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Complémentaires santé : les contrats responsables (novembre 2005)
Le décret précisant le cahier des charges désormais imposé aux contrats d'assurance complémentaire santé dits " responsables " a été signé le 29 septembre 2005.

Un volet de la réforme de l'assurance maladie. C'est la loi du 13 août 2004, portant réforme de l'assurance maladie, qui a redessiné les contours des contrats d'assurance complémentaire santé, désormais appelés « contrats responsables ». Dans le cadre de la lutte contre l'augmentation des dépenses de santé, ils font partie des dispositifs mis en place par le gouvernement pour inciter les patients à respecter le parcours de soins*.

 

 

Quatre interdictions. Depuis le 1er janvier 2005, les contrats responsables ne doivent pas rembourser la participation forfaitaire de 1 euro demandée à l'assuré pour tout acte médical.

La principale disposition du décret concerne trois interdictions supplémentaires. Ainsi, les contrats responsables ne pourront pas prendre en charge : 

  • à compter du 1er janvier 2006, la majoration** du ticket modérateur*** appliquée au patient qui consulte un médecin sans avoir choisi de médecin traitant ou sans prescription de ce dernier (hors parcours de soins). 
  • à compter du 1er janvier 2006, le remboursement des dépassements d'honoraires que peuvent demander les médecins spécialistes consultés directement (sans l'avis du médecin traitant), dans la limite de 7 euros par consultation – soit le dépassement maximum autorisé pour un médecin spécialiste du secteur 1.
  • la majoration de la participation de l'assuré qui refusera à un professionnel de santé de consulter ou de compléter son dossier médical personnel (qui doit être généralisé au 1er juillet 2007).

  

Obligations. La prise en charge des consultations du médecin traitant et du médecin correspondant (spécialiste consulté sur prescription du médecin traitant) par la complémentaire santé devra s'élever, au minimum, à 30 % du tarif conventionnel de la Sécurité sociale. Compte tenu du taux de remboursement par l'assurance maladie obligatoire (actuellement 70 % en secteur 1), cette consultation sera ainsi intégralement remboursée (à l'exclusion de la participation forfaitaire de un euro).

De plus, concernant les médicaments prescrits dans le parcours de soin et jugés suffisamment efficaces, ainsi que pour les actes d'analyse et de laboratoire prescrits par le médecin traitant, la part restant à la charge de l'assuré ne pourra dépasser 5%.

 

Enfin, les nouveaux contrats devront prévoir la prise en charge totale de la participation à au moins deux actions de prévention, considérées comme prioritaires au regard d'objectifs publics. La liste de ces actions sera fixée par arrêté et leur prise en charge est prévue au 1er juillet 2006.

 

 

* Des contrats ne satisfaisant pas à ce cahier des charges restent commercialisés. Ils ne bénéficient toutefois plus des avantages accordés aux contrats complémentaires santé (avantages fiscaux, exonération de la taxe sur les conventions d'assurance, aide à l'acquisition...) 

** L'Union Nationale des Caisses d'Assurance Maladie a fixé à 10% le montant de cette majoration

*** Ticket modérateur : part des dépenses de santé restant à la charge de l'assuré après le remboursement de la Sécurité sociale sur la base du tarif de convention, et avant sa prise en charge éventuelle par une complémentaire santé .

 

 
Alain Rouché : " Les objectifs sont louables, la mise en place est discutable "

 

 

Alain Rouché est directeur santé de la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA).

 

 

 

 

 

Quel regard portez-vous sur ces nouvelles dispositions ?

 

Notre jugement d'ensemble a longtemps été globalement positif et la démarche nous semblait intéressante. La prise en charge obligatoire de deux actions de prévention est par exemple une bonne idée. Nous considérons en effet qu'un système orienté vers du « tout curatif » est déséquilibré. Cela étant, les choses avançant, nous avons tendance à devenir de plus en plus critiques par rapport à la concrétisation du projet. Si je reprends le cas des actions de prévention à prendre en charge, au moment où je vous parle (NDR : le 15 novembre 2005), la liste n'en a pas encore été décidée. D'une manière générale, la mise en place de ces contrats responsables se déroule avec de nombreuses difficultés et donne l'impression de n'être pas maîtrisée. Prêts à jouer le jeu, nous avions formulé quelques demandes de simple bon sens. Elles sont restées sans écho.


 

Quels sont les principaux points de litige ?

 

Le texte nous avait été promis pour la fin du mois de mars 2005. Il n'a été publié que le 29 septembre pour une application au 1er janvier 2006. Confrontés à des délais aussi courts, et pour éviter d'avoir à ajouter des avenants aux contrats et de devoir récupérer auprès des assurés tous les textes signés, nous souhaitions que l'on nous facilite l'adaptation de ces contrats, en modifiant le Code des assurances. L'idée était qu'ils soient réputés respecter les nouvelles dispositions à défaut d'opposition expresse de l'assuré. Nous n'avons obtenu aucune réponse et les assureurs ont dû improviser. Dans un autre ordre d'idées, nous estimons que les avantages fiscaux et sociaux liés au respect de ce nouveau cahier des charges doivent être appréciés globalement.

 

 

Que voulez-vous dire par là ?

 

Si un assuré bénéficie de deux contrats, le respect du cahier des charges doit se faire, selon nous, au niveau du souscripteur et pas au niveau de chaque contrat. Prenons un exemple : un salarié est couvert par deux contrats collectifs obligatoires, le premier découlant de la convention collective en vigueur dans sa branche, le second incluant des garanties surcomplémentaires, ne concernant par exemple que les domaines de l'optique et du dentaire, souscrites par son entreprise. Il nous semblerait cohérent que le premier soit mis en conformité avec les nouvelles réglementations mais que le second, dès lors qu'il ne déroge pas aux interdictions, n'en reprenne pas forcément toutes les obligations. A notre avis, c'est l'ensemble qui doit être apprécié. Or, a priori, la tendance serait plutôt à vouloir considérer la conformité contrat par contrat, ce qui ne manquera pas de nous amener à des situations ubuesques. Un contrat unique ne sera pas taxé. Dans l'association de deux contrats, apportant rigoureusement les mêmes garanties, le second le sera !

 

 

Vous évoquez également le cas des contrats apportant des garanties partielles.

 

Il existe, en effet, des contrats qui ne comportent pas de garanties dans des domaines visés par le décret. En particulier, tous les contrats ne prévoient pas de prendre en charge les consultations et les prescriptions du médecin traitant. Si rien ne change, tous ces contrats seront donc taxés. Or, il ne nous semble pas que le législateur voulait obliger les gens à souscrire certaines garanties. Dans ce cas précis, cela ne pourra en effet se faire que par le biais d'une augmentation de cotisations. Résultat, certaines personnes seront amenées à résilier leur contrat, ce qui est pour le moins paradoxal lorsqu'on cherche par ailleurs à augmenter la couverture complémentaire. Encore une fois, nous sommes d'accord pour défavoriser le non-respect du parcours de soins. Mais pourquoi le patient ne pourrait-il pas décider de payer de sa poche la consultation de son médecin ? En quoi ce comportement ne serait-il pas responsable ? J'ai peur que nous ne nous trouvions dans une logique rigide et que certaines notions de bon sens n'aient pas été prises en compte.

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