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Les maladies rares en France : cinq ans pour s'organiser (novembre 2004)
Chacune d'entre elles ne touche que quelques centaines d'individus. Mais ensemble, les maladies rares concernent plus de trois millions et demi de personnes en France. Un Plan quinquennal de 100 millions d'euros* a été lancé par le gouvernement, pour sortir ces malades - et leur maladie - de leur isolement.

Rares et graves. On qualifie de « rare », ou « orpheline », une maladie** qui touche un nombre restreint de malades en regard de la population générale. En France, ce plafond est fixé à 30.000 personnes affectées par une pathologie donnée, mais en règle générale une maladie rare ne touche que quelques dizaines à quelques centaines de patients.

Le statut de maladie rare est directement lié au nombre de personnes touchées sur un territoire donné. Ainsi, la lèpre est considérée comme une maladie rare en Europe, mais elle ne l'est pas en Afrique centrale, où elle est fréquemment rencontrée.

On dénombre entre 6.000 et 7.000 affections de ce type, et les revues médicales en décrivent en moyenne cinq nouvelles chaque semaine dans le monde. D'origine génétique dans 80% des cas***, les maladies rares sont graves, chroniques, évolutives, conduisent souvent à un handicap et mettent fréquemment en jeu le pronostic vital.


Des malades et des familles désemparés.
Peu fréquentes, longtemps ignorées des médecins et des chercheurs, les maladies rares souffrent encore d'un manque de connaissances médicales et scientifiques. Ce sont pourtant, au total, plus de trois millions et demi de Français qui en sont atteints. Ces patients, et leur entourage, rencontrent de nombreuses difficultés, qu'il s'agisse de faire diagnostiquer la maladie ou de bénéficier d'une prise en charge adaptée. Or, s'il n'existe pour la plupart de ces pathologies aucun traitement curatif, des soins appropriés peuvent accroître la durée et la qualité de vie des malades.


Un plan sur cinq ans.
Retenue comme une des priorités de la loi de santé publique, la prise en charge de ces maladies fait désormais l'objet d'un Plan national sur cinq ans . Son axe principal consistera à structurer l'offre de soins autour d'une centaine de centres hospitaliers de référence, regroupant des spécialistes d'une maladie ou d'un groupe de maladies rares. Les équipes de ces centres définiront les stratégies permettant un diagnostic plus précoce, mèneront des recherches et effectueront des essais thérapeutiques. Elles coordonneront également les activités des professionnels médicaux et médico-sociaux de proximité, pour organiser des filières de soins, améliorer la vie quotidienne des malades et leur insertion sociale. La désignation des centres doit intervenir par arrêté ministériel avant la fin de l'année 2004.


* 80 millions d'euros pour le ministère de la Santé et de la Protection sociale et 20 millions d'euros pour la ministère de la Recherche.

** Les maladies rares sont recensées sur le site « Orpha.net » : cliquer ici 
*** Parmi les maladies d'origine génétique, la mucoviscidose est la plus fréquente. Elle touche un nouveau-né sur 3000 en France.

 

Interview

 

 

 

Françoise Antonini est la Déléguée générale de « l'Alliance maladies rares », qui regroupe 135 associations. A ce titre, elle a participé à l'élaboration du plan quinquennal.

 

 

 

 

 

Où en est-on de la mise en oeuvre du plan?
Députés et sénateurs ont déjà adopté la loi de santé publique. Son volet sur l'amélioration de la prise en charge des maladies rares se concrétise par la mise en place d'un plan sur cinq ans, de 2004 à 2008. Plusieurs groupes de travail se sont mis en place autour de thèmes précis : organisation de la filière des soins, recherche, information des professionnels de santé, des malades et de leurs familles, prise en charge par la sécurité sociale... Pour les centres de références, l'une des mesures phares du plan, un appel d'offre a été lancé en mai auprès de tous les hôpitaux. Les établissements avaient jusqu'à septembre pour faire acte de candidature. Un comité national de labellisation s'est réuni fin octobre et a proposé une première liste de centres de référence au Ministre, qui doit rendre son arbitrage incessamment.

 

Quel regard d'ensemble portez-vous sur ce dispositif ?

Même si tous les détails n'en ont pas encore été officiellement communiqués, le simple fait qu'il existe est déjà une reconnaissance de la problématique et de la spécificité de ces maladies dans notre système de santé. Le Téléthon et l'action de l'Alliance auprès des ministères de la Recherche et de la Santé ne sont pas étrangers à cette évolution des mentalités. Nous ne pouvons pas en mesurer la portée, mais nous sommes sûrs que ce plan entraînera des améliorations. Dans le domaine de la recherche, par exemple, il y aura sans doute un peu plus de pérennité.

 

Quelles améliorations concrètes les malades et leur entourage peuvent-ils attendre dans leur vie quotidienne ?

La création de centres de référence constitue une réelle amélioration, qui sortira les malades et leurs familles de leur isolement. Ils sauront à qui s'adresser. Par ailleurs, ces centres établiront les modalités de prise en charge. Quand ils indiqueront que tel malade doit prendre tel médicament et bénéficier de tel remboursement, la Sécurité sociale suivra. Pour l'heure, les médecins des Caisses primaires d'Assurance maladie ne connaissent pas les pathologies et il est souvent très difficile pour les malades de se faire rembourser.  Enfin, dans la mesure où la loi de santé publique organise un découpage régional, il était primordial qu'au niveau des maladies rares, le système de soin reste national et qu'un malade habitant Marseille et devant se déplacer à Lille pour y être soigné puisse être remboursé. Ce point est acquis.

 

Que faut-il encore améliorer?

Nous avons encore deux sujets d'inquiétude. D'abord la façon dont le plan sera appliqué. Nous ne savons pas encore comment cela se passera réellement sur le terrain. L'autre préoccupation concerne les budgets. Malgré le montant de l'investissement consacré aux centres de référence*, nous avons toujours peur que les financements ne soient pas à la hauteur des espérances et des nécessités.

 

*D'ici 2008, 40 millions d'euros doivent être consacrés à la mise en place de ces centres de référence et au recrutement de leurs personnels.

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