Des
modes de régulation différents. En
Allemagne, la réforme de 2004 a abouti à une
diminution importante du nombre des produits pris en charge. En outre, un
dispositif d'objectifs de prescription, ajusté par spécialité et tenant compte
des chiffres de l'année précédente, est appliqué à chaque médecin depuis 1998.
En
Angleterre, des listes recensent les médicaments pris en charge et les bonnes
pratiques de prescription. Les patients participent aux dépenses en s'acquittant
d'une somme forfaitaire de 6,40 livres (environ 10 €) pour chaque
médicament prescrit. Même si 85% des prescriptions en sont finalement exemptées,
ce coût élevé semble, selon les auteurs de l'étude, favoriser l'automédication.
Elle représente 30% des dépenses de médicaments en Grande-Bretagne, contre la
moitié en Allemagne et en France.
En
France, le principal levier de régulation est le ticket modérateur restant à la
charge du malade. S'élevant selon les cas à 35% ou 65% du prix du médicament, il
est, dans plus de 90% des cas, intégralement remboursé par une assurance
complémentaire.
Trois
classes de médicaments. Une
fois ces bases posées, l'étude analyse le mode de définition des prix et des
taux de remboursement pour trois catégories de médicaments donnant lieu à des
stratégies différentes selon les pays. Les benzodiazépines ont été choisies car
ils entraînent une dépendance physique et psychique, pouvant générer mauvais
usage et abus. Les
vasodilatateurs
représentent
les médicaments à efficacité contestée. Enfin, l'analyse prend en compte des
médicaments améliorant la qualité de vie : traitements des
dysfonctionnements érectiles, de l'obésité et du tabagisme
Les
résultats. L'exemple
des médicaments de lutte contre l'obésité et du sevrage tabagique, uniquement
remboursés en Grande-Bretagne, montre que « les décisions de prise en charge sont liées
aux valeurs et aux priorités nationales ».
Dans
le cas des benzodiazépines et des vasodilatateurs, pour un éventail de produits
remboursés comparable, la
France a une consommation deux fois plus élevée que
l'Allemagne, où les niveaux de prescription sont encadrés. Les chiffres
concernant les vasodilatateurs permettent, en particulier, de mettre en évidence
des différences fondamentales dans le comportement des prescripteurs : les
mesures d'encadrement mises en place chez nos voisins anglais et allemands, où
les médecins sont individuellement responsables de leurs budgets de
prescription, semblent ainsi avoir eu un effet important sur les
pratiques.
Les
conclusions. Pour
ses auteurs, l'étude prouve donc que ce sont les comportements de prescription,
et non le nombre de produits pris en charge, qui expliquent les écarts de
dépenses entre les pays. Selon l'Irdes, « l'expérience de nos voisins suggère
l'importance de dispositifs efficaces pour réguler la demande, notamment des
incitations financières à une prescription et une consommation plus
rationnelles. » En d'autres termes, en attendant la mise en place
d'éventuelles réglementations par les pouvoirs publics, la balle est avant tout
dans le camp des médecins français.