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Des
actions locales.
Fausses
déclarations d'état civil, de résidence ou de ressources, arrêts de travail
abusifs, utilisation frauduleuse de la carte Vitale... Le décret 2005-1016 du 23
août 2005 autorise les Caisses primaires d'assurance maladie à appliquer un
barème de pénalités financières pour sanctionner les abus ou les mauvais
comportements des usagers. La Caisse compétente pour
prononcer les sanctions est celle qui a été, ou aurait pu être, victime de la
fraude.
Un premier
avertissement. Lorsqu'il a connaissance de faits répréhensibles, le
directeur de l'organisme local d'assurance maladie adresse à la personne ou à
l'établissement en cause une première mise en garde (1). Cet
avertissement indique au(x) contrevenant(s) que ces faits seraient de nature à
justifier l'engagement d'une procédure de sanction s'ils devaient être à nouveau
constatés.
Le déroulement de
la procédure. Si, malgré la mise en garde, des faits de même nature se
répètent, l'usager, le professionnel ou l'établissement de santé incriminé
reçoit une nouvelle notification. Elle précise les faits reprochés et le montant
de la pénalité encourue. La personne (physique ou morale) en cause dispose alors
d'un mois pour demander à être entendue, si elle le souhaite, ou pour présenter
des observations écrites. Si, au terme de ce délai, le directeur décide de
poursuivre la procédure, il transmet le dossier à une commission composée de
cinq membres issus du conseil de l'organisme local d'assurance maladie
(2).
Après avoir entendu les différentes parties prenantes au
dossier, cette commission rend un avis sur la réalité et la gravité des faits
reprochés, ainsi que sur le montant de la pénalité susceptible d'être appliquée.
Le directeur de la caisse locale fixe alors le montant de l'amende et le notifie
à la personne ou à l'établissement en cause, en lui indiquant le délai dans
lequel il doit s'en acquitter.
Le
barème. Le montant de la pénalité est fixé en fonction de la gravité
des faits reprochés. Il est compris entre :
-
75 et 500 euros lorsque le préjudice subi ou encouru
par l'assurance maladie est
compris entre 0 et 500 euros ;
-
125 et 1000 euros
lorsque le préjudice subi ou encouru par l'assurance maladie est compris entre
500 et 2000 euros ;
-
500 euros et deux fois le plafond de la sécurité
sociale (3) en vigueur à la date des faits lorsque le préjudice
subi ou encouru par l'assurance maladie est supérieur à 2000
euros.
Ce montant est doublé en cas de
récidive.
Des contrôles
renforcés. Parallèlement, les contrôles, notamment sur les arrêts de
travail, seront renforcés (les pouvoirs publics estiment que 6 à 8% des arrêts
de travail actuellement accordés le sont de manière abusive, soit une économie
potentielle d'environ 800 millions d'euros d'ici 2007). Enfin, les prestations
sous conditions de ressources ne seront plus accordées qu'au vu de toutes les
ressources du demandeur, y compris celles perçues à l'étranger.
(1) Cet avertissement n'est toutefois pas requis :
-
lorsque la personne ou
l'établissement en cause a déjà fait l'objet, durant les deux ans qui précèdent,
d'une mise en garde ou d'une pénalité financière pour un même motif
;
-
lorsque la demande présentée indûment au remboursement ou le montant mis
indûment à la charge de l'assurance maladie dépasse la moitié du plafond mensuel
de la sécurité sociale (3).
(2) Ce conseil est composé de représentants
départementaux ou régionaux de chaque profession de santé (médecins,
chirurgiens-dentistes, directeurs de laboratoire,
sages-femmes...).
(3) En 2005, le plafond
mensuel de la
Sécurité sociale est fixé à 2516 €.
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Franchise et déremboursement pour atténuer le
déficit
Conformément
aux préconisations de la Haute autorité de santé, 156
médicaments, jugés peu efficaces et actuellement pris en charge à
35%, ne seront plus remboursés par la Sécurité
sociale à partir du 1er janvier 2006. 62 autres, des
veinotoniques, bénéficient d'une mesure transitoire : ils
resteront pris en charge à 15% pendant deux
ans.
Par
ailleurs, le projet de loi sur le financement de la Sécurité
sociale prévoit une franchise de 18 euros sur les actes dont le coût
est supérieur à 91 euros. En seront exemptés: les femmes enceintes,
les nouveaux-nés hospitalisés et les personnes atteintes d'une
maladie de longue
durée. | |
Bénédicte Devictor : « les Français sont-ils prêts à
payer ? »
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Maître
de conférences à l'Université de la Méditerranée,
Bénédicte Devictor est spécialisée dans les systèmes de santé,
l'organisation et le financement des soins.
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L'instauration
de pénalités financières aura-t-elle un réel effet sur les comptes de
l'assurance maladie ou vous semble-t-elle davantage relever du
symbole ?
Non,
je pense que cela peut avoir un impact et confirmer une tendance que l'on
enregistre déjà. Les indemnités que verse l'assurance maladie sont, en effet,
déjà orientées à la baisse. Il y aurait, en particulier, plutôt moins d'arrêts
de travail que par le passé. Du reste, les mesures financières sont en général
efficaces : la participation de 1 euro semble, par exemple, avoir diminué
le nombre des consultations.
Pourtant, malgré les mesures décidées l'an dernier (choix d'un
médecin traitant, établissement d'un parcours de soins, déremboursement de
médicaments jugés peu efficaces...), les comptes de la santé restent dans le
rouge. Cela vous surprend-il ?
Il
ne fallait pas attendre de résultat immédiat, dans la mesure où le but principal
de la réforme de l'assurance maladie était de changer les comportements. Or,
cela ne peut s'envisager qu'à long terme. Pour l'heure, la seule campagne de
sensibilisation vraiment efficace a été celle visant à limiter le recours aux
antibiotiques. .. En revanche, même
si les deux tiers des Français en ont officiellement choisi un, je ne suis pas
encore convaincue de la réussite du médecin traitant ; on peut citer en exemple les dérogations
de plus en plus nombreuses au parcours de soins (urgences, médecins récemment installés,
médecins installés dans une zone sous-médicalisée, médecins
absents...).
Médecins, patients, hôpital... Qui est, selon vous, responsable de
la hausse continue des dépenses de santé ?
Pendant
des années, on a accusé les médecins. Puis on s'est rendu compte que, compte
tenu des montants en jeu, l'hôpital pouvait être source d'économies.
Aujourd'hui, le gouvernement cible les médicaments, et je crois que ce n'est pas
par hasard. Ce qui est sûr, de toute façon, c'est que les dépenses de santé vont
continuer de croître pour des raisons techniques et objectives :
vieillissement de la population, progrès des techniques de
soin...
Que peut-on faire, dès lors ?
Arrêter
de vouloir tout et tout de suite. Car quoi que l'on fasse, cela ne suffira pas
si les mentalités n'évoluent pas. Entre 1999 et 2001, les comptes de
la Sécurité
Sociale sont redevenus positifs (même si cela n'a pas été le
cas pour ceux de l'assurance maladie) ; on a cru voir le bout du tunnel,
puis la croissance a chuté, entraînant un nouveau creusement du déficit. De
toute évidence, l'objectif de l'avoir résorbé en 2008 ou 2009 ne sera pas
atteint. Or, qualitativement, notre système de santé n'est quand même pas si
mal. Il n'y a donc qu'une question à se poser : les Français sont-ils prêts
à dépenser plus pour le préserver ?
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