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Le déficit se
creuse.
Selon la Commission des comptes de
la Sécurité
sociale (CCSS) le régime général
affichait en 2007 un déficit de 9,5 milliards d'euros, contre 8,7 milliards en
2006. La situation s'est donc encore un peu dégradée, mais moins que prévu. En
septembre dernier, les estimations de la CCSS prévoyaient un trou de 11,7
milliards d'euros. Ce résultat d'ensemble masque cependant des évolutions
contrastées suivant les branches.
Des
améliorations. Pour
la troisième année consécutive, le déficit de la branche
maladie a diminué, passant de 5,9 milliards en 2006 à 4,6 milliards l'an
dernier. Toutefois, cette embellie – relative – résulte d'une augmentation des
rentrées fiscales, pas d'une baisse des dépenses de santé.
L’amélioration
est encore plus nette pour la branche famille, excédentaire pour la première
fois depuis 2003, en raison d’une nette diminution des charges. Elle affiche un solde positif de 156
millions d'euros.
Autre
satisfaction : au global, les recettes du régime général ont augmenté de 4,4% en
2007, essentiellement grâce à la baisse du chômage. Les cotisations ont dépassé
les prévisions de 650 millions d'euros et la CSG a rapporté 1,1 milliard de plus
que prévu*.
Le
gouffre des retraites.
A
l'inverse, la situation de la branche vieillesse s'est très sensiblement
dégradée, principalement à cause des premiers départs en retraite de la
génération du « baby boom » et du dispositif de départ anticipé pour carrières
longues. Passant de 1,9 milliard en 2006 à 4,6 milliards l'année dernière, son
déficit se situe désormais au même niveau que celui de l'assurance maladie.
Le déficit de la
branche accidents du travail-maladies professionnelles, enfin, a été multiplié
par 5 en un an, pour atteindre 500 millions d'euros. Toutefois, cette forte
progression s’explique essentiellement par de nouvelles écritures comptables,
consécutives à des observations de la Cour des comptes.
*Au total, les
recettes de la
Sécurité sociale se sont élevées, en 2007, à
280,7 milliards d'euros, dont 165,1 milliards de cotisations sociales et
61,4 milliards de CSG.
Jean-Pierre Claveranne : « Changeons
de regard ! »
Professeur des
Universités, Jean-Pierre Claveranne est le directeur de l'Ifross (Institut de
formation et de recherche sur les organisations sanitaires et
sociales)
Que vous inspire le déficit
de la Sécurité sociale ?
Depuis des années, les réformes se succèdent sans que les
problèmes soient réglés pour autant. Cela veut donc dire que les réformes ne
vont pas dans la bonne direction. La situation des CHU, par exemple, est
exemplaire, avec des déficits qui vont de 1 à 3 millions d'euros par semaine
dans certains établissements. Et dans ce domaine, une des réformes proposées a
consisté à modifier… le Conseil d'administration ! Tant que l'on se contentera
de poser des rustines, la situation ne changera pas !
L'amélioration de la
situation de la branche maladie n'est pas le résultat d'une baisse des dépenses.
Cela vous inquiète-t-il ?
Il y a deux
débats à tenir : qu’est-ce que la santé et combien veut-on dépenser pour elle ?
Depuis 50 ans, on confond soins et santé. La santé, c'est « la vie dans le
silence des organes ». Les déterminants de la santé, ce sont les conditions de
vie, l'habitat, le travail, la nourriture... Or, depuis un demi-siècle, on nous
dit que la santé, c'est la quantité de soins que l'on dépense. Changeons de
regard : il faut aujourd'hui s'interroger sur l'efficience des soins.
Pourtant à l'étranger, notre système de santé passe pour l'un des
meilleurs du monde...
Il n'est pas
question de tout jeter ! Notre médecine est effectivement efficace. Mais
cela ne doit pas nous empêcher de nous interroger sur certains points, comme le
paiement à l'acte. Je ne suis pas pour le salariat des médecins mais je pense
que des évolutions s'imposent. Quant à la question des dépenses de santé, il est
fondamental de se demander combien nous voulons collectivement dépenser, car les
progrès de la médecine font qu'elle peut coûter des fortunes. Cela va donc poser
des problèmes de droits de l'individu par rapport à ceux de la collectivité :
Jusqu’où faut-il aller par exemple dans la prise en charge des tout derniers
jours de la vie ? On touche à des questions d'éthique, très sensibles, pour
lesquelles je n'ai pas de réponse mais qui doivent susciter une réflexion
collective. Par ailleurs, cette réflexion doit aussi se mener individuellement :
comment puis-je être en bonne santé et combien suis-je prêt à dépenser ? Est-ce
que j'utilise vraiment tous les médicaments qui se trouvent dans mon armoire à
pharmacie ? Vous comprenez bien qu'un forfait d'un euro par feuille de maladie
ne répondra pas à ces questions. C'est d'autant plus important que le
vieillissement de la population est un phénomène inéluctable.
J'imagine que votre raisonnement vaut également pour l'assurance
vieillesse...
Avec une
différence essentielle : on peut prévoir ce que va nous coûter l'assurance
vieillesse. On sait donc que le pire est à venir si l'on ne change rien. Mais ce
n'est pas l'affaire d'une année de cotisation de plus ou de moins ! Le vrai
problème, c'est l’emploi des seniors. Il faut que tout le monde travaille
effectivement jusqu'à soixante ans. Je pense de surcroît que travailler plus
longtemps peut également être bon pour la santé. A condition bien sûr de le
faire intelligemment. On ne va pas demander à des gens d'aller à la mine jusqu'à
70 ans ! Mais, là aussi, il y a une vraie réflexion à conduire. Finalement, mon
constat est dur car, financièrement, l’avenir me paraît très sombre. Mais je
reste nuancé dans mes conclusions. Car si vous me demandez par où commencer,
honnêtement je n’ai pas de réponse toute faite
!
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