Critères et
indicateurs de l'enquête. Depuis 2004, une enquête est menée auprès de
plus de 22.000 personnes de plus de 50 ans, vivant dans onze pays européens*.
Les critères de pénibilité y sont notamment analysés en fonction de trois
paramètres :
-
la demande
psychologique, qui intègre pénibilité physique perçue et pression
psychologique,
-
la latitude
décisionnelle, qui renvoie aux possibilités d'action et d'évolution
professionnelle,
-
la récompense
reçue, qu'elle soit monétaire ou non (reconnaissance, avancement,
satisfaction...).
L'étude de l'Irdes
croise ses différents critères de pénibilité avec quatre indicateurs de l'état
de santé des personnes interrogées :
-
la santé telle
qu'elle est perçue (très bonne, bonne, moyenne, mauvaise ou très
mauvaise),
-
un indicateur de
dépression, en rapport avec l'état de santé mental des personnes interrogées
(sentiment de tristesse, pessimisme, sommeil...),
-
une information
sur le fait d'être limité dans ses activités normales à cause de problèmes de
santé,
-
une information
sur la présence de maladies chroniques ou de longue
durée.
Les
principaux résultats. Les chercheurs de l'Irdes ont pris en compte les
résultats des 6294 personnes âgées de 50 à 65 ans déclarant occuper un emploi.
Plus des trois quarts d'entre eux présentent un bon état de santé : 78% se
perçoivent en bonne santé, 77% déclarent ne souffrir d'aucune maladie chronique,
75% ne déclarent aucune limitation d'activité liée à un problème de santé et 82%
ne présentent aucun signe de dépression. C'est nettement plus que la proportion
observée dans la population des 50-65 ans sans emploi (entre 12 et 20 points de
plus selon les indicateurs).
Parmi les seniors
exerçant une activité professionnelle, de fortes disparités apparaissent
toutefois liées aux critères de la pénibilité. De manière inattendue, la
variante qui influe le plus sur la santé des personnes interrogées n'est pas
celle qui intègre la pénibilité physique, mais la récompense reçue. En matière
de dépression, par exemple, l'étude relève pour les hommes un écart de 13 points
lié au changement de niveau de récompense : 7% des hommes bénéficiant d'une
récompense forte présentent des signes de dépression, contre 20% de ceux
bénéficiant d'une récompense faible.
Les femmes
plus touchées. Cet écart atteint même 24 points chez les femmes
(respectivement 19% et 43%). Les auteurs de l'étude soulignent en effet un autre
point. Dans l'ensemble, les dimensions de la pénibilité au travail ont plus
d'influence sur la santé des femmes que sur celle des hommes.
Toutefois, ce sont
tous les seniors qui voient leur état de santé se dégrader lorsqu'ils se
trouvent dans une situation de travail déséquilibrée : une forte demande
psychologique associée à une faible latitude décisionnelle, entraînera par
exemple une augmentation de 11 points de la limitation des activités pour raison
de santé chez les hommes, et de 13 points chez les femmes.
Le soutien dans le
travail et le sentiment de sécurité de l'emploi constituent des facteurs
primordiaux qui doivent être pris en compte, si l'on souhaite favoriser l'emploi
des seniors et préserver leur santé sur leur lieu de travail, concluent les
spécialistes de l'Irdes.
*L'enquête Share – Survey on Health Ageing and Retirement in Europe
(enquête sur la santé, le vieillissement et la retraite en Europe) a été menée
conjointement en Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, France,
Grèce, Italie, Pays-Bas, Suède et Suisse.