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Arrêts de longue durée : un actif sur sept concerné (janvier 2006)
Près d'un actif sur sept (14%) subit, pendant sa carrière, un arrêt de travail d'au moins quatre semaines consécutives. C'est ce qui ressort des données recueillies en 2002-2003 par l'Insee et analysées par la Drees (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques).

Les données chiffrées. Lors de son enquête décennale sur la santé des Français, l'Insee a interrogé plus de 35.000 personnes. Il en ressort que près d'un actif sur sept voit sa vie professionnelle interrompue plus de quatre semaines consécutives pour raisons médicales.

 

Pour 6% des actifs, l'arrêt de travail s'est prolongé au-delà de six mois. Si elle permet d'établir des statistiques assez précises sur le profil de ces personnes, l'enquête ne mentionne toutefois pas les raisons de ces interruptions.

 

 

Des inégalités par branches. Des inégalités par branches apparaissent cependant. Secteurs les plus touchés : l'industrie et le bâtiment. Les taux d'interruption pour raisons de santé d'une durée supérieure à un mois s'y élèvent respectivement à 16,5% et 15,5% des actifs. C'est dans l'agriculture que les interruptions de longue durée pour raisons médicales sont les moins fréquentes : 10,1% des actifs, contre 12,4% dans le tertiaire. Pour les auteurs de l'étude, cette faible proportion d'arrêts dans le secteur agricole s'explique par le nombre élevé d'indépendants.

 

 

Des écarts selon les catégories. À ces inégalités par branche s'ajoutent des écarts entre catégories socioprofessionnelles. Ainsi, les ouvriers (17,2%) subissent pratiquement deux fois plus d'interruptions longues pour raisons de santé que les cadres (9,6%). Outre les contraintes physiques auxquelles ils sont soumis (travail à la chaîne, gestes répétitifs, manutention de charges, exposition à des agents nocifs...), l'enquête souligne que « les populations les plus défavorisées économiquement sont aussi celles qui ont tendance à cumuler les facteurs de risque (alimentation mal équilibrée, sédentarité, manque d'activité physique...). »

 

 

Surtout les hommes. Toutes catégories confondues, les hommes sont plus touchés que les femmes : hors congés maternité, 13,1 % d'entre elles se sont arrêtées de travailler pendant plus d'un mois pour raisons de santé au cours de leur carrière, contre 14,5 % des hommes. Ce résultat varie toutefois selon le groupe d'âge considéré : quelle que soit la durée de l'arrêt, les interruptions d'activité pour raisons médicales déclarées par les actives de 15 à 24 ans sont ainsi « significativement supérieures » à celles des hommes du même âge (6,6% contre 5%). Entre 25 et 44 ans, les chiffres sont pratiquement identiques : 11,4% pour les hommes et 11,2% pour les femmes. Après 45 ans, les hommes sont plus nombreux à interrompre leur activité. L'écart se creuse plus particulièrement après 65 ans pour les arrêts de longue durée : 8,6% des anciens actifs ont cessé le travail plus de six mois, contre 6% des anciennes actives.

 

  

Des effets durables. Enfin, une longue interruption est souvent liée à un problème de santé durable pour la personne qui la subit. Celle-ci souffre plus souvent de maladies chroniques et s'estime fréquemment limitée dans ses activités quotidiennes. Ainsi, plus de 15% des actifs ayant cessé leur activité pour raison médicale pendant plus de six mois se déclarent aujourd'hui en mauvaise ou très mauvaise santé, contre moins de 5% pour l'ensemble de la population.
 
 

Dr Daniel Duminger : « Les chiffres sont appelés à baisser »

 

 

 

Le docteur Duminger est médecin du travail. Il préside la Fédération française de santé au travail (FFST).

 

 

 

 

 

Quel regard portez-vous sur cette étude de la Drees ?

 

Elle confirme des points que nous connaissions déjà : les arrêts de travail sont liés à l'âge, au type de profession exercée, aux risques auxquels on est exposé et à la perception de son propre état de santé. Ce dernier facteur dépend en partie de la façon dont on a été éduqué, dont on perçoit les choses. On voit ainsi dans l'étude que les personnes ayant subi dans le passé une interruption de longue durée sont plus nombreuses que la moyenne à se déclarer aujourd'hui en mauvaise santé. Mais on peut se demander dans quelle mesure l'arrêt de travail ne résultait pas, chez certaines personnes, d'une perception déjà pathogène.

 

 

Comment analysez-vous les statistiques concernant les jeunes femmes ?

 

A mon avis, deux facteurs peuvent entrer en ligne de compte. Premièrement, il serait intéressant de connaître la part prise dans ces résultats par des jeunes femmes ayant des enfants. Car, dans un certain nombre de cas qui sont qualifiés d'arrêts maladie, la mère interrompt son activité pour des problèmes qui surviennent en fait à son enfant. L'autre aspect qui peut avoir une influence, et que nous constatons de plus en plus en médecine du travail, c'est l'émergence et la multiplication de problèmes de santé psychologique liés, en particulier, au harcèlement moral qui touche plus les femmes que les hommes.

 

 

La volonté affichée par la Caisse nationale d'assurance maladie de lutter contre les abus aura-t-elle, selon vous, un impact sur les chiffres ?

 

Je pense, en effet, que ces statistiques seront amenées à diminuer. Le renforcement des contrôles de la Sécurité sociale vis-à-vis des médecins traitants a, en effet, entraîné une baisse du nombre des arrêts de travail prescrits. Ce qu'il faudrait désormais, c'est améliorer la collaboration entre médecin traitant et médecin du travail, en particulier quand le médecin traitant estime qu'un problème de santé peut avoir un lien ou une origine professionnel.  En outre, la situation sur le marché de l'emploi rend les gens de plus en plus prudents. Ils hésitent de plus en plus à se faire arrêter.

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