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Protection sociale chez les nouveaux membres de l'UE: les pays baltes (février 2005)
Malgré une forte croissance, Estonie, Lituanie et Lettonie connaissent toujours des taux de chômage et de pauvreté élevés. Dans ces trois pays, la réforme des systèmes de retraite semble, en revanche, en bonne voie. C'est ce qui ressort d'une récente étude de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques).

Une transition difficile.  Avec un PIB par habitant inférieur de plus de moitié à celui de l'Europe des Quinze, l'Estonie, la Lituanie et la Lettonie n'ont pas encore achevé leur passage à l'économie de marché. Dix ans après la chute du mur de Berlin, le niveau de vie y était encore inférieur de 20 à 40% à celui de 1989.

 

Cependant, pour les auteurs de l'étude, « ces trois pays peuvent envisager d'accroître le volume de leurs dépenses sociales* », au regard du taux de croissance qu'ils enregistrent depuis quelques années (6% en moyenne en 2002, contre 0,7% pour l'Europe des quinze).

 

 

Des réformes des retraites bien avancées. Conformément aux recommandations de la Banque mondiale, ces trois pays ont choisi une architecture à trois piliers (retraite de base, régime complémentaire, épargne individuelle) pour leurs systèmes de retraite. Le régime public de l'assurance vieillesse y a été séparé du budget de l'Etat et le lien entre revenus, cotisations et niveau de pension renforcé.

 

La Lettonie présente la particularité de s'être inspirée du modèle suédois : un taux de capitalisation virtuelle** est appliqué aux cotisations. Le calcul des prestations prend non seulement en compte le volume de cotisations, mais aussi l'espérance de vie au moment du départ à la retraite.

 

En 2001 et 2002, Lettonie et Estonie ont par ailleurs décidé de réaffecter une partie des cotisations du système de base vers des systèmes de fonds de pension, institués dans le cadre professionnel, pour lesquels les salariés cotisent obligatoirement. La même possibilité est offerte depuis 2002 aux salariés lituaniens, mais elle est facultative. Enfin, les travailleurs de ces trois pays peuvent se constituer des retraites complémentaires facultatives, afin de financer eux-mêmes une partie de leur pension.

 

 

L'assurance chômage. Comme la plupart des dix nouveaux entrants, Estonie, Lituanie et Lettonie sont confrontées à un chômage important (de 10,1 à 12,7% de la population active en 2003). En 2002, les statistiques sur le volume d'emploi en Estonie étaient par exemple « inférieures de 30% à ce qu'elles étaient en 1990 », note l'étude de la Drees. Même si le taux de chômage y a reculé de plus de 3 points depuis 2001, le scénario est comparable en Lettonie, où le volume d'emploi s'est rétracté de 20% entre 1992 et 2000***.  

 

Pour faire face à cette situation, des systèmes d'indemnisation, fondés sur l'assurance, ont été institués. Leur portée est toutefois limitée. En 2002, seuls 10% des chômeurs lituaniens percevaient une prestation, équivalente en moyenne à 15,8% du revenu moyen par habitant****. En Estonie, le taux de chômeurs indemnisés atteignait presque les 50%. Mais l'allocation ne représentait plus que 6,8% du revenu moyen. Enfin, en Lettonie, 44,3% des chômeurs percevaient une indemnité représentant 21,3% du revenu moyen par habitant.

 

 

Une pauvreté croissante. Malgré le retour de la croissance dans la deuxième moitié des années 90, la chute du PIB et la montée du chômage ont entraîné une augmentation de la pauvreté. Selon les dernières statistiques disponibles, entre 16 et 18 % des habitants des trois pays ne disposent que d'un revenu de deux dollars par jour (équivalent seulement au double du seuil de pauvreté absolue, fixé par la Banque mondiale).

 

Là aussi, les dispositifs d'assistance mis en place sont encore faibles. L'étude donne l'exemple de l'Estonie. Le minimum de subsistance y est financé par l'Etat et versé par les communes. Mais le seuil sous lequel il est accordé - « très sensiblement inférieur au panier de biens et services minimum calculé par l'Office statistique estonien » – n'a pas été revalorisé depuis sa création, en 1997. En 2001, seuls 55.000 ménages en bénéficiaient (moins de 10% de la population), contre 70.000 trois ans plus tôt (12,4%).

 

 

 

* En 2000, ces dépenses sociales représentaient 15,20% (Estonie), 15,80% (Lituanie) et 17,80% (Lettonie) du PIB. Elles s'élevaient à 29,7% du PIB en France et 27,3% du PIB dans l'Europe des Quinze.

 

** Chaque cotisant est titulaire d'un compte individuel. Les cotisations qu'il y verse forment un capital « fictif » qui est revalorisé chaque année selon un indice (le « taux de capitalisation virtuelle ») proche de la progression de l'assiette des cotisations. Au moment du départ en retraite, ce capital « fictif » est converti en rente, calculée en appliquant un coefficient de conversion tenant compte de l'espérance de vie du retraité.

 

*** Les auteurs de l'enquête relativisent cependant cette comparaison et rappellent qu'avant 1989, « nombre d'emplois étaient en fait à faible productivité ».

**** Le revenu moyen par habitant en Lituanie équivalait en 2001 à 37,2% du revenu moyen de l'Europe des Quinze. Il était de 38,6% en Estonie et de 33,4% en Lettonie (calculs en SPA, Standard de pouvoir d'achat).

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