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Comptes de la Sécu : moins mal que prévu
(juin 2008)
Les comptes de la Sécurité sociale ont été un peu moins déficitaires que prévu en 2007. Les recettes ont été plus élevées qu'escompté et la situation de la branche maladie s'est légèrement améliorée. Mais le dérapage des branches vieillesse et accident du travail est venu assombrir le bilan.

Le déficit se creuse. Selon la Commission des comptes de la Sécurité sociale (CCSS) le régime général affichait en 2007 un déficit de 9,5 milliards d'euros, contre 8,7 milliards en 2006. La situation s'est donc encore un peu dégradée, mais moins que prévu. En septembre dernier, les estimations de la CCSS prévoyaient un trou de 11,7 milliards d'euros. Ce résultat d'ensemble masque cependant des évolutions contrastées suivant les branches.

 

 

Des améliorations. Pour la troisième année consécutive, le déficit de la branche maladie a diminué, passant de 5,9 milliards en 2006 à 4,6 milliards l'an dernier. Toutefois, cette embellie – relative – résulte d'une augmentation des rentrées fiscales, pas d'une baisse des dépenses de santé.

 

L’amélioration est encore plus nette pour la branche famille, excédentaire pour la première fois depuis 2003, en raison d’une nette diminution des charges.  Elle affiche un solde positif de 156 millions d'euros.

 

Autre satisfaction : au global, les recettes du régime général ont augmenté de 4,4% en 2007, essentiellement grâce à la baisse du chômage. Les cotisations ont dépassé les prévisions de 650 millions d'euros et la CSG a rapporté 1,1 milliard de plus que prévu*.

 

 

Le gouffre des retraites. A l'inverse, la situation de la branche vieillesse s'est très sensiblement dégradée, principalement à cause des premiers départs en retraite de la génération du « baby boom » et du dispositif de départ anticipé pour carrières longues. Passant de 1,9 milliard en 2006 à 4,6 milliards l'année dernière, son déficit se situe désormais au même niveau que celui de l'assurance maladie.

 

Le déficit de la branche accidents du travail-maladies professionnelles, enfin, a été multiplié par 5 en un an, pour atteindre 500 millions d'euros. Toutefois, cette forte progression s’explique essentiellement par de nouvelles écritures comptables, consécutives à des observations de la Cour des comptes.

 

 

*Au total, les recettes de la Sécurité sociale se sont élevées, en 2007, à 280,7 milliards d'euros, dont 165,1 milliards de cotisations sociales et 61,4 milliards de CSG.

 
 
Jean-Pierre Claveranne : « Changeons de regard ! »
Professeur des Universités, Jean-Pierre Claveranne est le directeur de l'Ifross (Institut de formation et de recherche sur les organisations sanitaires et sociales)
 

Que vous inspire le déficit de la Sécurité sociale ?

Depuis des années, les réformes se succèdent sans que les problèmes soient réglés pour autant. Cela veut donc dire que les réformes ne vont pas dans la bonne direction. La situation des CHU, par exemple, est exemplaire, avec des déficits qui vont de 1 à 3 millions d'euros par semaine dans certains établissements. Et dans ce domaine, une des réformes proposées a consisté à modifier… le Conseil d'administration ! Tant que l'on se contentera de poser des rustines, la situation ne changera pas !


L'amélioration de la situation de la branche maladie n'est pas le résultat d'une baisse des dépenses. Cela vous inquiète-t-il ?

Il y a deux débats à tenir : qu’est-ce que la santé et combien veut-on dépenser pour elle ? Depuis 50 ans, on confond soins et santé. La santé, c'est « la vie dans le silence des organes ». Les déterminants de la santé, ce sont les conditions de vie, l'habitat, le travail, la nourriture... Or, depuis un demi-siècle, on nous dit que la santé, c'est la quantité de soins que l'on dépense. Changeons de regard : il faut aujourd'hui s'interroger sur l'efficience des soins.



Pourtant à l'étranger, notre système de santé passe pour l'un des meilleurs du monde...

 

Il n'est pas question de tout jeter ! Notre médecine est effectivement efficace.  Mais cela ne doit pas nous empêcher de nous interroger sur certains points, comme le paiement à l'acte. Je ne suis pas pour le salariat des médecins mais je pense que des évolutions s'imposent. Quant à la question des dépenses de santé, il est fondamental de se demander combien nous voulons collectivement dépenser, car les progrès de la médecine font qu'elle peut coûter des fortunes. Cela va donc poser des problèmes de droits de l'individu par rapport à ceux de la collectivité : Jusqu’où faut-il aller par exemple dans la prise en charge des tout derniers jours de la vie ? On touche à des questions d'éthique, très sensibles, pour lesquelles je n'ai pas de réponse mais qui doivent susciter une réflexion collective. Par ailleurs, cette réflexion doit aussi se mener individuellement : comment puis-je être en bonne santé et combien suis-je prêt à dépenser ? Est-ce que j'utilise vraiment tous les médicaments qui se trouvent dans mon armoire à pharmacie ? Vous comprenez bien qu'un forfait d'un euro par feuille de maladie ne répondra pas à ces questions. C'est d'autant plus important que le vieillissement de la population est un phénomène inéluctable.

 


J'imagine que votre raisonnement vaut également pour l'assurance vieillesse...

 

Avec une différence essentielle : on peut prévoir ce que va nous coûter l'assurance vieillesse. On sait donc que le pire est à venir si l'on ne change rien. Mais ce n'est pas l'affaire d'une année de cotisation de plus ou de moins ! Le vrai problème, c'est l’emploi des seniors. Il faut que tout le monde travaille effectivement jusqu'à soixante ans. Je pense de surcroît que travailler plus longtemps peut également être bon pour la santé. A condition bien sûr de le faire intelligemment. On ne va pas demander à des gens d'aller à la mine jusqu'à 70 ans ! Mais, là aussi, il y a une vraie réflexion à conduire. Finalement, mon constat est dur car, financièrement, l’avenir me paraît très sombre. Mais je reste nuancé dans mes conclusions. Car si vous me demandez par où commencer, honnêtement je n’ai pas de réponse toute faite !

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