Le
droit à l'information. Le
texte
pose
le principe de l'accès direct d'un patient à toutes les données de santé le
concernant : résultats d'examens, diagnostics, correspondance entre
praticiens, radios, comptes rendus d'intervention chirurgicale ou
d'accouchement, protocoles et prescriptions thérapeutiques mis en œuvre,
feuilles de surveillance...
Outre ce droit à l'information, la loi stipule
qu' « aucun acte médical ni
aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de
la personne ». Elle impose le respect de la dignité de la personne
humaine et de la vie privée, le droit d'accéder aux soins les plus appropriés et
le droit à la prise en charge de la douleur. Elle interdit
la discrimination dans l'accès aux soins et à la prévention. Elle instaure enfin
le principe de l'indemnisation de l'aléa thérapeutique, même si le médecin n'a
commis aucune faute (accidents médicaux, infections nosocomiales...).
Des relations modifiées.
Les
rapports entre médecins et patients ont considérablement évolué, pour s'inscrire
dans le cadre d'une relation plus égalitaire, basée sur une véritable formation
thérapeutique des patients. C'est ainsi que de nombreuses associations de
malades se sont constituées. Souvent regroupées au sein du Collectif
interassociatif sur la santé (Ciss), elles sont désormais
considérées comme des interlocutrices à part entière des professionnels de
santé. Au quotidien, un hôpital ne peut plus refuser de communiquer son dossier
à une personne qui en fait la demande.
Encore
des progrès à faire. Reste
que
l'accès au dossier est
encore
parfois compliqué :
certains établissements ou services continuent à manifester une évidente
mauvaise volonté ou à faire preuve d'un manque d'organisation rendant difficiles
les requêtes des malades.
Par
ailleurs, depuis sa création il y a cinq ans, l'Oniam (Office national
d'indemnisation des accidents médicaux) n'a consenti que 2500 dédommagements sur
11.000 dossiers, même si la proportion d'avis favorables ne cesse d'augmenter.
Enfin, dans son rapport d'activité du second semestre 2006, l'Oniam admet
lui-même que les délais sont encore « anormalement longs » : 9,7
mois en moyenne en 2006 pour obtenir un dédommagement.
Dans
un autre registre, la loi prévoit des suspensions de peine pour les détenus
malades. Mais magistrats, avocats et médecins estiment collectivement que son
application est, dans ce domaine, trop restrictive.
*
Lire notre dossier : www.cnp.fr/Risque-Prevoyance/Magazine/art_577.htm
Marc Morel : « L'amélioration est
indéniable »
 |
Marc Morel est le
directeur du Ciss, le Comité interassociatif sur la
santé. |
Quel regard global portez-vous sur cette loi cinq ans après son
entrée en vigueur ?
C'est
un regard très positif. Cette loi est parvenue à imposer un certain nombre de
droits, tant individuels que collectifs. Elle constituait bien sûr
l'aboutissement d'un processus d'évolution. Les rapports entre médecins et
malades n'ont pas changé du tout au tout entre 2001 et 2002. Mais elle a tout de
même permis d'importantes avancées et fait évoluer le système considérablement.
Quels sont à vos yeux les principaux progrès enregistrés depuis
2002 ?
Le
plus emblématique, et sans doute le plus médiatique, c'est le droit pour chacun
d'accéder à son dossier médical, qui constitue un progrès considérable. Elle a
permis d'épauler tout le processus ayant abouti à la Convention
Aeras qui facilite l'accès à l'emprunt et à
l'assurance. Elle a également posé de façon très claire les droits collectifs
qui touchent à la représentation des usagers dans les instances. Enfin, la
possibilité de voir indemnisés les accidents médicaux non fautifs représente
aussi un énorme progrès.
Est-ce à dire que tous ses objectifs ont été atteints
?
Non,
bien sûr. Il ne faut pas se leurrer. Un texte de loi, c'est une chose. Sa
traduction dans les faits en est une autre. D'autant que certains décrets
d'application ont été attendus très longtemps. Même si pratiquement tous les
points de la loi ont été mis en œuvre, il reste encore des progrès possibles. Si
l'on prend l'exemple de l'accès aux informations médicales, des
dysfonctionnements demeurent ici ou là : dossiers introuvables, perdus,
incomplets, mal remplis... Les échanges sur notre site Internet* permettent
d'ailleurs de le constater.
Certains aspects de la loi étaient plus difficiles à
évaluer : prise en charge de la douleur, non-discrimination dans l'accès
aux soins... L'évolution vous semble-t-elle aussi favorable dans ces
domaines ?
Pour
ce qui est de la douleur, il reste un effort à faire. C'est un domaine où les
résultats ne sont pas du tout homogènes. Les moyens de lutter efficacement
contre la douleur existent aujourd'hui. Mais il demeure de nombreuses situations
où ils ne sont pas vraiment mis en œuvre.
Quant
à la question de l'accès aux soins, elle reste notre principale source
d'inquiétude. Les discriminations demeurent pour les personnes séropositives ou
porteuses d'une hépatite. Une autre réalité vient interférer : la
désertification dans les zones rurales entraîne, de fait, de fortes inégalités
géographiques. Enfin, les dépassements d'honoraires fréquents – et parfois
exorbitants – ainsi que le déremboursement de nombreux médicaments peuvent poser
de graves problèmes, dans la mesure où tous les malades ne disposent pas d'une
mutuelle.
*
Ciss :
www.leciss.org. Ligne Santé Info Droits :
0.810.004.333.
Voir aussi l'annuaire des associations de santé :
www.annuaire-aas.com/