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Accidents : les dangers du quotidien (mai 2005)
Les accidents de la vie courante (AcVC)* constituent un véritable problème de santé publique. C'est ce qui ressort de la dernière enquête "Santé et protection sociale" menée par l'Irdes (Institut de recherche et de documentation en économie de la santé). Les jeunes et les personnes âgées en sont les principales victimes.

Un Français sur cinq. Depuis l'an 2000, l'enquête « Santé et protection sociale » menée par l'Irdes intègre un volet « accidents de la vie courante ». Celui-ci recense tous les accidents ayant nécessité le recours à un professionnel de santé (médecin, infirmier, masseur, pharmacien, hospitalisation...).

 

Selon les dernières statistiques, qui portent sur l'année 2002, les AcVC  touchent plus de 20% de la population chaque année**. Il s'agit une fois sur deux d'un accident domestique et une fois sur cinq d'un accident de sport. Les accidents de loisirs occupent également une place importante (17%) alors que les accidents scolaires ne représentent que 8% des cas.

 

 

Jeunes hommes et dames âgées. Les classes d'âge les plus touchées sont les 10-19 ans (28% des adolescents sont victimes d'un AcVC chaque année) et surtout les jeunes adultes, plus particulièrement de sexe masculin : près de 40% des hommes de 20 à 29 ans sont touchés chaque année, contre 20% des jeunes femmes. Une pratique sportive plus intense et des prises de risque accrues semblent à l'origine de cette inégalité. Une « surmorbidité »*** masculine est également constatée jusqu'à quarante ans. Elle se stabilise ensuite.

 

A l'inverse, dans la tranche d'âge des plus de 80 ans, les femmes sont nettement plus touchées que les hommes (41% des femmes de plus de 80 ans, contre 23% des hommes de cette tranche d'âge). L'étude souligne que les accidents surviennent alors le plus souvent « au domicile ou lors de déplacements à l'extérieur du domicile ».

 

 

Radiographie des lésions. Les blessures constatées sont liées au type d'accident, mais aussi souvent à l'âge de l'accidenté. Ainsi, plaies et brûlures constituent les lésions les plus fréquemment observées chez les enfants de moins de dix ans. Les 10-19 ans souffrent le plus souvent d'entorses et de fractures. Les accidents des 20-59 ans se soldent une fois sur cinq par des lésions musculo-articulaires ou vertébrales. Au-delà de soixante ans, hommes et femmes souffrent le plus souvent de fractures, de traumatismes divers ou de lésions internes.

 

 

Une médicalisation quasi systématique. Quel que soit leur âge, huit fois sur dix, les victimes d'accidents doivent avoir recours aux soins prodigués par un médecin. Si l'hospitalisation ne concerne qu'un cas sur dix, le recours aux urgences est, lui, trois fois plus fréquent. La fréquence de passage aux urgences grimpe même à 60% dans le cas des accidents scolaires. L'étude souligne enfin que, parmi les victimes d'accidents, près de deux personnes sur trois ont été limitées dans leurs activités au cours des 48 heures qui ont suivi.

 

Plus grave, Guy Le Goff, chargé des actions de prévention à la Commission de la sécurité des consommateurs, rappelle qu'environ 20.000 personnes décèdent chaque année, à la suite d'un accident de la vie courante. Autant de statistiques rappelant la légitimité de la Garantie des accidents de la vie (GAV), lancée en 2000 à l'initiative de la Fédération française des sociétés d'assurance (FFSA) et du Centre de recherche et d'épargne (CREP).

 

 

* Les accidents de la vie courante sont ceux qui surviennent au domicile ou dans ses environs immédiats, sur les aires de sport ou de loisirs, à l'école ou à tout autre moment de la vie privée. En sont exclus les accidents de la circulation, les accidents de travail, les suicides et les agressions.

** L'enquête utilise des taux d'incidence trimestriels afin de permettre une prise en compte de la variabilité saisonnière. 

*** Taux d'accidents ayant entraîné une blessure, supérieur à la moyenne.

 

 

 Guy Le Goff : "Les accidents n'arrivent pas qu'aux autres"

 

 

 

Guy Le Goff est chargé des actions de prévention à la Commission de la Sécurité des Consommateurs (CSC) *.

 

 

 

 

 

Les accidents de la vie courante tuent trois fois plus de personnes que la route, mais on en parle beaucoup moins. A quoi est-ce dû ?

 

Ces accidents font certes 20.000 morts par an, mais il convient tout de même de relativiser ce chiffre. Il faut en effet savoir que près de la moitié des accidents mortels touchent des personnes âgées, victimes de chutes qu'il est souvent difficile de prévenir. Les spécialistes de la prévention estiment d'une manière générale qu'avec des précautions de bon sens, élémentaires, on pourrait éviter entre 6000 et 7000 décès chaque année. Ce qui est déjà énorme.

Quant à la relative indifférence qui les entoure, je pense qu'elle tient à la multiplicité des causes et des publics concernés. Mais certains accidents touchent davantage la sensibilité des gens. On parle beaucoup, par exemple, de tout ce qui touche les jeunes enfants. L'illustration en est les accidents de piscines privées : une vingtaine de morts par an a suffi pour donner naissance à un programme national de prévention, puis à une loi.

 

 

Un accident sur deux survient à la maison, quelles sont les pièces "à risque" ?

 

Tout dépend de la population prise en compte. Pour les personnes âgées, c'est très nettement la salle de bains où les chutes sont nombreuses, faute de fonds de baignoires anti-dérapants ou de barres d'appui. Il y a également les escaliers. Pour les enfants, le lieu le plus accidentogène, c'est la cuisine avec ses risques de brûlures ou de coupures. La salle de bains est également un endroit dangereux, avec des risques de noyade à l'occasion du bain.

 

 

Finalement, les conseils de prévention que vous donnez sont assez élémentaires...

 

C'est vrai que si les consommateurs commençaient déjà par prendre le temps de lire les notices d'utilisation, de s'équiper éventuellement des protections adaptées et s'ils faisaient preuve d'un minimum de vigilance, le nombre des victimes baisserait ! Le bricolage constitue un bon exemple. On estime que ce loisir provoque aujourd'hui environ 300.000 accidents par an. Or, si les gens se plaignent du matériel (tondeuses, perceuses...), c'est le plus souvent leur utilisation qui est en cause. On sait désormais beaucoup de choses sur les logiciels ou sur l'informatique, mais paradoxalement notre culture technique a baissé. Par exemple, même si leurs installations étaient loin d'être aux normes actuelles, les anciens avaient ce que j'appellerais une « culture de l'électricité ». Et, surtout, ils s'en méfiaient naturellement. Aujourd'hui, on surcharge les multiprises... Et qui connaît le rôle exact d'une mise à la terre ? Or, si vous branchez une simple cafetière sur une prise qui en est dépourvue, vous prenez un risque. Et les statistiques montrent bien que les accidents n'arrivent pas qu'aux autres !

 

 

* La C.S.C est un organisme indépendant, composé de magistrats de hautes juridictions, de représentants des collèges professionnels et des consommateurs, et de personnalités qualifiées.
La commission recense les accidents et les risques de la vie courante, émet des avis (plus de 250 à ce jour) destinés aux pouvoirs publics, aux professionnels, et aux consommateurs et informe le public par des communiqués de presse, des campagnes de sensibilisation, des fiches pratiques, une lettre bimestrielle et un serveur internet
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