Améliorer la prise en
charge.
Pour simplifier les dispositifs actuels (hôpitaux, aides à domicile, accueils de
jour...), le Professeur Ménard suggère la création de « guichets uniques
d'entrée dans le système de prise charge ». Ces « maisons d'Alzheimer » seraient
placées sous l'égide des Conseils Généraux. Sur la base des structures
existantes, elles devraient associer les secteurs sanitaire et médico-social, à
l'instar des maisons du handicap.
Encore
faut-il avoir dépisté la maladie. Pour mieux y parvenir, le texte incite au
développement et à la généralisation sur tout le territoire des bilans
spécialisés sur la mémoire (voir aussi le communiqué de presse de CNP Assurance
sur le service « Filassist Mémoire », ndlr).
Une approche
personnalisée. Le rapport du Professeur
Ménard adopte une approche aussi humaine que scientifique. Il préconise ainsi
d'améliorer le dispositif d'annonce de la maladie, à l'image de ce qui se fait
désormais pour le cancer, où un soutien psychologique accompagne le diagnostic.
Il souhaite également faire en sorte que les patients puissent davantage rester
chez eux. La commission milite ainsi pour la mise en place d'un « diagnostic
logement » et d'un crédit d'impôt pour réaliser les aménagements indispensables.
Pour aider les proches et le
personnel soignant, le rapport propose la création, pour chaque malade, d'une
carte d'information. Elle rassemblerait notamment toutes les données nécessaires
en cas d'urgence. De plus, chaque patient se verrait proposer un plan
individualisé de soins et de services. Les aidants familiaux pourraient
également se voir accorder un véritable statut. Leurs droits et leur formation
seraient notamment développés.
Un
nouveau système de soins. La commission
recommande d'accroître la formation des professionnels de santé, afin
d'améliorer l'encadrement des malades en maison de retraite et de permettre la
création d'unités spécialisées au sein des Etablissements d'hébergement pour
personnes âgées dépendantes (EHPA). Cet effort de formation devrait être reconnu
par une « revalorisation substantielle » des rémunérations et par la
création de qualifications spécifiques comme celle d' « assistant de
gérontologie ».
Par ailleurs, le
texte suggère de remplacer le paiement à l'acte par un forfait annuel qui serait
versé au médecin traitant « pour la prise en charge intégrale » du
malade. Ce forfait devrait inclure une formation continue du praticien. Un
mécanisme similaire serait mis en place du côté des hôpitaux, avec la création
d'une tarification spécifique « bilan Alzheimer ».
Développer
la recherche. Le
rapport met enfin en évidence les lacunes françaises en matière de recherche.
Pour y remédier, il préconise la mise en place d'une fondation, destinée à
coordonner les efforts des chercheurs, « où travailleraient ensemble
partenaires institutionnels et privés, dans le cadre d'un réseau national
d'excellence. » La lutte contre la maladie d'Alzheimer devrait, en outre,
être inscrite au rang des priorités de l'Union européenne lors de la présidence
française en 2008.
Les
48 mesures proposées dans le rapport doivent servir de base à l'élaboration du
plan Alzheimer 2008-2012. En France, selon les projections de l'Inserm*, la
maladie affecte plus de 850.000 personnes et 225.000 nouveaux cas sont recensés
chaque année.
*Institut
national de la santé et de la recherche médicale
Guy le Rochais : « Les principes sont bons. Il reste
maintenant à les
appliquer »
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Vice-président
de l'Association France Alzheimer, Guy le Rochais a participé aux travaux
de la commission
Ménard. |
Quelle est, pour vous, la principale qualité du rapport Ménard
?
Notre
crainte était que ce rapport ne concerne que la recherche, ou qu'il préconise
des mesures strictement médicales. Or, la réalité de la maladie, c'est qu'elle
fait l'objet d'un traitement beaucoup plus psychologique et social que médical.
Et pour cause : nous ne disposons à l'heure actuelle que de quatre molécules
dont les effets sont plus ou moins efficaces sur les malades qui ont la chance
d'être diagnostiqués et traités.
A
l'arrivée, je trouve donc que « l'atmosphère » de ce rapport est
bonne, dans la mesure où le plan qu'il propose n'est pas destiné qu'aux
professionnels, mais également aux malades et à leurs familles. La dimension
humaine est traitée à égalité avec le reste, alors que dans les plans
précédents, elle n'intervenait qu'en dernier lieu.
Dans les mesures concrètes que propose le texte, y en a-t-il que
vous attendiez depuis longtemps ?
D'abord,
il faut tout de même rappeler que toutes les propositions ne sont pas nouvelles.
Certaines notions apparaissaient déjà dans le plan Solidarité grand âge. Cela
dit, pour ne prendre qu'un exemple, l'idée d'étendre la consultation d'annonce à
plusieurs disciplines rejoint une recommandation de l'association. Jusqu'à
présent, le médecin informe le patient et ses proches du diagnostic et, ensuite,
c'est le grand vide. A l'avenir, si cette proposition est adoptée, l'annonce
sera immédiatement suivie d'un accompagnement. On dira aux gens : « vous
avez la maladie d'Alzheimer, mais voilà ce qui peut vous aider. » On leur
parlera des médicaments, mais aussi du suivi médico-social, du soutien
psychologique, de la rencontre avec d'autres personnes confrontées à la
maladie...
Quels sont les points qui vous inspirent le plus de vigilance
?
Il
y a, par exemple, le maintien à domicile. Déjà, je n'aime pas l'expression. On
maintient des gens en prison, pas à leur domicile ! Il s'agit donc de permettre
aux malades de bien vivre à domicile. Ce qui implique la multiplication de
centres d'accueil thérapeutique de jour autonomes. Car il ne peut pas être
question d'enfermer les malades chez eux nuit et jour. Nous serons également
attentifs à l'amélioration de la qualité de vie en établissement, car
la France
est, dans ce domaine, le mauvais élève de la classe européenne.
Enfin,
il y a la reconnaissance d'un statut pour l'aidant familial. Il ne s'agit pour
moi que d'une espèce d'aumône. En tout cas, cette belle idée ne colle pas à la
réalité. C'est bien de pouvoir prendre une période de disponibilité sans perdre
ses avantages en matière de retraite et d'assurance maladie. Sauf que le
problème pour 80 ou 90 % des familles, ce n'est pas de s'arrêter de travailler.
C'est de pouvoir continuer à le faire pour financer ce que coûte la maladie de
leur proche.
Reste aussi à savoir ce qu'il adviendra de ces
propositions...
C'est
effectivement tout l'enjeu. Nous sommes au début de la construction d'un
immeuble. On en voit un peu l'architecture, mais on ignore la qualité de la
construction et ce que l'on mettra dans les pièces. Nous surveillerons donc
particulièrement la façon dont les financements seront répartis. Combien ? Où ?
Quand ? Ce sont les trois questions que nous nous posons. Car, pour l'instant,
dès que nous évoquons l'aspect financier, nous n'obtenons que peu de réponses.
Or, les coûts supplémentaires ne peuvent plus être absorbés par les familles.
Dernier
point : le rapport s'achève sur la nécessité d'une nouvelle gouvernance. France
Alzheimer a été sollicitée pour participer à la réflexion. Nous souhaitons
également être présents pour le suivi.