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Un
nouveau forfait. Outre
le passage du forfait hospitalier de 14 à 15 euros, la mesure phare de ce projet
de loi de financement est l'instauration d'un ticket modérateur sur les actes
médicaux lourds. Ce forfait de 18 euros, institué dès le 1er janvier 2006,
s'applique aux actes de plus de 91 euros et peut être pris en charge par les
complémentaires santé. Le texte prévoit cependant des cas de dispense : femmes
enceintes, nouveau-nés hospitalisés, titulaires d'une rente pour maladie
professionnelle, personnes
souffrant d'une affection de longue durée ou bénéficiaires de la couverture
maladie universelle. Les actes de biologie et de radiologie ne sont pas
concernés par cette mesure.
Par
ailleurs, les tarifs des hôpitaux publics et privés devront avoir convergé en
2012, 50% de cet objectif devant être atteint dès 2008. Aujourd'hui, pour des
actes identiques, les tarifs du secteur privé sont en moyenne sensiblement
inférieurs à ceux du secteur public.
Poursuite
de l'effort sur les médicaments. A
partir de mars 2006, 156 médicaments jugés insuffisamment efficaces ne seront
plus pris en charge. D'autre part, une soixantaine de veinotoniques ne seront
plus remboursés à partir de 2008. D'ici là, leur taux de prise en charge est
ramené à 15% (contre 35% auparavant).
Autres
sources de recettes. Députés
et sénateurs ont décidé de porter la taxe exceptionnelle sur le chiffre
d'affaires 2006 de l'industrie pharmaceutique à 1,76%, contre 0,6% actuellement.
Le texte initial du gouvernement prévoyait de la faire passer à
1,96%.
Pour
lutter contre l'obésité, le texte instaure une taxe sur les publicités pour les
boissons et aliments avec ajout de sucre.
Dans
un autre registre, les intérêts des Plans épargne logement (PEL) seront
dorénavant soumis chaque année aux prélèvements sociaux. Jusqu'alors, ce
prélèvement n'était opéré que lors de la clôture du plan.
Mesures
complémentaires. Le
PLFSS comprend également des mesures complémentaires. Ainsi, les parents
d'enfants étrangers ne pourront plus toucher les allocations familiales si leurs
enfants ne sont pas entrés en France dans le cadre du regroupement
familial.
Par
ailleurs, à titre exceptionnel et à l'inverse des « mesures
d'économie », les entreprises pourront accorder en 2006 un bonus de 1.000
euros maximum à leurs salariés, exonéré de charges sociales.
Objectifs
réalistes ?
Par ces mesures, le gouvernement affiche l'ambition de ramener fixe le déficit
de la sécurité sociale à 8,9 milliards d'euros en 2006, contre 11,9 milliards en
2005. Pour la seule branche maladie, le déficit devrait, selon lui, passer de
8,3 à 6,1 milliards d'euros.
Mais
la
Commission des comptes de la Sécurité sociale* considère que ces prévisions sont peu
réalistes. Pour
2006, elle table plutôt sur un trou de 11,5 milliards d'euros pour les trois
branches**, dont 7,2 milliards pour l'assurance maladie.
*
Cette commission comprend :
- 4
membres de l'Assemblée nationale et 4 membres du Sénat
- 1
membre du Conseil économique et social, 1 magistrat de la Cour des
comptes
- 12
représentants des organisations professionnelles syndicales et
sociales
- des
représentants des organismes de sécurité sociale
- le
président du Centre national des professions de santé
- 5
représentants des organisations professionnelles de médecins
- 3
représentants des établissements de soins
- 7
personnalités qualifiées.
**
Trois branches composent la
Sécurité sociale : la banche maladie, la branche
vieillesse et la branche famille.
Henry Noguès : « Les pouvoirs publics dans une position
attentiste »
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Professeur de
sciences économiques, économiste de la santé et responsable du diplôme de
gérontologie à l'université de
Nantes.
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Que
vous inspire ce projet de loi de financement dans sa
globalité ?
Les pouvoirs publics
sont, pour plusieurs raisons, dans une position attentiste. Dans le cadre de la
réforme, la phase de reconstruction du dispositif institutionnel n'est pas
terminée : il fallait mettre en place des structures comme la Haute autorité de santé (HAS)
ou l'Unocam (NDR : Union nationale des organismes d'assurance maladie
complémentaire). Par conséquent, les nouveaux dispositifs ne fonctionnent pas
encore à plein régime. Mais, si ce projet de loi de finances me semble trop en
retrait par rapport à ce qu'il faudrait faire, c'est que l'on ne sait peut-être
pas non plus où l'on veut aller. L'absence d'un consensus entre le gouvernement,
l'ensemble des partenaires sociaux et les acteurs du système de santé me paraît
rendre difficile l'orientation de la politique. Nous manquons de perspectives
claires.
La mesure la plus abondamment commentée est l'instauration d'un
forfait de 18 euros pour les actes médicaux lourds. Qu'en pensez-vous
?
Je
le trouve emblématique de l'ensemble de la démarche. Tous les partenaires
l'affirment, cette mesure n'a donné lieu à aucune concertation. C'est d'autant
plus gênant que l'on n'en comprend pas bien le sens. Il ne peut s'agir de
responsabiliser les patients, dans la mesure où ces actes sont la plupart du
temps prescrits et les possibilités d'arbitrages des malades sont nulles.
Finalement, il n'en résulte qu'un désengagement supplémentaire des régimes de
base et un transfert de charge vers les organismes complémentaires. Cela
participe donc du processus de recul de l'assurance maladie, commencé depuis une
dizaine d'années déjà et vient s'ajouter à l'augmentation des contributions à
la CMU sur les
contrats d'assurance maladie complémentaires passées à cette occasion de 1,75% à
2,5%.
Êtes-vous aussi sceptique quant au déremboursement des médicaments
jugés peu efficaces ?
Cette
mesure fait davantage l'unanimité, et on aurait même pu la prendre plus tôt. A
la limite, on se demande d'ailleurs pourquoi maintenir un remboursement à
hauteur de 15% sur des médicaments dont le service médical rendu est
insuffisant. A moins qu'il ne s'agisse d'accompagner une adaptation progressive
de l'industrie pharmaceutique. Dans tous les cas, cette mesure n'est pas à la
hauteur du déficit qu'il faut combler. Elle entraînera plusieurs centaines de
millions d'euros d'économie, ce qui n'est pas négligeable. Mais il s'agit de
résorber un trou de l'ordre de la dizaine de milliards !
Pensez-vous que l'on puisse encore équilibrer les comptes de la
santé ?
On
y est parvenu pendant trois années, en 1999, 2000 et 2001. Mais depuis 2002, le
déficit ne cesse de se creuser. Les conditions économiques sont certes moins
favorables. Mais on peut également s'interroger sur la volonté politique. D'une
certaine manière, les déficits permettent de justifier le désengagement de
la Sécurité
sociale. On peut se demander dans quelle mesure ils ne sont pas
instrumentalisés. Le ministre dit que la solution de facilité aurait consisté à
augmenter les cotisations de sécurité sociale. Je ne suis pas d'accord. La
solution de facilité, c'est de laisser courir le déficit et de financer ainsi
les soins à crédit. D'autant que tous les observateurs savent que les dépenses
de santé continueront d'augmenter. Dire que l'on n'augmentera pas les
cotisations, c'est déjà avoir décidé de reculer dans le domaine de la
socialisation de la dépense, et donc de la solidarité.
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