Une certaine
résignation. Syndromes ostéo-articulaires, douleurs associées aux
plaies des ulcères veineux ou des escarres... Pour la totalité des personnes
âgées* qui ont participé à l'étude, la douleur apparaît comme une fatalité
associée au vieillissement. En conséquence, elles ne considèrent pas leur cas
comme prioritaire et, à leurs yeux, l'exigence de traitement de la douleur doit
d'abord concerner les enfants, les personnes en fin de vie ou les soins
postopératoires.
Afin de conserver une
autonomie jugée primordiale, elles se montrent par ailleurs réticentes à l'égard
des médicaments à base de morphine ou des antidépresseurs, dont elles craignent
les effets secondaires (somnolence, perte d'équilibre...). Elles préfèrent
donner la priorité au traitement de pathologies telles que l'hypertension ou le
diabète.
Une estimation
difficile. Manquant d'informations sur l'existence de centres
spécialisés ou de traitements spécifiques, les personnes interrogées ont
également du mal à estimer l'intensité de leurs douleurs et à transmettre à leur
médecin ou infirmier les éléments nécessaires au traitement. Le recours à des
questionnaires détaillés et à des schémas corporels pour localiser les zones
douloureuses semble limité aux centres antidouleur.
Régler les
traitements. Pour les soignants, la principale difficulté réside dans
l'équilibrage des traitements sur la durée. Selon les auteurs de l'étude,
« l'impression qui ressort du discours des médecins, infirmiers et
aides-soignants est plutôt celle d'un grand tâtonnement ». Les médecins
eux-mêmes admettent se sentir souvent démunis et reconnaissent que
« l'insuccès total n'est pas rare dans le traitement de la douleur ».
Plus proches du quotidien des
patients, les infirmiers regrettent pour leur part de n'être pas davantage
associés à l'élaboration des traitements. Ils estiment généralement que les
médecins de ville sont insuffisamment formés dans le domaine de la douleur.
Pas de révolution
en vue. Enfin, l'étude souligne que les médecines alternatives
(acupuncture, sophrologie, ostéopathie...) se heurtent au scepticisme de la
majorité des praticiens. Tous reconnaissent pourtant que la médecine
traditionnelle a ses limites et qu'il n'y a « pas de molécule miracle à
attendre » contre la douleur. Les auteurs concluent donc leur étude,
partagés entre le constat que « les choses ont [tout de même] bien
progressé » depuis une dizaine d'années et « le sentiment qu'il n'y
aura pas de révolution dans ce domaine, à court terme ».
* L'étude a été
menée auprès de personnes âgées de 73 à 93 ans et de leurs soignants.
NB : CNP
Assurances est engagé de manière significative et durable dans un Mécénat de Solidarité en faveur de la santé et plus particulièrement,
depuis 1999, dans la lutte contre la douleur.
Pascale Thibault : « Il faut
former de véritables réseaux »
Infirmière, Pascale
Thibault est cadre supérieur au Centre national de ressources de lutte contre
la douleur (CNRD).
Qu'est-ce qui a, selon vous, le plus évolué ces
dernières années en matière de lutte contre la douleur ?
Avant tout, la prise de
conscience. C'était d'ailleurs le sens du premier plan de lutte contre la
douleur, initié en 1998. Il s'agissait de développer ce que Bernard Kouchner
avait appelé une « culture douleur ». Les thérapeutiques étaient déjà
connues, mais de plus en plus de soignants sont désormais sensibilisés aux
différents aspects de cette prise en charge.
Les
progrès semblent moins importants dans le domaine de la
pharmacologie.
Il n'y a effectivement pas
beaucoup de molécules nouvelles. Par ailleurs, les produits morphiniques sont
encore sous-employés et de grandes disparités demeurent en matière de formation
des professionnels. En outre, les contrôles sont importants et certains
médicaments ne peuvent être utilisés qu'en milieu hospitalier. C'est une
difficulté et il faut espérer une évolution de la législation.
Pensez-vous que les médecins, et notamment les médecins de ville,
sont suffisamment formés et informés ?
Il est vrai que l'accès à
ce type de connaissances demande sans doute un effort plus important pour les
médecins de ville que pour les praticiens hospitaliers. De plus, ils reçoivent
énormément d'informations, et leur tri se révèle souvent difficile. Enfin, la
question de la douleur n'est apparue qu'il y a peu de temps dans les études de
médecine.
Comment expliquez-vous le faible recours aux centres
antidouleur ?
Pour accéder à ces
centres, il faut déjà connaître leur existence ! Il faut ensuite qu'il en
existe un suffisamment près du domicile. Or, tous les départements n'en sont pas
encore pourvus. Et quand ces conditions sont réunies, la demande d'accès doit
être accompagnée d'un courrier du médecin traitant. Ce dernier doit donc avoir
été sensibilisé à la question. Enfin, les traitements s'appuient souvent sur
plusieurs médicaments, qui peuvent avoir des interactions entre eux. Ils
imposent donc la possibilité d'un accompagnement à domicile. Or, l'organisation
de notre système de soins à domicile ne le permet pas toujours.
Quelles seraient pour vous les mesures
prioritaires ?
Il faut certes pouvoir
utiliser davantage de médicaments à domicile. Mais il faut aussi développer la
connaissance et l'utilisation par les infirmiers des moyens non médicamenteux de
prévention et de prise en charge de la douleur : sophrologie, massages,
hypnoanalgésie... Par ailleurs, la communication et la concertation entre
disciplines médicales et paramédicales doivent aussi être améliorées, pour
développer de véritables réseaux de soins. Enfin, il faut également se poser la
question de la formation des infirmières libérales. Pour l'heure, quand elles
souhaitent se former, ne serait-ce qu'une journée, elles doivent sacrifier un
jour où elles ne seront pas payées. Il faudrait donc mettre en place un système
d'aides.