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Un contexte propice. Même si la tendance s'est légèrement infléchie,
la croissance des demandes de remboursement de médicaments est restée vive en
2003 : + 6,3 % pour le régime général. La dépense moyenne de médicaments
par habitant en France atteint ainsi près de 1,5 fois celle de l'Allemagne ou de
l'Espagne.
Par
ailleurs, en avril 2004, les génériques représentaient 13% des boîtes de
médicaments vendues en France, contre 30% en Allemagne, 50% en Grande-Bretagne
et 51% aux Etats-Unis.
Développer le marché des génériques.
L'objectif des pouvoirs
publics est de doubler ce marché d'ici à 2007. Pour ce faire, la gamme des
produits génériques sera étendue. Le gouvernement entend également mettre
l'accent sur une politique des prix donnant beaucoup plus d'importance à la
concurrence. L'objectif est de voir le prix des médicaments génériques déjà
commercialisés diminuer de près de 10%. Les nouveaux génériques devraient, pour
leur part, apparaître dans les pharmacies à des tarifs inférieurs de 40 à 50% à
ceux des médicaments de marque correspondant**.
D'autre part si, « au terme d'une
montée en charge raisonnable, par exemple de l'ordre d'une année », la
part de marché du générique dans son groupe de médicaments n'atteint pas 60%,
les pouvoirs publics diminueront le remboursement du médicament d'origine pour
l'amener à la hauteur de celui du générique.
L'effort des laboratoires.
Selon le plan, les
laboratoires devront « s'engager à développer l'utilisation de ces
médicaments moins onéreux pour la collectivité ». Par ailleurs, la taxe
sur la promotion des médicaments sera augmentée et la hausse de la taxe
exceptionnelle sur le chiffre d'affaire des laboratoires pharmaceutiques sera
pérennisée. Enfin, conformément à une directive de Bruxelles, le délai au terme
duquel un médicament peut être copié par les fabricants de génériques passera de
15 à 10 ans.
En
compensation de ces efforts, le gouvernement a promis aux laboratoires de
permettre un meilleur remboursement des médicaments innovants.
* Un médicament générique est la réplique
exacte en termes de dosage, de principe actif et d'efficacité d'un médicament de
référence qui n'est plus protégé par un monopole
d'exploitation.
** Contre 28% en moyenne
actuellement.
Interview
Jean de Kervasdoué : "Ne
pas attendre un excès de vertu"
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Jean de Kervasdoué est professeur
d'économie de la santé au Conservatoire national des arts et
métiers. |
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Comment expliquez-vous la faible pénétration des médicaments
génériques en France ?
Il y a au moins deux raisons à la faible
utilisation des génériques dans notre pays. D'abord la différence entre leur
prix et celui du médicament dont ils sont tirés est moins importante en France
qu'ailleurs. A cet égard, la baisse des tarifs des génériques prévue dans le
plan du gouvernement me semble judicieuse. Ensuite, la politique menée depuis
plusieurs années est avant tout incitative. La puissance publique ne peut rien
faire pour contraindre les médecins à prescrire des génériques. Et dans ce
domaine, rien ne va changer.
Quelles autres réserves
formulez-vous ?
Paradoxalement, le fait de rembourser le
médicament d'origine au même prix que ses copies n'est pas bon pour le marché
des génériques. En effet, sachant que le médicament de base ne coûtera pas plus
cher que son générique à la Sécurité sociale, le médecin n'aura aucune raison de
prescrire un médicament qu'il ne connaît pas à la place de celui qu'il prescrit
depuis des années.
L'incitation ne pourra donc venir que du patient.
Mais celui-ci est souvent « attaché » à son médicament. Et s'il a une
mutuelle, il n'a pas de raison non plus de choisir le générique. Il ne faut
jamais demander aux gens un excès de vertu. Si vous voulez créer un marché, il
faut donc conserver une différence de coût entre les génériques et les
médicaments dont ils sont tirés.
Le plan table aussi sur un effort des laboratoires. Qu'en
pensez-vous ?
Il y a deux
types de laboratoires. D'un côté, ceux qui ne fabriquent que des médicaments
génériques. Ceux-là en fabriqueront encore plus. A condition que le marché
existe, ce qui nous ramène à la question précédente. Quant aux autres, ils
feront un effort. Mais vous connaissez la recette du pâté d'alouette : un
cheval et une alouette. J'ai peur qu'il n'y ait pas plus de médicaments
génériques parmi les produits que proposeront les grands laboratoires qu'il n'y
a d'alouette dans le pâté.
D'autre
part, ces laboratoires vont continuer à travailler et, espérons-le, à découvrir
de nouvelles molécules, plus efficaces, qui ne pourront pas être copiées avant
dix ans. Ces nouveaux médicaments, logiquement, seront prescrits plus souvent,
atténuant d'autant le poids des génériques sur le marché...
L'objectif consistant à doubler la part des génériques en
France vous paraît-il cependant crédible ?
Disons que s'il est atteint, ce sera une vraie
réussite. Deux éléments permettent toutefois d'envisager un bon résultat :
l'abaissement de 15 à 10 ans de la période de protection des brevets des
médicaments et le fait que de nombreuses grandes molécules sont sur le point de
tomber dans le domaine public. Il y aura donc une croissance des génériques. De
là à dire que cela permettra un milliard d'euros d'économies par
an...
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