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Médecins traitants : une réforme bien acceptée par les patients (mars 2007)
Deux ans après sa mise en place, le parcours de soins coordonnés par le médecin traitant est entré dans les moeurs des patients et des professionnels de santé. Mais le bilan présenté récemment par la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) révèle pour l'heure le faible impact financier du dispositif.

Rappel des principes. Instauré par la réforme de l'assurance maladie d'août 2004 et mis en place à partir de janvier 2005, le parcours de soins vise à améliorer le suivi médical des patients grâce à une meilleure coordination. Son objectif est également de réaliser des économies sur les dépenses de santé.

 

Principale mesure du dispositif : tous les assurés sociaux de plus de 16 ans sont incités à choisir un médecin traitant et à le consulter en priorité pour chaque problème de santé. En cas de besoin, ce médecin propose d'avoir recours à un autre praticien, le plus souvent un spécialiste. Le non respect de ce parcours entraîne un moindre remboursement.

 

 

Une bonne notoriété. Deux ans après l'entrée en vigueur de ce dispositif, 80% des assurés, soit 40 millions de personnes, ont effectivement déclaré un médecin traitant. Dans la quasi-totalité des cas (99,5%), il s'agit d'un généraliste. Le taux d'adhésion augmente avec l'âge : il atteint 95% pour les personnes âgées de 71 à 80 ans, contre 59% pour les 16-20 ans. En outre, selon un sondage réalisé en novembre 2006, 96% des Français ont compris la notion de médecin traitant. Celle de parcours de soins semble plus délicate à intégrer : le taux de compréhension ne s'élève qu'à 51%.

 

 

Quelques points à préciser. L'information et les efforts de pédagogie doivent encore être intensifiés sur quelques points. Ainsi, moins des deux tiers des personnes interrogées (64%) savent que l'on est moins bien remboursé si l'on consulte directement un spécialiste sans l'avis de son médecin traitant. A l'inverse, plus du quart (27%) des assurés ignorent la possibilité de recourir directement à un spécialiste lorsque l'on souffre d'une maladie chronique.

 

 

Un faible impact financier. La mise en place du parcours de soins s'est traduite par un moindre recours aux spécialités médicales, dont l'activité a baissé de 4% en volume. Cela dit, l'impact sur les comptes de la Sécurité sociale est resté modéré, en raison des revalorisations d'honoraires accordées en 2006 pour compenser la baisse du nombre des consultations. Sur les neufs premiers mois de l'année 2006, les tarifs ont en effet augmenté de 2,8% pour les spécialistes (et de plus de 1,3% pour les médecins généralistes).

 

La Cnam souligne malgré tout que, dans leur ensemble, les efforts de maîtrise des dépenses de santé ont permis de réaliser 1,3 milliard d'euros d'économie en deux ans. Pour mémoire, l'Objectif national des dépenses d'assurance maladie est de ramener le déficit de cette branche de la Sécurité sociale de 6 milliards d'euros en 2006 à 3,9 milliards en 2007.

 

 

Réformes : les médecins circonspects

Marielle Aulagnier est chargée d'études auprès de l'Observatoire régional de la Santé, en Provence-Alpes-Côte d'Azur. L'Observatoire vient de publier une étude sur la perception des réformes de santé par les médecins. Le dossier médical personnel (dont la mise en place prévue en juillet 2007 a été repoussée à 2008) recueille leurs suffrages, tandis que leur avis est beaucoup plus mitigé sur le parcours de soins coordonnés.

 

 

 

 

 

Quel est l'avis des médecins de votre panel sur le parcours de soins coordonnés ?

 
Au regard des résultats de l'enquête, on se rend compte que les praticiens sont relativement partagés sur le dispositif du médecin traitant. En fait, la moitié y est plutôt favorable, tandis que l'autre moitié a un avis plutôt défavorable, voire très défavorable. Les plus critiques sont manifestement les jeunes médecins.

 
Comment s'explique cette réticence des jeunes ?
 
Il y a plusieurs raisons. Mais la principale est que cette réforme est plus difficile à mettre en place pour les jeunes médecins qui viennent juste de s'installer. Dans leur zone d'exercice, ils ne bénéficient pas de l'enracinement des médecins installés depuis longtemps, qui ont déjà leur « patientèle ». Cette différence de perception peut être comparée à un jeu de concurrence entre les médecins nouvellement installés et ceux installés depuis plus longtemps.
Mais tous s'accordent, même ceux qui sont favorables au dispositif, sur le fait que cela représente une charge de travail supplémentaire.

 
La prochaine étape de la réforme sera le dossier médical personnel. Qu'en pensent les médecins que vous avez interrogés ?
 
Ils y sont beaucoup plus favorables : les trois-quarts des médecins de notre enquête ont répondu positivement. Même s'ils considèrent que cela modifiera leur pratique en profondeur et que ce sera difficile à mettre en place.

 
Qu'avez-vous relevé comme réticences vis-à-vis du dossier médical personnel ?
 
Outre, là encore, l'accroissement de la charge de travail, les médecins considèrent surtout que cela va poser des problèmes pour le respect du secret professionnel. Ils s'inquiètent également de la question de la responsabilité médicale. Tout sera noté, on pourra suivre tout le parcours du patient avec ce dispositif. Les médecins craignent sans doute que les patients se retournent plus facilement contre eux en cas de problème.
Mais d'un autre côté, ils considèrent vraiment que cela va améliorer la qualité des soins et faciliter le travail de coordination avec les autres confrères. Et c'est un point important pour eux. Dans la plupart des enquêtes réalisées jusqu'à présent, on constate que les médecins souffrent du manque de coordination avec leurs confrères, spécialistes essentiellement. Le DMP va leur faciliter le travail en réseau.
 

Ces réformes de 2004 insistent sur la prévention. Quel regard les médecins portent-ils sur leurs propres pratiques en la matière ?
 
Il y a des domaines de la prévention où ils se déclarent beaucoup plus actifs que dans d'autres. En particulier en ce qui concerne le tabagisme, le cancer (ils déclarent faire fréquemment des dépistages de cancers du sein ou des poumons). Ils sont moins présents dans d'autres domaines tels que l'éducation des patients sur les risques de l'automédication, sur la contraception... Sans doute parce qu'ils se sentent moins efficaces ou moins à l'aise dans ces domaines.

 
Un panel représentatif de 600 médecins libéraux, exerçant en PACA, a été interrogé en 2006 dans le cadre de cette enquête. La Drees (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques) a souhaité pérenniser cet observatoire et va l'étendre à quatre autres régions, portant ainsi le panel à 3.000 praticiens.
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