Quels sont, pour vous, les principaux enseignements à tirer de
cette étude ?
Les
accidents de la vie courante constituent un sujet difficile, dans la mesure où
ils impliquent beaucoup de gens dans la multitude de leurs activités. Et, malgré
l'amélioration enregistrée, ils provoquent encore presque 20.000 décès par an.
Autrement dit, une personne sur 25 termine sa vie par un AcVC. Ce sujet demeure
pourtant encore assez méconnu, même s'il est davantage pris en compte par la
société depuis quelques années : décéder de cette façon est de moins en moins
considéré comme un résultat de la fatalité. Et c'est là que se situe l'enjeu de
santé publique, car nous avons de bonnes raisons de penser qu'un grand nombre
d'accidents pourrait être évité.
Par
delà les chiffres, vous souhaitez donc mettre l'accent sur la
prévention...
Oui,
en sachant qu'elle peut être active ou passive et s'articuler autour de
plusieurs axes : l'attention des individus, leur information, la
réglementation... Mais, encore une fois, ce qui vient compliquer la donne, c'est
la myriade de circonstances dans lesquelles surviennent ces accidents. En outre,
de nombreux types d'accidents ne concernent qu'un nombre très restreint de
personnes. Par exemple, chaque année, entre 5 et 15 personnes meurent brûlées
dans leur baignoire parce que, dans de nombreuses installations, l'eau coule
trop chaude. En même temps, une eau insuffisamment chauffée favorise le
développement de la légionellose.
D'où l'installation des limiteurs de température
?
Absolument.
Tout le monde a apporté sa contribution pour établir des préconisations :
le ministère de la
Santé, le Haut comité de la santé publique... Il aura fallu dix
ans de discussions pour y parvenir ! Mais on peut désormais espérer voir baisser
cette forme de mortalité, au fur et à mesure du renouvellement des
installations. On gagnera de cette façon 2, 3, 5 ou 15 vies par an. De la même
façon, l'amélioration du matériel et l'apparition de prises de courant
sécurisées ont permis de diviser par deux le nombre des décès par électrocution.
Et cette diminution est encore plus sensible chez les
enfants.
L'évolution de la législation sur la sécurité des piscines privées
constitue aussi un bon exemple de
ce qu'il faut faire...
Oui,
avec tout de même quelques réserves. On peut, en particulier, regretter que les
différents dispositifs offerts au choix du consommateur (alarme, clôture,
couverture rigide) n'aient pas tous la même efficacité. Cela dit, alors que le
nombre des bassins a été multiplié par deux ou trois en moins de dix ans, celui
des noyades d'enfants en piscines privées a pratiquement diminué de moitié
depuis 2000.
C'est le résultat de l'évolution de la réglementation et
des campagnes d'information menées auprès du grand public. Et c'est évidemment
très bien, à ceci près que l'essentiel des noyades - plusieurs centaines par an,
quand même - survient en mer !
Alors que peut-on faire pour y remédier
?
Travailler
sur un autre registre. Car, le plus souvent, ces drames sont la conséquence du
non-respect d'une interdiction de baignade, d'une mauvaise maîtrise de la
natation, d'une surveillance insuffisante des enfants par les adultes... Il faut
donc insister, inlassablement et intelligemment, sur l'éducation, autant des
petits que des grands. Il faut apprendre à tous l'utilité des comportements
prudents. On
ne pourra jamais se protéger de tout, mais partir à l'ascension du Pic du Midi
en baskets n'est pas une bonne idée ! Enfin,
une fois que l'accident est arrivé, il serait bon que les personnes
éventuellement présentes sachent comment réagir. Or, très peu de gens en France
ont passé leur brevet de secouriste. Que faire en présence d'un enfant qui vient
d'avaler de l'eau de javel, ou qui s'étouffe à cause d'une cacahuète ou un noyau
de cerise ? Ça aussi, c'est de l'éducation pour la santé.