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Accidents de la vie courante : un léger mieux (avril 2008)
Le nombre des décès dus à des accidents de la vie courante a baissé entre 2000 et 2004. Ils n'en demeurent pas moins un enjeu majeur de santé publique. C'est ce qui ressort d'une étude récemment publiée par l'Institut de veille sanitaire (InVS).

Les chiffres. Les accidents de la vie courante (AcVC) sont définis comme des traumatismes non intentionnels qui ne sont ni des accidents de la circulation, ni des accidents du travail. En 2004, ils ont provoqué la mort de 18.548 personnes en France métropolitaine, représentant ainsi 3,6% de la mortalité totale.

 

Globalement, le taux de mortalité par AcVC a toutefois diminué de 16 % entre 2000 et 2004. Cette diminution a été un peu plus importante pour les femmes   (-18%) que pour les hommes (-15%). Elle a également été plus forte chez les jeunes : -23% chez les moins de 15 ans (contre -14% chez les 15-64 ans et       -15% chez les 65 ans et plus).

 

 

Les causes. Tous âges confondus, les chutes constituent la première cause de décès par AcVC (62% des causes connues). Viennent ensuite les suffocations, responsables de 2706 décès en 2004, les noyades, les intoxications et les accidents causés par le feu. Efforts excessifs et faux mouvements, électrocutions, chocs accidentels et piqûres d’insectes sont également comptabilisés parmi les causes d’accidents mortels. Enfin, la cause de plus de 3500 décès accidentels enregistrés en 2004 restait inconnue.

 

 

Les victimes. Les deux tiers des décès par AcVC sont survenus chez des personnes âgées de 75 ans et plus, mais tous les âges sont concernés. Ainsi, les accidents de la vie courante constituent la première cause de décès chez les enfants de 1 à 14 ans.

 

Les décès ont été plus nombreux chez les femmes, mais la raison est démographique : elles sont plus nombreuses dans la population aux âges avancés. A l'inverse, l'étude met en évidence une surmortalité masculine, avec des taux de

32,5 décès pour 100.000 chez les hommes, contre 19,0 pour 100.000 chez les femmes. Par ailleurs, quatre régions ont connu une mortalité significativement plus élevée que la moyenne observée en France métropolitaine (taux supérieurs de 10 à 15%) : la Bretagne, le Nord-Pas-de-Calais, la Franche-Comté et la Picardie.

 

 

Les enseignements. Les auteurs de l'étude soulignent certaines limites de leur travail : la mesure des décès par AcVC reste incertaine, en raison du manque de précision de la Classification internationale des maladies utilisée pour le codage des décès. A leurs yeux, il n'en demeure pas moins que les accidents de la vie courante représentent encore une cause importante de décès en France, et que bon nombre d'entre eux pourraient probablement être évités par des mesures de prévention et de réglementation adaptées.

 

 

 

 
Dr Bertrand Thélot : « Éduquer avant tout »
 

 

Le docteur Bertrand Thélot est responsable de l'unité Traumatismes (département « maladies chroniques et traumatismes ») de l'Institut de veille sanitaire.


Quels sont, pour vous, les principaux enseignements à tirer de cette étude ?

 

Les accidents de la vie courante constituent un sujet difficile, dans la mesure où ils impliquent beaucoup de gens dans la multitude de leurs activités. Et, malgré l'amélioration enregistrée, ils provoquent encore presque 20.000 décès par an. Autrement dit, une personne sur 25 termine sa vie par un AcVC. Ce sujet demeure pourtant encore assez méconnu, même s'il est davantage pris en compte par la société depuis quelques années : décéder de cette façon est de moins en moins considéré comme un résultat de la fatalité. Et c'est là que se situe l'enjeu de santé publique, car nous avons de bonnes raisons de penser qu'un grand nombre d'accidents pourrait être évité.

 

 

Par delà les chiffres, vous souhaitez donc mettre l'accent sur la prévention...

 

Oui, en sachant qu'elle peut être active ou passive et s'articuler autour de plusieurs axes : l'attention des individus, leur information, la réglementation... Mais, encore une fois, ce qui vient compliquer la donne, c'est la myriade de circonstances dans lesquelles surviennent ces accidents. En outre, de nombreux types d'accidents ne concernent qu'un nombre très restreint de personnes. Par exemple, chaque année, entre 5 et 15 personnes meurent brûlées dans leur baignoire parce que, dans de nombreuses installations, l'eau coule trop chaude. En même temps, une eau insuffisamment chauffée favorise le développement de la légionellose.

 

 

D'où l'installation des limiteurs de température ?

 

Absolument. Tout le monde a apporté sa contribution pour établir des préconisations : le ministère de la Santé, le Haut comité de la santé publique... Il aura fallu dix ans de discussions pour y parvenir ! Mais on peut désormais espérer voir baisser cette forme de mortalité, au fur et à mesure du renouvellement des installations. On gagnera de cette façon 2, 3, 5 ou 15 vies par an. De la même façon, l'amélioration du matériel et l'apparition de prises de courant sécurisées ont permis de diviser par deux le nombre des décès par électrocution. Et cette diminution est encore plus sensible chez les enfants.

 

 

L'évolution de la législation sur la sécurité des piscines privées constitue aussi  un bon exemple de ce qu'il faut faire...

 

Oui, avec tout de même quelques réserves. On peut, en particulier, regretter que les différents dispositifs offerts au choix du consommateur (alarme, clôture, couverture rigide) n'aient pas tous la même efficacité. Cela dit, alors que le nombre des bassins a été multiplié par deux ou trois en moins de dix ans, celui des noyades d'enfants en piscines privées a pratiquement diminué de moitié depuis 2000. C'est le résultat de l'évolution de la réglementation et des campagnes d'information menées auprès du grand public. Et c'est évidemment très bien, à ceci près que l'essentiel des noyades - plusieurs centaines par an, quand même - survient en mer !

 

 

Alors que peut-on faire pour y remédier ?

 

Travailler sur un autre registre. Car, le plus souvent, ces drames sont la conséquence du non-respect d'une interdiction de baignade, d'une mauvaise maîtrise de la natation, d'une surveillance insuffisante des enfants par les adultes... Il faut donc insister, inlassablement et intelligemment, sur l'éducation, autant des petits que des grands. Il faut apprendre à tous l'utilité des comportements prudents. On ne pourra jamais se protéger de tout, mais partir à l'ascension du Pic du Midi en baskets n'est pas une bonne idée ! Enfin, une fois que l'accident est arrivé, il serait bon que les personnes éventuellement présentes sachent comment réagir. Or, très peu de gens en France ont passé leur brevet de secouriste. Que faire en présence d'un enfant qui vient d'avaler de l'eau de javel, ou qui s'étouffe à cause d'une cacahuète ou un noyau de cerise ? Ça aussi, c'est de l'éducation pour la santé.

 
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