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Antibiotiques : c'est plus automatique (mars 2008)
La consommation d'antibiotiques est en net recul, en France, depuis cinq ans. C'est ce que constate la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) au terme de la première partie de la campagne de sensibilisation menée depuis 2002. Ce premier cap franchi, la mobilisation doit se poursuivre.

Des résultats satisfaisants. Initié en 2002 par l’Assurance Maladie, le programme antibiotiques visait à diminuer d'un quart en cinq ans la consommation de ce type de médicaments*. L'objectif est pratiquement atteint, puisque la baisse s'élève à 23,4% depuis le début du plan. Ce recul correspond à près de 27 millions de traitements évités depuis 2002 (soit près de 850 millions d’euros d’économie). Les progrès sont encore plus nets chez les enfants, où la prescription d'antibiotiques a diminué de 34,3% chez les moins de cinq ans et 35,4% chez les 6-15 ans.

 

 

Un effort à poursuivre. Élément encourageant, la baisse se poursuit, et même s'accentue depuis quatre ans. La moyenne nationale de prescriptions pour l’hiver 2006-2007 s'établit ainsi à 5,1 prescriptions pour 10 habitants, contre 6,7 prescriptions pour 10 habitants avant le lancement du programme.

 

Ces bons résultats doivent cependant être relativisés. La France demeure, en effet, le deuxième consommateur d'antibiotiques en Europe, juste derrière la Grèce. Une nouvelle phase du plan a donc été lancée auprès des professionnels de santé comme du grand public. Elle se poursuivra jusqu'en 2010.

 

 

Un enjeu thérapeutique. L'enjeu est de taille : des études prouvent que plus les antibiotiques sont utilisés dans un pays, plus la résistance bactérienne y est forte. Ainsi, le taux de résistance du pneumocoque à la pénicilline restait, en France, en 2006, un des plus élevés d’Europe.

 

Sans un usage raisonné des antibiotiques, des infections aujourd’hui bénignes, comme les infections urinaires ou intestinales, pourraient ainsi connaître, selon les experts, une recrudescence et devenir plus préoccupantes. Les décès dus à des maladies plus graves, comme les pneumonies ou les méningites, seraient également beaucoup plus fréquents, faute de solution thérapeutique efficace.

 

 

* Les antibiotiques permettent de traiter des maladies infectieuses d’origine bactérienne, mais ils sont sans effet sur les infections d’origine virale.


 
Pr Hubert Allemand: « On peut modifier les comportements »


© Philippe Caumes

 

Le Professeur Hubert Allemand est le médecin conseil national de la Caisse nationale d’Assurance Maladie.

 

Quels commentaires vous inspirent les résultats de la première phase du programme antibiotiques ?

 

Pour nous, il s'agit d'une grande réussite pour plusieurs raisons. C'est d'abord une réussite sanitaire. Baisser d'un quart la consommation d'antibiotiques dans un pays qui y a davantage recours que ses voisins et qui était confronté à des problèmes de résistance bactérienne, c'est évidemment un succès. Ensuite, ce programme montre que, quand on s'en donne les moyens, on peut modifier les comportements. D'autant que, sur un sujet aussi emblématique que celui-là, il s'agissait d'une véritable gageure.

 

 

Comment expliquez-vous ce succès ?

 

Derrière cette réussite, il y a vraiment une action de fond, qui a impliqué l'ensemble des acteurs. Pendant plusieurs années, les prescripteurs ont été sensibilisés par les médecins conseils et les délégués de l'Assurance Maladie. Le test de dépistage des angines est arrivé au bon moment et nous a bien aidés. Nous avons aussi agi sur le grand public, car il fallait que les patients comprennent pourquoi leur médecin refusait parfois de prescrire des antibiotiques. Enfin, nous avons également mené des actions très ciblées vers tous les professionnels de la petite enfance : crèches, haltes-garderies, PMI...

 

 

Vous évoquiez l'enjeu thérapeutique et les résistances bactériennes. Est-ce un domaine qui vous inquiète encore ?

 

Tout à fait. Les résistances ont baissé, mais elles sont encore fortes. Par ailleurs, si nous relâchions l'action, nous courrions le risque de voir la résistance bactérienne augmenter de nouveau. Les experts montrent en effet que la situation est très mouvante. Rien n'est encore gagné et l'équilibre sera toujours fragile. Nous sommes donc confrontés à un véritable enjeu d'utilisation durable des antibiotiques. En effet, aujourd'hui, ce ne sont pas des médicaments très portés par la recherche  pharmaceutique, et peu d'antibiotiques nouveaux voient le jour. Il faut donc absolument pouvoir continuer à soigner avec les moyens actuellement à notre disposition.

 

 

C'est la raison pour laquelle le programme est entré dans une deuxième phase. Vous êtes-vous fixé un nouvel objectif chiffré ?

 

Pas encore de façon précise, car nous souhaitons le définir en liaison avec le ministère. Disons, même si cela deviendra sans doute un peu plus difficile, que nous souhaiterions pouvoir conserver une baisse de 4 ou 5% par an pendant les trois ans qui viennent. Nous allons donc continuer notre action auprès des médecins, notamment en poursuivant la promotion du test de diagnostic rapide des angines dont je vous parlais tout à l'heure. Nous en avons, en particulier, élargi la diffusion gratuite aux établissements hospitaliers. Pour le grand public, nous avons  légèrement modifié notre message. Après avoir « cassé le réflexe », nous essayons désormais d'expliquer dans quelles circonstances les antibiotiques sont utiles ou pas. En plus des campagnes publicitaires, nous avons également renforcé notre présence sur Internet, avec un site entièrement dédié à ce sujet*. L'autre nouveauté concerne le champ de la petite enfance : nous allons impliquer les assistantes maternelles, qui assurent en effet la garde du quart des enfants de moins de trois ans. Nous sommes dans une action comportementale. Il faut donc être endurants, car la France reste, malgré tout, un des plus gros consommateurs d'antibiotiques en Europe.

 

 

* http://www.antibiotiquespasautomatique.com/ 

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