English  |  Español  |  Portuguese  |  Italiano                                 Contact | Newsletter
 


















 
Risque-Prévoyance  Magazine
Actualités I Ailleurs I Au quotidien I Sommaire
 
Plan canicule : prévenir et alerter d'abord (juin 2004)
L'Insee estime à près de 15.000 décès la surmortalité liée à la canicule de l'été 2003, le plus chaud depuis cinquante ans. Pour éviter qu'une telle catastrophe se reproduise, le ministre de la Santé a présenté, début mai, un plan d'action. Prévention, dispositif d'alerte et solidarité en sont les bases.

Recenser les personnes à risques. Pierre angulaire du dispositif, l'Institut de veille sanitaire (InVS) est chargé de la collecte des données sanitaires et des informations fournies par Météo France. Parallèlement, dans le cadre d'un plan Vermeil, le ministère de la Santé propose aux mairies de recenser les personnes souhaitant s'inscrire sur les listes de personnes vulnérables. En cas de pic de chaleur, c'est au directeur de l'InVS en personne qu'incombe la responsabilité de prévenir le ministre. Le plan s'articule en effet autour de quatre niveaux d'alerte. Le premier (vigilance) sera automatiquement activé, chaque année, entre le 1er juin et le 1er octobre. Il prévoit une veille climatique et sanitaire, ainsi que la diffusion de messages de sensibilisation.

Une montée en puissance adaptée. Déclenché par le ministre de la Santé, le deuxième niveau (alerte) consiste en la mise en place de cellules de crise, pilotées par les préfets et destinées à coordonner les actions. Au niveau 3 (intervention), c'est le Cogic (Comité interministériel de gestion des crises), qui centralise les informations et diffuse les instructions sur le terrain. Les plans de mobilisation des hôpitaux, services d'urgence, sécurité civile et pompiers sont activés. Les associations de bénévoles sont également mobilisées. Enfin, si les risques menacent de « porter atteinte à l'ordre public », le dernier niveau (réquisition) permet au Premier Ministre de réquisitionner tous les moyens, civils et militaires, nécessaires à la gestion d'une telle crise. 

Prévention d'abord. Mais avant d'en arriver là, l'accent est mis sur la prévention. Tout l'été, la population recevra ainsi des conseils pour se protéger de la chaleur et sera tenue informée en temps réel du niveau d'alerte. Une carte « Vigilance chaleur » sera, notamment, publiée chaque jour à 6 heures et 18 heures. Dans le même esprit, les préfets ont recensé les associations de bénévoles et vérifié leurs dispositifs de permanence estivale. Mais les pouvoirs publics en appellent également à la solidarité de tous : familles, voisins, amis.

Le soutien aux services d'urgence. Le dernier aspect du plan prévoit de donner aux établissements spécialisés les moyens de faire face à une éventuelle crise. L'État financera ainsi à hauteur de 40% l'achat d'appareils rafraîchissants, pour que chaque établissement dispose d'une pièce où la température ne dépassera pas 25°. Entre 20 et 40 millions d'euros seront débloqués dans ce but*. Enfin, les infirmières pourront bénéficier d'un déplafonnement de leurs quotas d'heures supplémentaires, et les malades présents dans les services d'urgence pourront être réorientés vers les autres services des hôpitaux. 

*Ministre et professionnels ont toutefois admis fin mai que les délais ne seraient pas respectés et que toutes les maisons de retraites ne seraient pas équipées cet été.

  

Interview

Au-delà du plan canicule

  Luc Broussy est le délégué général du Synerpa, le Syndicat national des établissements et résidences privés pour personnes âgées, qui regroupe plus de 1200 maisons de retraite.

Globalement, que pensez-vous du plan canicule qui a été mis en place par le gouvernement ?

Je suis partagé. Dans l'ensemble, je l'approuve. Mais en même temps je pense que l'on est complètement passé à côté du sujet. Si la prise de conscience de l'ensemble de la société a été réelle, elle n'a toutefois pas amené de réponses à la hauteur des enjeux. En l'occurrence, on s'est rendu compte que toutes les personnes âgées n'étaient pas les seniors que nous vantent les magazines et les publicitaires. Mais la réflexion sur la façon dont notre pays prend en charge ces personnes âgées, fragiles et vulnérables, n'a toujours pas été véritablement menée.
Il y a un proverbe chinois qui me vient à l'esprit et qui dit que quand le sage montre la lune du doigt, l'idiot regarde le doigt. Aujourd'hui, on en est là. La lune, c'est le problème du vieillissement en France. Le doigt, c'est la salle climatisée. 

 
Il y a tout de même d'autres mesures que la climatisation dans le plan...  

Bien sûr. La mise en place d'un dispositif d'alerte, par exemple, est une bonne idée. D'ailleurs, il serait bon de généraliser ce type de procédures pour les épidémies de grippe ou toute autre menace comparable. Mais, honnêtement, je suis certain que, même sans ce plan canicule, nous ne risquons pas de revivre le drame de l'an dernier. Tout simplement parce qu'après avoir été surpris par l'ampleur du phénomène en 2003, tous les professionnels s'attendent à ce qu'il fasse au moins aussi chaud cette année. Ils sont donc prêts à réagir. Par ailleurs, les gens sont sensibilisés. Ils savent désormais que des chaleurs aussi élevées peuvent avoir des conséquences catastrophiques. 

 
A ce propos, le plan fait également appel à la solidarité de tous les Français. Pensez-vous qu'il ait de réelles chances d'être suivi d'effets dans ce domaine ?

J'en suis d'autant plus convaincu que, contrairement a ce qui été dit, la solidarité s'était déjà manifestée l'an dernier. De nombreux sociologues ont souligné la vivacité, par rapport à d'autres pays, de la solidarité familiale. De notre côté, nous n'avons, par exemple, jamais éprouvé de difficultés quand il s'agissait d'obtenir le concours des familles, qui sont, massivement, venues nous prêter main forte.

 
Reste que, selon vous, rien n'est réglé pour autant, n'est-ce pas ? 

S'il s'agissait de se préparer à la prochaine canicule, ce travail est fait et bien fait. Mais effectivement cela ne suffit pas. Il y a aujourd'hui un peu plus d'un million de personnes de plus de 85 ans en France. Elles seront un million et demi en 2010 et près de deux millions en 2015. Ce qui veut donc dire que leur nombre va pratiquement doubler en 10 ans. L'enjeu n'est donc clairement pas dans le fait qu'elles disposent ou pas d'une salle réfrigérée. Ce qu'il faut, c'est une politique qui nous permette, par exemple, de recruter des personnels qui auront au préalable été formés. J'attends donc, quand nous aurons passé l'été, que l'on s'attaque au problème de fond. Et nous serons notamment très vigilants sur l'application de la loi concernant la solidarité avec les personnes âgées et handicapées.

Retour


© Copyright CNP Assurances.
Tous droits réservés. Les reproductions de toute ou partie des informations publiées sur le site Internet CNP sous quelque forme ou support sans l'autorisation expresse de la CNP sont interdites. Seuls sont autorisés l'envoi électronique des articles par les moyens mis à disposition par la CNP ou l'impression à des fins d'archivage ou de consultation en mode déconnecté.