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Santé : l'automédication en pleine forme (avril 2007)
Les Français autofinancent une part croissante de leurs dépenses de médicaments. C'est ce qui ressort du rapport Coulomb-Baumelou, récemment remis au gouvernement.

Le redémarrage. Pour les auteurs du rapport, l'automédication consiste « à avoir recours à un ou plusieurs médicaments de prescription médicale facultative (PMF), dispensés dans une pharmacie et non effectivement prescrits par un médecin. » Est donc exclu de l'étude l'usage des médicaments stockés à son domicile dans l'armoire à pharmacie.

 

Les achats de médicaments sans ordonnance, qu'ils soient remboursables par la Sécurité sociale ou non ont augmenté de 8,8% en 2006 par rapport à 2005. Après plusieurs années de baisse ou de stagnation, ils ont ainsi retrouvé leur niveau de 2001 à 1,8 milliards d'euros. 

 

 

Certaines affections en priorité. Le marché du sevrage tabagique a joué un rôle important dans la récente évolution de l'automédication. Mais parmi les produits les plus concernés figurent bon nombre de médicaments fabriqués à partir des molécules qui ne sont plus prises en charge depuis le 1er mars 2006. On compte ainsi plus de 300 antitussifs, expectorants, sédatifs ou vitamines.

 

L'Afipa (l'Agence française de l'industrie pharmaceutique pour une automédication responsable) remarque d'ailleurs que l'automédication représentait l'an dernier :

  • 3 médicaments sur 4 pour le traitement du rhume ou de la grippe,
  • 1 sur 2 pour la toux,
  • 1 sur 3 pour la diarrhée et 1 sur 4 pour les antalgiques. 

 

Un faible impact sur les prix. D'une manière générale, le processus de déremboursement de certains médicaments s'est accompagné d'une sensible baisse des ventes des produits concernés. Dans certains cas, les volumes perdus ont été compensés par une augmentation des prix. Cependant, dans l'ensemble, le prix de vente moyen du médicament acheté sans ordonnance est resté stable à 4,54 euros par boîte en moyenne en 2006, contre 4,53 l'année précédente.

 

Le rapport Coulomb-Baumelou révèle par ailleurs que les Français figurent parmi les européens qui dépensent le moins en automédication. Avec 27 € qui y sont consacrés par an et par personne, la France se classe au dernier rang des cinq principaux pays européens, derrière l'Allemagne (60 €), l'Espagne, l'Angleterre et l'Italie (40 €).

 

 

Les préconisations.  Pour favoriser le développement de l'automédication, le rapport suggère d'expérimenter la mise à la disposition en libre service, devant le comptoir des pharmacies, de médicaments de PMF. Le texte s'achève par les règles de base d'une bonne automédication. Ses auteurs insistent en particulier sur le rôle de vigilance et de conseil du pharmacien. Celui-ci doit notamment pouvoir accéder à un dossier pharmaceutique informatisé, regroupant tous les achats de médicaments de son « client », tant dans son officine que dans d'autres pharmacies (NDR : lire interview, ci-dessous).

 

Paradoxalement, le rapport met aussi en avant le rôle du médecin qui, à l'occasion des consultations, « devra vérifier et éventuellement orienter l'automédication » de ses patients. Enfin, le rapport se prononce pour la mise sur le marché de molécules innovantes, spécialement destinées à l'automédication et facilement identifiables par les patients.

 

 

Automédication : l'hostilité des pharmaciens

 

 

Jean-Luc Audhoui est membre du Conseil national de l'Ordre des pharmaciens.

 

 

 

 

Quels commentaires d'ensemble vous inspire ce rapport ?

 

Avant toute chose, il faut bien comprendre dans quel but il a été rédigé : développer l'automédication en France. Il tente donc d'expliquer pourquoi cette pratique est moins répandue en France que dans d'autres pays. Mais il oublie de préciser que nous sommes, par ailleurs, les premiers consommateurs de médicaments en Europe. Je trouve donc que la démarche pourrait se résumer assez basiquement de la façon suivante : « Français, vous consommez trop de médicaments quand ils vous sont remboursés et pas assez quand vous les payez vous-mêmes. » Et en tant que responsable de santé, c'est un discours que je ne peux pas cautionner.

 

 

Cela veut-il dire qu'il ne faut rien changer ?

 

Non, bien sûr. Je crois qu'il y a des évolutions à apporter. Certains constats du rapport sont tout à fait valables. Par exemple, suite aux décisions stratégiques des laboratoires, il existe aujourd'hui des médicaments proposés dans les deux statuts : remboursables ou pas. Il faut donc effectivement clarifier le marché et qu'un médicament ne puisse apparaître dans les deux catégories.

 

 

Que pensez-vous de l'expérimentation des médicaments en libre service ?

 

Là aussi, les choses doivent être très claires. En effet, le principe selon lequel on laisserait en accès libre les médicaments sans dangerosité est totalement erroné. Car si un produit n'est pas dangereux, ce n'est pas un médicament. Il faut par exemple savoir que la première cause d'accidents d'automédication en Grande-Bretagne, c'est tout simplement le paracétamol, parce que les gens en consomment des quantités faramineuses. Ne laissons pas croire aux malades que les médicaments ne sont pas dangereux. Si vous me demandez une boîte de paracétamol, je ne me ferai aucun souci. Mais si vous m'en achetez six, je vais m'inquiéter !

 

 

En même temps, le rapport insiste sur le rôle de conseil qui reviendrait aux pharmaciens...

 

C'est de la poudre aux yeux. On sait très bien que lorsqu'un patient aura rempli son panier, personne ne viendra pour le guider ! En fait, ce qui sous-tend tout le discours sur les médicaments en libre service, c'est l'idée d'en finir, à terme, avec « le monopole des pharmaciens ». Mais quand un produit a une spécificité par rapport à la collectivité, il y a toujours une forme de protection. Prenez l'exemple des ventes d'armes : aujourd'hui, vous ne pouvez vous en procurer que chez un armurier. Et personne ne parle du monopole scandaleux des armuriers ! Ils ont des obligations, doivent remplir des déclarations à la Préfecture, recueillir un certain nombre d'éléments... C'est pareil pour les pharmaciens : ils n'ont pas un monopole, ils ont des responsabilités.

 

 

Pour terminer, où en est-on du dossier pharmaceutique informatisé* ?

 

Il devrait être expérimenté dans les semaines qui viennent dans 600 pharmacies et sera véritablement opérationnel dans quelques mois. Mais justement, il intègrera tous les médicaments consommés par un patient, en automédication ou sur prescription. La profession est en train de mettre en place, à grands frais, ce dispositif.

 

 

* Le dossier pharmaceutique informatisé ne doit pas être confondu avec le Dossier médical personnalisé (DMP). Il s'agit d'un projet parallèle, dont la mise en oeuvre a été décidée par le Conseil national de l'ordre des pharmaciens pour participer à la rationalisation des dépenses de santé.

L'objectif de ce dossier pharmaceutique est de réunir l'ensemble des informations liées à la prescription, à l'achat et à la consommation de médicaments par un patient (à condition que ce dernier ait donné son consentement). Les informations contenues dans le dossier pharmaceutique pourront alimenter le DMP et seront regroupées au niveau national dans une base de données.

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