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Des
données mises à plat.
Lors de sa
création, il y a un peu moins de deux ans, l'Observatoire avait reçu pour
principale mission de fournir des données fiables en matière de démographie
médicale.
Médecins,
chirurgiens, pharmaciens, masseurs kinésithérapeutes, opticiens, infirmières,
sages-femmes... les statistiques disponibles auprès de toutes les sources
existantes (Ordre des médecins, assurance-maladie et ministère de
la Santé) ont
donc été recensées et vérifiées. Les nouvelles conclusions de l'ONDPS ont été
validées, spécialité par spécialité, par les représentants du monde médical.
Recensement
des généralistes. Les
différents fichiers faisaient état d'environ 100.000 généralistes, estimation
déterminante pour fixer le numerus clausus* (nombre d'étudiants admis
chaque année en 2ème année de faculté de médecine). Une étude plus
poussée, menée à l'échelon des départements, a permis aux experts de
l'Observatoire de constater qu'ils sont en réalité beaucoup moins nombreux. Sous
cette étiquette, les dernières statistiques du ministère répertoriaient ainsi un
peu moins de 78.000 praticiens exerçant effectivement la médecine générale,
auxquels s'ajoutaient près de 20.000 « médecins à exercice
particulier » (acupuncteurs, mésothérapeutes...). N'entrant dans aucune
autre classification, ces derniers avaient été rangés dans la catégorie
« médecine générale », mais ne l'exerçaient pas, ou plus.
L'étude
confirme par ailleurs l'existence de fortes disparités régionales : la
région Centre ne compte que 136 généralistes pour 100.000 habitants, contre 194
en Provence Alpes Côte d'Azur. Ces différences ne sont pas compensées par les
nouvelles installations et les écarts peuvent donc subsister, voire se creuser à
l'avenir.
Une population
souvent vieillissante. Le rapport constate une
progression, entre 2000 et 2004, des effectifs de toutes les professions de
santé, à l'exception des chirurgiens dentistes. Toutefois, tous les
territoires, toutes les spécialités et toutes les structures ne bénéficient pas
de cette augmentation. De plus, elle s'accompagne souvent d'un
vieillissement qui laisse présager de nombreux départs à la retraite dans les
années qui viennent.
Médecins et dentistes, qui
connaissent les taux de croissance les plus faibles, sont également les
professions où les praticiens de plus de 55 ans sont les plus nombreux
(respectivement 20,4% et 24,2% des effectifs). Le problème de leur
renouvellement à court terme se pose donc de manière particulièrement sensible.
Des
perspectives inquiétantes. L'Observatoire a également
mené une étude prospective à l'horizon 2025. L'analyse de l'ONDPS prend en
compte le nombre prévisible de départs à la retraite dans les prochaines années
et le nombre de nouveaux diplômés susceptibles de prendre la relève. Il en
ressort qu'à partir de 2008, le solde annuel deviendra négatif et le sera de
plus en plus jusqu'en 2015 (d'environ 500 en 2008, ce solde négatif passera à
plus de 1000 en 2010 et atteindra 2000 en 2013). La densité médicale chutera
d'autant plus fort que la population ne cessera d'augmenter
simultanément.
Si la France ne veut pas se
trouver confrontée à une pénurie de médecins, le numerus clausus devra donc être
rapidement augmenté pour permettre de former 8000 médecins chaque année à partir
de 2007 et jusqu'en 2025*. Une telle mesure permettrait de conserver à cette
échéance une densité médicale moyenne proche de ce qu'elle était en 1990, soit
300 médecins – généralistes et spécialistes – pour 100.000 habitants (contre 335
aujourd'hui).
* Le numerus clausus est fixé
chaque année par un arrêté signé par le ministre de l'Éducation et le ministre
de la Santé.
Établi à 5100 en 2003-2004, il a été porté à 5600 pour l'année scolaire
2004-2005 et devrait atteindre 6200 en 2005-2006.
