Une
attention croissante.
C'est
le nouveau risque inhérent à la progression de l'épizootie* de grippe aviaire
qui a amené les pouvoirs publics à sensibiliser les Français. Mais les mesures
préconisées doivent aussi permettre de prévenir la circulation des autres virus
transmis par voie respiratoire, tels que rhume, grippe ou bronchiolite, dont la
transmission est favorisée par la multiplication des déplacements et
l'augmentation constante du nombre des personnes vivant en collectivité ou dans
des espaces climatisés.
D'abord
les professionnels. La
campagne a débuté auprès des professionnels de santé : 380.000 exemplaires
d'un kit de formation et d'information** ont ainsi été envoyés aux médecins et
aux pharmaciens. Ceux-ci sont chargés de relayer, notamment par le biais
d'affichettes, les principaux messages sanitaires auprès de leurs patients ou
clients.
Des
gestes simples. Ces
maladies virales se transmettant par voie aérienne ou par contact avec une
personne déjà porteuse du virus, ces messages portent essentiellement sur le
respect des règles d'hygiène de base, qui permettent de limiter les risques
d'infection : lavage soigneux et régulier des mains, utilisation de mouchoirs
jetables à usage unique, port d'un masque chirurgical par les personnes malades
(NDR : lire interview).
Deux
niveaux. La
campagne prévoit également un second volet. Il décline les gestes qui
permettraient de limiter les risques de contamination en cas d'épizootie
aviaire : éviter tout contact avec les oiseaux, leurs œufs, leurs plumes ou
leurs déjections et appliquer encore plus scrupuleusement les règles d'hygiène
déjà énoncées.
*
Épizootie : épidémie qui atteint les animaux.
** Il peut être
consulté à l'adresse suivante :
http://www.sante.gouv.fr/htm/dossiers/grippe_aviaire/kit_grippe_aviaire/index.html
Dr Jean-Thierry Aubin :
« il faut apprendre à se laver les
mains »
Le docteur
Jean-Thierry Aubin est directeur adjoint du Centre national de référence (CNR)
des virus respiratoires à l'Institut Pasteur.
Une telle campagne était-elle
indispensable ?
Complètement.
La dernière réunion à laquelle j'ai participé à la Direction générale de la
santé concernait les mesures « barrières » à adopter dans le cadre de
la préparation à la pandémie. Et le rappel des règles de base en matière
d'hygiène figurait parmi les premiers impératifs. Car ces règles sont tellement
évidentes que la plupart des gens les oublient, parfois même chez les
professionnels de santé. On sait par exemple que la vaccination contre la grippe
n'est pas assez répandue chez les médecins. Il convient donc de rappeler aux
personnels soignants qu'ils peuvent à la fois être contaminés par leurs malades
et, à l'inverse, transmettre un virus à des dizaines de
patients.
La
première des préventions consiste tout simplement à se laver les
mains...
Oui,
mais pas n'importe comment. Le lavage des mains est un peu comme le brossage des
dents, s'il est trop bref, il ne sert à rien. Il faut donc se les laver au
savon, pendant au moins trente secondes, les rincer soigneusement et bien sûr
éviter de les essuyer ensuite dans un torchon sale ! Cette opération est à
renouveler à chaque fois que l'on est en contact avec une poignée de bus ou de
métro, avant et après chaque passage aux toilettes, avant tout contact avec des
denrées alimentaires...
Quant
aux médecins, ils doivent se laver les mains avant et après chaque consultation,
le mieux étant sans doute qu'ils portent des gants.
Une
autre préconisation porte sur l'utilisation de mouchoirs jetables.
Là,
on rentre un peu dans le détail. Mais il est vrai qu'un mouchoir en tissu est
contaminant. Par conséquent, si l'on est victime d'un virus, autant se moucher
dans quelque chose qui se jette et que l'on peut incinérer.
Recommander le port d'un masque chirurgical aux personnes
atteintes d'une maladie virale ne vous semble-t-il pas
exagéré ?
Absolument
pas. Le port d'un tel masque constitue la mesure la plus simple pour protéger
l'extérieur lorsque l'on est soi-même contaminé. L'idée n'a donc rien de
saugrenue. Maintenant, c'est vrai qu'il faut trouver un équilibre entre ce qu'il
serait bien de faire et ce qu'il est possible de faire. Car, culturellement, je
serais surpris que les Parisiens qui utilisent les transports en commun
acceptent du jour au lendemain de se mettre des masques. Pourtant, lorsque des
grèves des transports interviennent en période hivernale, l'impact sur la
dissémination des virus respiratoire est
flagrant.