Amplifier une
tendance naturelle. En croissance permanente
depuis une quinzaine d'années (+5,5 % en moyenne par an), le secteur des
services à la personne représente 1,3 million d'emplois en France (garde
d'enfants, soutien scolaire, bricolage, jardinage, ménage, aide aux personnes
âgées, mais aussi coiffure à domicile, livraison de repas, gardiennage...).
L'objectif du plan est de
doubler ce rythme de croissance dans les trois prochaines années, ce qui
aboutirait à la création de 500.000 emplois, non délocalisables. Pour piloter le
plan, une Agence nationale de développement des services à la personne sera
créée dans les semaines qui viennent.
Développer
l'offre. Sa
première mission consistera à appuyer la création ou le développement de grandes
enseignes multiservices de référence. D'autre part, pour rendre ces emplois plus
attractifs, rémunérations, droits sociaux et conditions de formation seront
améliorés. L'extension à toute la branche professionnelle de l'accord de 2002
sur l'aide à domicile entraînera une revalorisation de 24 % des grilles de
salaires. Par ailleurs, les charges patronales seront supprimées pour les
prestataires de services agréés (les procédures d'agrément seront
simplifiées).
Enfin, des filières de
formation seront instituées. Et un plan de développement accéléré de
la
Validation des acquis de l'expérience (VAE)* sera mis en œuvre
dans les trois ans qui viennent.
Simplifier l'accès.
Pour
faciliter le recours à ces professionnels et lutter contre le travail au noir,
le « chèque service universel » remplacera, au plus tard le
1er janvier 2006, le chèque et le titre emploi-service**. Les
particuliers pourront se le procurer directement auprès de leur banque. De plus,
à l'instar des tickets restaurant, les entreprises pourront également acquérir
le chèque service universel et le revendre moins cher à leurs salariés. La
différence sera déductible de l'impôt sur les sociétés.
Réduire les coûts.
Dans
le même esprit,
les
réductions d'impôts pour l'emploi d'un salarié à domicile seront augmentées***
et les ménages non imposables pourront reporter un crédit d'impôt sur les années
suivantes. Les particuliers qui emploieront un professionnel des services à la
personne bénéficieront également d'un allègement de 15 points (soit environ la
moitié) sur les charges patronales de Sécurité sociale****. Le coût total de ces
mesures est estimé par le gouvernement à 1,43 milliards d'euros entre 2005 et
2008, dont plus de 31 millions dès la première année.
*La
Validation des acquis de l'expérience est la reconnaissance
officielle de l'expérience acquise par chaque personne au fil de sa vie
professionnelle et sociale. Elle permet à toute personne sans qualification
reconnue d'obtenir tout ou partie d'un Titre (équivalent diplôme) à finalité
professionnelle ou d'un certificat de
qualification.
** L'utilisation du titre emploi-service est limitée au règlement des
services à domicile assurés par des associations ou des entreprises de services
aux personnes agréées par l'Etat.
***Au 1er janvier 2005, les plafonds annuels des dépenses
ouvrant droit à réduction d'impôt sont passés de 10.000 à 12.000 euros (de
13.800 à 20.000 euros pour les contribuables invalides). Ces plafonds sont
majorés de 1.500 euros par enfant à charge et au titre de chacun des membres du
foyer fiscal âgé de plus de 65 ans.
**** A condition d'asseoir ces cotisations sur la rémunération effective
de l'employé, et non plus sur la base forfaitaire d'une rémunération égale au
salaire minimum.
Interview Fabrice Provins : "De nombreuses
avancées"
Fabrice Provins est Directeur général
délégué d'Age d'or services, première entreprise d'aide à la personne en France,
dont CNP Assurances est actionnaire. A ce titre, il est directement
concerné par le plan Borloo.
Pour commencer, pouvez-vous nous préciser comment fonctionne Age
d'Or services?
Nous sommes un réseau de franchises réparties sur toute
la France et
nous développons, depuis plus de dix ans, des services destinés à faciliter la
vie quotidienne des personnes âgées : les emmener faire les courses, chez
le coiffeur, ou simplement se promener. C'est un service d'accompagnement vers
l'extérieur, destiné à leur éviter
l'isolement. Les personnes âgées paient le service et bénéficient ensuite d'une
réduction d'impôt égale à 50% des sommes versées. Si elles sont confrontées à
des difficultés financières, elles peuvent être aidées par les caisses de
retraite ou les Centres communaux d'action sociale
(CCAS).
Globalement,
et pour y avoir travaillé avec les conseillers du ministère, je trouve que ce
plan répond bien à l'attente de développement des services à la personnes dont
on parle depuis longtemps. Pour nous, entreprise privée, il était important de
rétablir l'égalité par rapport aux associations, en particulier sur
l'exonération des charges patronales. L'allègement des conditions d'agrément me
semble également primordial. Sur le terrain, nous avons parfois dû patienter
plus d'un an avant d'obtenir une habilitation. De plus, celle-ci étant
départementale, la situation était parfois incohérente : selon les
départements, deux dossiers rigoureusement identiques pouvaient aboutir à deux
décisions opposées !
Absolument,
on efface tout ce qui existait précédemment pour créer un dispositif entièrement
nouveau, qui prendra tout en compte. C'est d'autant plus important que le chèque
emploi service ne pouvait pas être utilisé pour régler les prestations d'une
société privée. Le titre emploi service ne nous concernait pas davantage et, de
toute façon, il était restrictif et méconnu, donc peu
employé.
A contrario, quelle critique
formulez-vous?
Si
je dois émettre un bémol, il portera sur l'utilité de ce que le texte appelle
des « grandes enseignes de référence ». Pour moi, il ne s'agira que de
plateformes téléphoniques qui ne serviront pas à grand chose. En revanche, les
prestataires auxquels elles devront inévitablement recourir sont appelés à se
développer. C'est pour cela que l'objectif de professionnalisation de la filière
est également important.
Au
delà, si la partition est bonne, il reste encore à la mettre en musique. Cela
prendra du temps, et je pense, malgré toutes ces bonnes intentions, que le
recours généralisé à ce type de services ne rentrera pas véritablement dans les
mœurs avant trois, voire cinq ans.