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Une croissance inexorable.
En 2003, les différents régimes d'assurance maladie ont
remboursé plus de 2,5 milliards de boites ou flacons de médicaments, pour un
montant total de 16,5 milliards d'euros (+4,6% par rapport en 2002). Cette
hausse en valeur est nettement supérieure à l'augmentation en quantité (+0,7%).
En 2003, les médecins n'ont donc pas prescrit beaucoup plus de produits que
l'année précédente, mais ces produits étaient plus chers.
Un classement sans surprise. Antalgiques
et psychotropes monopolisent toujours les premières places du classement. Les
quatre médicaments les plus vendus sont des anti-douleurs. Et trois somnifères,
anxiolytiques ou antidépresseurs figurent parmi les 25 premiers. A noter qu'en
valeur, les 10 premiers produits constituent à eux seuls 14% des
dépenses.
Le déremboursement, partiel ou total, des produits à SMR* insuffisant
n'a entraîné qu'une chute modérée de leurs ventes (-7%). Deux points sont
cependant jugés encourageants par la Cnam : la campagne sur
les antibiotiques a entraîné une baisse significative de la consommation et le
recours aux génériques augmente. Quand un médicament existe en version
générique, c'est plus d'une fois sur deux ce dernier qui est délivré.
De plus en plus de professionnels.
Le nombre global de professionnels de santé** a encore
augmenté en 2003 (+0,8%, hors laboratoires). Depuis 1980, le nombre de médecins
généralistes a ainsi augmenté de 38% et celui des spécialistes de 67%. Dans le
même temps, la population française n'augmentait que de 11%.
La croissance du nombre des médecins s'est toutefois nettement ralentie
depuis 1997. En 2003, ils étaient même 362 de moins qu'en
2002. En revanche, après trois ans de légère régression, l'effectif des
dentistes est de nouveau en hausse (+0,3%).
Les inégalités géographiques demeurent.
Ile de France, Rhône-Alpes et Provence continuent
d'attirer massivement les professionnels de santé. Les disparités régionales
demeurent donc très importantes, avec des différences de densité allant de 1 à 2
pour les généralistes (144 médecins pour 100.000 habitants en Picardie, près du
double en Provence-Alpes-Côte d'Azur) et même de 1 à 7 pour les spécialistes.
Les régions à faible densité médicale sont pourtant celles où les revenus des
professionnels de santé sont les
plus élevés, en raison d'une activité plus
soutenue.
* SMR : Service médical
rendu. **
Professionnels de santé : médecins généralistes et spécialistes,
infirmiers, pharmaciens, masseurs-kinésithérapeutes,
etc.
Interview
" Imaginons une autre
médecine"
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Bruno Ventelou est économiste à l'Inserm-ORS (Institut
national de la santé et de la recherche médicale – Observatoire régional
de santé) de Provence-Alpes-Côte d'Azur, à
Marseille. |
Que pensez-vous
des résultats de l'étude sur la consommation de médicaments en France
?
C'est un domaine dans lequel nous avons toujours été en tête de tous
les classements ! Rien n'incite les médecins à sortir du schéma
maladie-pharmacopée, et à participer à une politique de bon usage du médicament.
Il faudrait que les généralistes agissent en amont, donnent davantage de
conseils en matière de nutrition et d'hygiène de vie. Et si les maladies se
déclarent, il faut éduquer les patients, leur apprendre à suivre sérieusement
les traitements, leur expliquer comment reprendre certains médicaments par
soi-même, lesquels et dans quels cas... C'est un vrai défi de politique de santé
publique.
Cette forte consommation ne
signifie-t-elle pas, malgré tout, que l'on prend mieux en compte certains
problèmes que chez nos voisins ?
C'est vrai qu'il ne faut pas avoir un regard manichéen. La forte
consommation d'antalgiques est effectivement le signe d'une meilleure prise en
charge de la douleur. Dans certains cas, les impacts économiques peuvent même
être positifs. Quand vous allez chez le médecin parce que vous avez les jambes
lourdes, il vous prescrit un vasodilatateur. Mais ce faisant, il vous évite
peut-être une phlébite et une hospitalisation. Je suis, en revanche, beaucoup plus sceptique en ce qui concerne la
légitimité de l'usage généralisé des
psychotropes.
Des éléments
vous ont-ils surpris dans l'étude sur la démographie médicale
?
J'ai
effectivement été surpris de découvrir que les revenus des médecins sont plus
élevés dans les zones rurales. Cela ne me paraissait pas évident.
Il y a donc au moins
deux modèles possibles d'exercice de cette activité, à condition d'accepter de
travailler beaucoup plus. Mais on peut imaginer que nous vivons la fin d'une
période : le vieux médecin de campagne totalement dévoué à sa mission est
en train de disparaître. Et les plus jeunes n'ont pas forcément envie de
sacrifier leur vie de famille, loin des grandes villes.
Ce qui prouve aussi la
limite des incitations économiques, puisque, même s'ils y gagnent moins bien
leur vie, les médecins continuent malgré tout de s'installer
massivement aux mêmes
endroits.
Les ressorts ne peuvent donc plus
être uniquement et purement économiques ?
Il faut, en effet, imaginer une autre médecine, davantage basée sur la
prévention et l'éducation, avec des modes de rémunérations qui récompensent ces
efforts et qui seraient, en partie au moins, déconnectés du nombre d'actes
réalisés... Je ne pense pas que les généralistes français soient vénaux. En
tenant compte de l'inflation, leurs honoraires n'ont pas évolué depuis une
quinzaine d'années. Ils auraient même plutôt diminué. On peut donc comprendre
que les médecins tentent de compenser. Mais il faut maintenant passer à autre
chose, leur proposer des « contrats » plus larges que le paiement à la
consultation, mettre en place un système de suivi médical à l'année, moyennant
abonnement, de leurs patients. Et vous verrez que les résultats se feront
également sentir sur la consommation de
médicaments.
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