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Affections de longue durée : les préconisations de la Haute autorité de santé (mars 2008)
La Haute autorité de santé vient de publier ses recommandations sur la prise en charge par la Sécurité sociale des affections de longue durée, qui concernent 8 millions de personnes en France. Elle propose trois types d'évolution...

Les enjeux du débat. En matière d’affections de longue durée (ALD), la loi a confié trois missions à la HAS : donner un avis sur la liste des pathologies concernées, proposer les critères médicaux d’admission et recommander les actes et prestations nécessaires pour la prise en charge des affections figurant sur cette liste.

 

Dans un premier constat, dressé en 2006, la Haute autorité de santé avait mis en évidence l’inadaptation croissante du système actuel. Elle va donc plus loin aujourd’hui, en suggérant trois pistes de travail.

 

 

Mise à jour ou refonte partielle. Le premier scénario propose une simple actualisation médicale des critères actuels. Cette mise à jour n’entraînerait aucune modification significative du périmètre d’admission en ALD.

 

La deuxième hypothèse suggère une refonte partielle du dispositif. Elle conduirait à modifier la liste des critères d’entrée pour plusieurs maladies. Ainsi, pour quatre affections du champ cardiovasculaire, dont le diabète de type 2, la prise en charge à 100 % se limiterait aux situations de gravité clinique avérée, qui correspondent aux parcours de soins les plus coûteux. Par ailleurs, trois ALD, dont l’hypertension artérielle sévère, seraient retirées de la liste. Pour la HAS, cette formule imposerait une amélioration de la qualité du suivi médical des patients chroniques qui échapperaient au régime des ALD.

 

Une réforme de fond. Mais c’est la troisième piste qui recueille les faveurs de la Haute autorité : le maintien en l’état des critères actuels, dans l’attente d’une réforme rapide du dispositif. Cette refonte viserait à dissocier les deux objectifs actuellement poursuivis par le dispositif :

Dans cette hypothèse, l'admission en ALD n'entraînerait plus automatiquement une prise en charge à 100%. A l'inverse, des maladies exclues de la liste pourraient, malgré tout, bénéficier d'une « protocolisation des soins »*, synonyme pour le patient d’un meilleur suivi médical.

 

 

* Liste et fréquence des traitements et examens ad hoc pour une pathologie donnée.

 
 
Raoul Briet : « Dissocier le médical du social »
 
 

 

Raoul Briet est président de la Commission « Périmètre des biens et services remboursables (affections de longue durée) » de la Haute autorité de santé…


En quoi le système actuel de prise en charge des affections de longue durée n’est-il plus adapté ?

 

On fait aujourd’hui poursuivre deux objectifs différents au système des ALD. L’objectif originel est d’ordre social : dispenser du ticket modérateur les personnes atteintes de maladies particulièrement coûteuses à traiter, pour éviter qu’elles soient privées des soins nécessaires. Le second est thérapeutique : à travers les protocoles de soins mis en place pour ces malades entre le médecin traitant, la Sécurité sociale et le patient lui-même, on cherche à améliorer la qualité du suivi médical de la personne concernée. Nous sommes convaincus de l’importance de ces deux objectifs. Mais en liant systématiquement protocolisation des malades chroniques et exonération du ticket modérateur, on risque de ne satisfaire ni l’un, ni l’autre.

 

 

Pourquoi ?

 

De nombreux travaux ont été menés sur le coût réel des soins apportés aux patients en ALD, en rapport avec leur affection. Tous ont mis en évidence qu’une fraction importante de ces malades, sur une année déterminée, n’était pas soumise à des traitements particulièrement coûteux. Même sans prise en charge totale, ces malades n’auraient pas eu de ticket modérateur particulièrement élevé à supporter.

 

A l’inverse, certaines personnes atteintes de maladies chroniques ne sont pas en ALD, parce que leur pathologie ne fait pas partie de la liste, mais doivent prendre à leur charge des dépenses importantes. Il nous apparaît donc souhaitable de dissocier de manière radicale la prise en charge à 100% et l’amélioration du suivi médical des malades chroniques, car les populations concernées ne sont plus forcément les mêmes.

 

 

Ne suffit-il pas, pour y remédier, de modifier la liste des maladies admises en ALD ?

 

C’est vrai que cette liste, héritée d’une longue histoire médicale, n’est plus adaptée aux réalités de la médecine actuelle. Elle est, de surcroît, très hétérogène. On y trouve, en particulier, des maladies qui ne concernent plus qu’un nombre très réduits de malades, comme la tuberculose ou la lèpre. D’autres, comme le cancer ou le diabète, touchent des centaines de milliers de personnes. Par ailleurs, on y a considéré comme pathologies ce qui, médicalement, s’apparente plutôt à des facteurs de risques. C’est, par exemple, le cas de l’hypertension artérielle.

 

Mais une simple actualisation de la liste ne suffira pas. Car, quand on y regarde de plus près, la notion de coût est difficile à quantifier. Pour justifier l’admission en ALD, les textes se contentent de parler de « soins particulièrement coûteux », sans autre précision. Or, pour une même maladie, selon la personne, son âge, le moment où elle est diagnostiquée, la présence ou non de facteurs qui compliquent la situation du malade… vous aurez à faire face à des coûts très variables.

 

 

Votre conviction est visiblement établie. Pourquoi dès lors maintenir trois choix de scénario ?

 

La loi nous demande de proposer des modifications éventuelles et d’en fixer les critères. Plutôt que de dire tout simplement qu’il faudrait mettre en place un système entièrement différent, nous avons tenu à laisser aux décideurs politiques le choix entre plusieurs options. Même s’il apparaît assez clairement que l’une d’elles a notre préférence.

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