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La Cnam ausculte les médecins et leurs prescriptions (octobre 2004)
Antalgiques et psychotropes restent les médicaments les plus vendus en France, et les médicaments prescrits sont de plus en plus chers. C'est ce qui ressort d'une étude de la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) portant sur l'année 2003. Celle-ci s'intéresse également à la démographie du corps médical.

Une croissance inexorable. En 2003, les différents régimes d'assurance maladie ont remboursé plus de 2,5 milliards de boites ou flacons de médicaments, pour un montant total de 16,5 milliards d'euros (+4,6% par rapport en 2002). Cette hausse en valeur est nettement supérieure à l'augmentation en quantité (+0,7%). En 2003, les médecins n'ont donc pas prescrit beaucoup plus de produits que l'année précédente, mais ces produits étaient plus chers.

Un classement sans surprise. Antalgiques et psychotropes monopolisent toujours les premières places du classement. Les quatre médicaments les plus vendus sont des anti-douleurs. Et trois somnifères, anxiolytiques ou antidépresseurs figurent parmi les 25 premiers. A noter qu'en valeur, les 10 premiers produits constituent à eux seuls 14% des dépenses.

Le déremboursement, partiel ou total, des produits à SMR* insuffisant n'a entraîné qu'une chute modérée de leurs ventes (-7%). Deux points sont cependant jugés encourageants par la Cnam : la campagne sur les antibiotiques a entraîné une baisse significative de la consommation et le recours aux génériques augmente. Quand un médicament existe en version générique, c'est plus d'une fois sur deux ce dernier qui est délivré.


De plus en plus de professionnels. Le nombre global de professionnels de santé** a encore augmenté en 2003 (+0,8%, hors laboratoires). Depuis 1980, le nombre de médecins généralistes a ainsi augmenté de 38% et celui des spécialistes de 67%. Dans le même temps, la population française n'augmentait que de 11%.

La croissance du nombre des médecins s'est toutefois nettement ralentie depuis 1997. En  2003, ils étaient même 362 de moins qu'en 2002. En revanche, après trois ans de légère régression, l'effectif des dentistes est de nouveau en hausse (+0,3%).


Les inégalités géographiques demeurent.
Ile de France, Rhône-Alpes et Provence continuent d'attirer massivement les professionnels de santé. Les disparités régionales demeurent donc très importantes, avec des différences de densité allant de 1 à 2 pour les généralistes (144 médecins pour 100.000 habitants en Picardie, près du double en Provence-Alpes-Côte d'Azur) et même de 1 à 7 pour les spécialistes. Les régions à faible densité médicale sont pourtant celles où les revenus des professionnels de santé sont les plus élevés, en raison d'une activité plus soutenue.

 * SMR : Service médical rendu.
** Professionnels de santé : médecins généralistes et spécialistes, infirmiers, pharmaciens, masseurs-kinésithérapeutes, etc.

 

Interview

" Imaginons une autre médecine"

Bruno Ventelou est économiste à l'Inserm-ORS (Institut national de la santé et de la recherche médicale – Observatoire régional de santé) de Provence-Alpes-Côte d'Azur, à Marseille.

Que pensez-vous des résultats de l'étude sur la consommation de médicaments en France ? 

C'est un domaine dans lequel nous avons toujours été en tête de tous les classements ! Rien n'incite les médecins à sortir du schéma maladie-pharmacopée, et à participer à une politique de bon usage du médicament. Il faudrait que les généralistes agissent en amont, donnent davantage de conseils en matière de nutrition et d'hygiène de vie. Et si les maladies se déclarent, il faut éduquer les patients, leur apprendre à suivre sérieusement les traitements, leur expliquer comment reprendre certains médicaments par soi-même, lesquels et dans quels cas... C'est un vrai défi de politique de santé publique.

 
Cette forte consommation ne signifie-t-elle pas, malgré tout, que l'on prend mieux en compte certains problèmes que chez nos voisins ?

C'est vrai qu'il ne faut pas avoir un regard manichéen. La forte consommation d'antalgiques est effectivement le signe d'une meilleure prise en charge de la douleur. Dans certains cas, les impacts économiques peuvent même être positifs. Quand vous allez chez le médecin parce que vous avez les jambes lourdes, il vous prescrit un vasodilatateur. Mais ce faisant, il vous évite peut-être une phlébite et une hospitalisation. Je suis, en revanche, beaucoup plus sceptique en ce qui concerne la légitimité de l'usage généralisé des psychotropes.


Des éléments vous ont-ils surpris dans l'étude sur la démographie médicale ?

J'ai effectivement été surpris de découvrir que les revenus des médecins sont plus élevés dans les zones rurales. Cela ne me paraissait pas évident. Il y a donc au moins deux modèles possibles d'exercice de cette activité, à condition d'accepter de travailler beaucoup plus. Mais on peut imaginer que nous vivons la fin d'une période : le vieux médecin de campagne totalement dévoué à sa mission est en train de disparaître. Et les plus jeunes n'ont pas forcément envie de sacrifier leur vie de famille, loin des grandes villes. Ce qui prouve aussi la limite des incitations économiques, puisque, même s'ils y gagnent moins bien leur vie,  les médecins continuent malgré tout de s'installer massivement aux mêmes endroits.


Les ressorts ne peuvent donc plus être uniquement et purement économiques ?

Il faut, en effet, imaginer une autre médecine, davantage basée sur la prévention et l'éducation, avec des modes de rémunérations qui récompensent ces efforts et qui seraient, en partie au moins, déconnectés du nombre d'actes réalisés... Je ne pense pas que les généralistes français soient vénaux. En tenant compte de l'inflation, leurs honoraires n'ont pas évolué depuis une quinzaine d'années. Ils auraient même plutôt diminué. On peut donc comprendre que les médecins tentent de compenser. Mais il faut maintenant passer à autre chose, leur proposer des « contrats » plus larges que le paiement à la consultation, mettre en place un système de suivi médical à l'année, moyennant abonnement, de leurs patients. Et vous verrez que les résultats se feront également sentir sur la consommation de médicaments.

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