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Des
prescriptions systématiques.
Un
chiffre pourrait suffire à résumer cette étude, menée conjointement auprès de
4000 patients et 1000 médecins, en France, en Espagne, en Allemagne et au
Pays-Bas. Sur le territoire français, 90% des consultations se terminent par la
rédaction d'une ordonnance prescrivant des médicaments. Ce taux n'est que de 83%
en Espagne, 72% en Allemagne et 43% aux Pays-Bas.
De
plus, le nombre moyen de consultations par an se situe en France dans la moyenne
haute : 4,9 contre 5,2 en Allemagne, 4,8 en Espagne et 3,2 aux Pays-Bas.
Conséquence : les Français sont les plus gros consommateurs de médicaments,
avec une moyenne de 1,9 pris dans les 7 derniers jours, contre 1,6 en Allemagne,
1,3 en Espagne et 1,2 aux Pays-Bas.
Des
médecins sous pression. Pour
expliquer ce phénomène, les médecins français affirment ressentir « une demande de médicaments à l'issue de
leurs consultations » : 46% d'entre eux déclarent ainsi faire l'objet
de pressions de la part de leurs patients, contre 36% en Allemagne et en Espagne
et 20% seulement aux Pays-Bas. Près d'une fois sur dix, les médecins français
reconnaissent effectuer des prescriptions contre leur gré. La proportion est
presque deux fois plus faible chez leurs confrères
néerlandais.
Des
perceptions différentes. Pourtant,
à en croire l'enquête, 80% des patients français souscrivent au principe d'une
consultation qui se terminerait sans ordonnance et affirment avoir confiance
dans un médecin qui remplacerait certains médicaments par des conseils utiles.
Exemple
le plus frappant de ce décalage : 92% des médecins indiquent ressentir une
attente de prescription lors d'une consultation relative à des troubles du
sommeil, quand les patients ne sont que 27% à juger cette prescription
nécessaire. Echange fondé sur l'écoute, explication du diagnostic et conseil
arrivent en effet en tête des attentes exprimées à l'égard de la consultation,
bien avant la prescription de médicaments.
Prévention
et hygiène de vie. Car,
finalement, les attitudes et les attentes des patients français ne sont pas
fondamentalement différentes de celles des autres européens. Les Français sont
ainsi 83% à se déclarer prêts à changer de comportement pour adopter une
meilleure hygiène de vie avant d'envisager un traitement. C'est également le cas
de 75% des Espagnols et de 87% des Néerlandais.
Sophia Rosman : « Un autre regard sur les
médicaments »
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Sociologue de la
santé à l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche
médicale), Sophia Rosman a étudié les différents facteurs qui influencent
les prescriptions chez les médecins français et néerlandais. Ses travaux
ont été repris dans l'étude de la
Cnam. |
Parmi les aspects que vous mettez en avant, l'accès direct au
médecin est plus difficile aux Pays-Bas qu'en France. En quoi cela
influence-t-il le recours au médicament ?
Depuis
plusieurs années, les Néerlandais savent que le pays souffre d'une pénurie de
médecins. Ceux-ci sont donc épaulés, au sein de leurs cabinets, par des
assistantes médicales et des infirmières en médecine générale.
Lors
du premier contact, en général téléphonique, l'assistante contrôle l'accès au
médecin en demandant au patient de lui décrire les symptômes. Pour les
affections qu'elle estime bénignes, elle est habilitée à donner des conseils et
même à recommander des médicaments. Elle s'appuie pour ce faire sur un recueil,
rédigé par le collège des médecins généralistes. Le patient est invité à se
manifester à nouveau pour prendre rendez-vous si les symptômes
persistent.
L'infirmière,
quant à elle, prend en charge les malades chroniques comme les diabétiques ou
les personnes souffrant d'hypertension. Elle effectue par exemple tous les
contrôles courants.
Le
médecin généraliste voit donc beaucoup moins de patients aux Pays-Bas qu'en
France, ce qui diminue à la fois le nombre de consultations à rembourser et le
nombre de médicaments prescrits.
L'autre différence majeure, expliquez-vous dans l'étude, tient au
regard que portent les Néerlandais sur la médecine en général et les médicaments
en particulier...
Culturellement,
les Néerlandais considèrent depuis très longtemps le médicament comme un produit
chimique, et donc toxique, qui a aussi des effets néfastes sur l'organisme. Ils
le regardent donc avec méfiance. D'ailleurs, quand un médicament est prescrit,
le malade néerlandais en reçoit l'exacte quantité nécessaire au traitement, dans
un emballage à son nom. Pas question d'en distribuer, une fois guéri, aux autres
membres de la famille ! D'autre part, aux Pays-Bas, les malades croient
davantage en la capacité d'autoguérison du corps. Ils respectent donc le
déroulement naturel de la maladie, en particulier lorsqu'il s'agit d'une
affection virale. Tant et si bien que les médecins ou leurs assistantes peuvent
très bien se contenter de recommander la prise régulière d'une cuillère de miel,
sans voir leur crédibilité et leur légitimité menacées. Les Néerlandais s'en
trouvent pleinement satisfaits. S'ils critiquent de plus en plus leur système de
santé, c'est pour les listes d'attente avant d'accéder aux hôpitaux ou pour la
privatisation de l'assurance santé, pas pour les cabinets de médecine
générale.
Le comportement des Français vis-à-vis des antibiotiques
s'est sensiblement modifié. Pensez-vous qu'une évolution comparable est possible
pour les autres types de médicaments ?
Je
le crois, oui. Le déremboursement de certains médicaments contribuera d'ailleurs
sans doute à changer la perception qu'en ont les Français. Mais, il faut
également y associer des campagnes d'éducation ciblées, faute de quoi le fait de
dérembourser passera pour une sanction, et les changements de comportement ne
seront que marginaux. Eduquer, en commençant par les enfants, constitue encore
le meilleur moyen de faire évoluer les mentalités.
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