Dominique Polton : "Les médecins ne sont pas
des extra-terrestres"
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Membre
de l'ONDPS en tant que personnalité qualifiée, Dominique Polton est
directrice de l'Institut de recherche et documentation en économie de la
santé
(Irdes). |
La situation est-elle aussi catastrophique qu'on le dit, et
sommes-nous vraiment à la veille d'une pénurie de médecins?
Mon
jugement à ce sujet est sans doute un peu plus nuancé que ce que l'on peut
entendre ici ou là. Dans les années 90, le discours unanime – et tout aussi
catastrophiste qu'aujourd'hui – s'inquiétait de la pléthore annoncée. Pouvoirs
publics, syndicats : tout le monde se demandait comment faire face à l'afflux de
médecins. À l'époque, j'étais parmi les premiers à évoquer le moment où la
tendance allait s'inverser. De la même façon, je trouve le discours sur la
pénurie tout aussi excessif. Certains disent que la situation est déjà
catastrophique. C'est faux : 330 médecins pour 100.000 habitants, c'est
très confortable. Ce qui est vrai, c'est que leur nombre va diminuer, qu'il va
falloir s'y adapter, que c'est totalement inédit en France et que cette
évolution ne sera pas facile à mener.
Je
n'ai pas d'avis définitif sur cette question. Ces disparités existent depuis un
siècle et ce sont toujours les mêmes. Maintenant, nous allons évoluer en flux de
plus en plus tendus et les déséquilibres risquent effectivement de s'accentuer.
Peut-être faut-il renforcer les incitations. Mais je suis sceptique quant à
l'efficacité de mesures coercitives. A terme, elles risqueraient en effet
d'entraîner une désaffection pour les études médicales, comme cela semble s'être
produit en Allemagne. Car, objectivement, il est déjà sans doute moins
contraignant et tout aussi rentable aujourd'hui d'envisager une carrière de
vétérinaire plutôt que de médecin !
Aujourd'hui,
nous nous reposons sur un modèle dépassé : le médecin de sexe masculin qui
travaillait seul, comme un forcené, c'est fini. C'est le cas typique des zones
rurales, où les revenus sont très élevés mais où la relève n'est plus assurée
quand un médecin prend sa retraite. Preuve que les raisons de la désaffection ne
sont pas financières. Mais, dans ces zones comme ailleurs, je suis convaincue
que le système peut gagner en efficacité et que l'on peut faire face à cette
diminution annoncée. On ne s'est par exemple pas suffisamment posé la question
du rôle réel des médecins. Ils ont fait dix ans d'études. A quoi servent-ils ?
Que doivent-ils faire ou ne pas faire ? Je pense que l'avenir passera par
des cabinets médicaux plus importants, avec des secrétariats, des auxiliaires et
des médecins déchargés d'un certain nombre de gestes qu'ils effectuent
aujourd'hui, qui pourront être remplacés, qui assureront des gardes alternées...
Il ne faut plus chercher à remplacer un médecin tout seul dans son canton par un
autre médecin tout seul dans son canton.
Est-ce aussi le moyen de faire face aux
changements qu'entraînera la féminisation de la
profession?
C'est vrai que de 30% aujourd'hui, la proportion de
femmes médecins va passer à 60% d'ici une vingtaine d'années et qu'il y aura
forcément des répercussions dans leur façon de travailler. Mais ces évolutions
ne sont pas spécifiques à la médecine : les modèles d'organisations
professionnelle et familiale ont changé et les médecins, hommes ou femmes, ne
sont pas des extra-terrestres ! La réflexion sur les façons de procéder a
déjà été menée. Il faut maintenant la mettre en œuvre. Les missions régionales
de santé ont été crées dans ce but. Laissons-les travailler. Agissons au niveau
de la formation, créons des cabinets de groupe importants, où l'on pourra
envoyer les internes en stage pour qu'ils découvrent autre chose que
l'hôpital... Créons ce nouveau système où conditions de vie et de travail seront
attractives, même dans les zones les plus reculées.
Car, même si nous ne sommes pas en situation de pénurie,
il y a urgence. Les besoins médicaux sont partout, ils doivent pouvoir être
satisfaits partout.
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