-74 ans, par maladie cardio-vasculaire ischémique* (angine de poitrine, infarctus...) ou accident vasculaire cérébral (AVC). Dans les deux cas, les résultats révèlent de fortes disparités, puisque les écarts les plus importants peuvent aller de 1 à 13.

 

 

Une Europe à deux vitesses. Ainsi, c'est en France (65 décès pour 100.000 habitants), au Portugal, en Italie et en Espagne que le nombre des décès consécutifs à une attaque cardiaque est le plus faible. A l'inverse, les pays d'Europe centrale et de l'Est – Lituanie, Slovaquie, Estonie, Lettonie (461 pour 100 000) - sont les plus touchés.

 

La Suisse (27 décès pour 100.000 habitants), la France (37 pour 100.000), la Norvège, l'Espagne et les Pays-Bas obtiennent les meilleurs résultats en matière d'AVC. Dans ce domaine, c'est en Lettonie, Macédoine, Bulgarie et Estonie (346 pour 100.000) que les chiffres sont les plus mauvais.

 

 

Des causes multiples. L'étude souligne que, d'une manière générale, la mortalité cardio-vasculaire ne cesse de décroître depuis plusieurs décennies dans la majorité des pays d'Europe de l'Ouest. A l'inverse, elle qualifie les pays d'Europe centrale et de l'Est de « pays à hauts risques ».

 

Pour expliquer ces différences, les auteurs de l'étude mettent en avant trois types de facteurs : médicaux (hypertension, excès de cholestérol, diabète, surcharge pondérale, hérédité...), socio-économiques (niveau de vie, environnement médical, pollution, stress) ou liés à l'hygiène de vie (tabagisme, alcool, activité physique...).

 

 

*Résultant d'une déficience dans l'irrigation sanguine d'un organe

 
Pr Jean-Jacques Daubert : « Ne pas baisser la garde »
 

 

Responsable du service de cardiologie du CHU de Rennes, le Professeur Jean-Claude Daubert est membre de la Société française de cardiologie (SFC).


Les résultats de cette étude vous-ont-ils surpris ?

 

Non, car ils confirment des tendances connues depuis longtemps. Ces résultats sont très contrastés, avec des chiffres en hausse dans les pays de l'ancien bloc de l'Est et une diminution constante en Europe de l'Ouest. Même l'importance des écarts était prévisible. On sait, par exemple, que la situation s'est considérablement dégradée depuis une vingtaine d'années dans l'ex-Union soviétique, où tous les facteurs de risques sont réunis, et où la santé publique n'est plus une priorité.

 

 

Les progrès français sont assez remarquables. Sommes-nous devenus raisonnables ou la médecine a-t-elle fait beaucoup de progrès ?

 

L'évolution est effectivement très favorable. On peut même voir qu'en France, en 2005, les maladies cardio-vasculaires ne constituaient plus, pour la première fois, la première cause de mortalité. Les raisons sont évidemment multiples. L'apport des statines dans la lutte contre le cholestérol a, notamment, eu un effet spectaculaire sur la réduction des accidents cardio-vasculaires. Par ailleurs, ces maladies sont maintenant bien prises en charge, avec un faisceau d'établissements publics et privés tout à fait performants.

Mais je crois aussi qu'un certain nombre de messages est passé en matière de prévention. Et la loi interdisant de fumer dans les lieux publics appliquée depuis le début de l'année semble avoir des résultats très intéressants sur la mortalité par infarctus du myocarde. Cela avait déjà été observé dans d'autres pays auparavant, en particulier en Italie.

 

 

Qu'est-ce qui pourrait encore faire baisser ces chiffres ?

 

Essentiellement la prévention. Les progrès dans le domaine des traitements ont été tels ces vingt dernières années qu'il est difficile d'imaginer une nouvelle révolution thérapeutique à court terme. En revanche, nous pouvons sans doute encore améliorer notre hygiène de vie. Pas question, donc, de baisser la garde, sous peine de voir les chiffres remonter. Encore une fois, il y a vingt ans, l'Union soviétique était un pays où la mortalité cardio-vasculaire restait élevée mais déclinait, alors qu'aujourd'hui la Russie voit ses chiffres monter en flèche.

 

 

Justement, quelles sont, pour vous, les sources d'inquiétude pour les années à venir ?

 

Il semble que des progrès aient été réalisés pour ce qui est du tabagisme des jeunes. La principale menace réside donc sans doute dans l'évolution de l'obésité infantile.  Même si la situation est plutôt moins mauvaise chez nous qu'ailleurs, elle constitue le lit des problèmes cardio-vasculaires dans dix ou quinze ans. C'est donc, clairement, une priorité de santé publique.

 
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