Automédication : l'hostilité des
pharmaciens
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Jean-Luc Audhoui
est membre du Conseil national de l'Ordre des
pharmaciens. |
Quels commentaires d'ensemble vous inspire ce rapport
?
Avant
toute chose, il faut bien comprendre dans quel but il a été rédigé :
développer l'automédication en France. Il tente donc d'expliquer pourquoi cette
pratique est moins répandue en France que dans d'autres pays. Mais il oublie de
préciser que nous sommes, par ailleurs, les premiers consommateurs de
médicaments en Europe. Je trouve donc que la démarche pourrait se résumer assez
basiquement de la façon suivante : « Français, vous consommez trop de
médicaments quand ils vous sont remboursés et pas assez quand vous les payez
vous-mêmes. » Et en tant que responsable de santé, c'est un discours que je
ne peux pas cautionner.
Cela veut-il dire qu'il ne faut rien changer
?
Non,
bien sûr. Je crois qu'il y a des évolutions à apporter. Certains constats du
rapport sont tout à fait valables. Par exemple, suite aux décisions stratégiques
des laboratoires, il existe aujourd'hui des médicaments proposés dans les deux
statuts : remboursables ou pas. Il faut donc effectivement clarifier le
marché et qu'un médicament ne puisse apparaître dans les deux catégories.
Que pensez-vous de l'expérimentation des médicaments en libre
service ?
Là
aussi, les choses doivent être très claires. En effet, le principe selon lequel
on laisserait en accès libre les médicaments sans dangerosité est totalement
erroné. Car si un produit n'est pas dangereux, ce n'est pas un médicament. Il
faut par exemple savoir que la première cause d'accidents d'automédication en
Grande-Bretagne, c'est tout simplement le paracétamol, parce que les gens en
consomment des quantités faramineuses. Ne laissons pas croire aux malades que
les médicaments ne sont pas dangereux. Si vous me demandez une boîte de
paracétamol, je ne me ferai aucun souci. Mais si vous m'en achetez six, je vais
m'inquiéter !
En même temps, le rapport insiste sur le rôle de conseil qui
reviendrait aux pharmaciens...
C'est
de la poudre aux yeux. On sait très bien que lorsqu'un patient aura rempli son
panier, personne ne viendra pour le guider ! En fait, ce qui sous-tend tout
le discours sur les médicaments en libre service, c'est l'idée d'en finir, à
terme, avec « le monopole des pharmaciens ». Mais quand un produit a
une spécificité par rapport à la collectivité, il y a toujours une forme de
protection. Prenez l'exemple des ventes d'armes : aujourd'hui, vous ne
pouvez vous en procurer que chez un armurier. Et personne ne parle du monopole
scandaleux des armuriers ! Ils ont des obligations, doivent remplir des
déclarations à la
Préfecture, recueillir un certain nombre d'éléments... C'est
pareil pour les pharmaciens : ils n'ont pas un monopole, ils ont des
responsabilités.
Pour terminer, où en est-on du dossier pharmaceutique
informatisé* ?
Il
devrait être expérimenté dans les semaines qui viennent dans 600 pharmacies et
sera véritablement opérationnel dans quelques mois. Mais justement, il intègrera
tous les médicaments consommés par un patient, en automédication ou sur
prescription. La profession est en train de mettre en place, à grands frais, ce
dispositif.
*
Le
dossier pharmaceutique informatisé ne doit pas être confondu avec le Dossier
médical personnalisé (DMP). Il s'agit d'un projet parallèle, dont la mise en
oeuvre a été décidée par le Conseil national de l'ordre des pharmaciens pour
participer à la rationalisation des dépenses de santé.
L'objectif
de ce dossier pharmaceutique est de réunir l'ensemble des informations liées à
la prescription, à l'achat et à la consommation de médicaments par un patient (à
condition que ce dernier ait donné son consentement). Les informations contenues
dans le dossier pharmaceutique pourront alimenter le DMP et seront regroupées au
niveau national dans une base de
données.