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'' Il existe peu d'arguments macro-économiques purs qui
permettent de trancher entre les différents systèmes de gestion des retraites.
Il faut s'intéresser à d'autres arguments qui sont d'essence micro-économique,
liés à l'équité, au financement des petites entreprises et à la nature du
capitalisme, et non pas aux évolutions macro-économiques essentielles.
"
Je dirai du mal d'arguments macro-économiques sans citer leurs
auteurs.
Tout d'abord, le vieillissement, auquel nous devons nous attendre et
dont nous savons qu'il sera considérable (je rappelle un chiffre : si nous
restions dans le système actuel de retraite, sans changer les règles, en 2015
nous devrions consacrer 20% du PIB à verser des retraites contre 12,5%
aujourd'hui), est souvent avancé comme un argument imposant la création de fonds
de pension avec l'idée que les systèmes de répartition ne peuvent pas y faire
face et subsister.
L'idée est avancée qu'inexorablement, il faudrait créer des fonds de
pension dans cette situation démographique pour suppléer à l'inefficacité des
systèmes de répartition, ce qui est faux.
Ce qui compte, du point de vue de la macro-économie, c'est la partie du
revenu national, la part du PIB qui est consacrée au paiement des retraites :
12,5% du PIB aujourd'hui et, dans 20 ans, 20%. Cela dit, il n'a absolument pas
été indiqué comment le système de retraite était organisé et la façon dont
seraient versés ces 20% du PIB aux retraités. Cette manière de distribuer des
retraites, que ce soit de la capitalisation, de la répartition ou même d'autres
systèmes, est très peu importante.
L'élément principal est le prélèvement de 20% du PIB fabriqué par les
actifs pour le distribuer aux retraités. Dans un système de répartition pure,
ceci est effectué sur le revenu du travail en prélevant les cotisations sociales
sur les salaires ou les autres produits d'activité. Dans un système de
capitalisation pure, cela est réalisé sur le revenu du capital. Dans un système
plus général, il pourrait s'agir d'un mélange des deux, en prenant à la fois du
revenu du travail et du capital.
Cela n'a pas d'importance. Il n'existe aucune différence structurelle
entre les deux systèmes liés au vieillissement. Le seul problème est de savoir
ce que les futurs actifs accepteront que l'on prélève sur le revenu national
chaque année, pour le distribuer aux futurs inactifs, et non pas la façon
technique d'organiser ce prélèvement. Il n'existe aucun lien macro-économique à
ce stade d'analyse, entre l'évolution démographique future et la façon dont on
doit organiser le système de retraite.
La seule question à poser est celle du niveau de vie relatif des actifs
et inactifs, quand leur proportion dans la population change considérablement.
Cet élément pose la question très importante, en comparant les systèmes de
protection sociale, des prélèvements obligatoires publics et privés. Si l'on
privatise la protection maladie, les retraites, l'éducation, on substitue des
prélèvements obligatoires privés aux prélèvements obligatoires publics, mais le
revenu disponible pour la consommation est identique. Il n'existe pas d'effet
macro-économique du choix entre ces deux systèmes.
En revanche, le vieillissement a des effets macro-économiques qui ont
des effets complexes et extrêmement importants, si l'on veut analyser de façon
raisonnable ce qui est devant nous et ce qui représente l'avenir probable des
différents systèmes de retraite.
De quel monde sortons-nous ? D'un monde où, depuis le milieu des années
1970, la population adulte active est extrêmement importante à l'inverse de la
population des retraités. Nous avons une démographie largement en faveur de la
population adulte active.
Que se passe-t-il dans ce cas ?
En 1995, la population intéressante - celle des 24-59 ans -,
représentait 46% de la population totale. Nous sommes passés par un creux dans
les années 1970, avec 40%. Nous retrouvons les niveaux des années 1950 et du
début des années 1960 avec une chute à partir du début du siècle
prochain.
Pour les plus de 60 ans, nous sommes aujourd'hui à 20% et nous serons
même à 30% dans une trentaine d'années. Du point de vue de la macro-économie,
l'effet de ces structures démographiques, avec beaucoup d'actifs et peu de
retraités, est que nous sommes dans une situation de forte épargne.
A partir du milieu des années 1980, nous nous situons dans un niveau de
taux d'épargne important qui devient substantiellement supérieur au taux
d'investissement. Nous entrons de plus en plus dans une situation où nous avons
des excédents extérieurs.
Que se passe-t-il ? Dans une situation économique comprenant de
nombreux actifs qui commencent à être dans la partie 40-60 ans, qui est la plus
intéressante en raison du fait que les personnes épargnent beaucoup, et au-delà
de leurs besoins, le taux d'épargne devient supérieur au taux d'investissement.
Il existe assez peu de consommation, des excédents extérieurs et, conjointement,
très peu d'inflation, car l'importance de l'épargne génère une situation de
faible demande.
C'est l'équilibre macro-économique des années 1985-2000, tout à fait
différent de celui des années 1970 où nous avions un creux démographique, avec
la période des enfants nés avant ou pendant la guerre. Nous sommes dans
l'équilibre macro-économique inverse : des déficits extérieurs, beaucoup
d'inflation et peu d'épargne, car il existait alors peu d'actifs en âge
d'épargner, mais de nombreux inactifs et beaucoup de demandes.
Ce sont des cycles qui durent une quinzaine d'années, liés à la
démographie. Dans les périodes où la population active est nombreuse, nous
n'avons pas d'inflation, beaucoup d'épargne, mais peu de demandes et de
croissance et, dans les périodes où la population active est peu nombreuse, nous
avons beaucoup d'inflation et de croissance parce qu'il y a beaucoup de demandes
de jeunes et une épargne insuffisante.
Quel est l'effet sur les marchés financiers ?
Les marchés financiers sont parfaitement liés à l'évolution de
l'épargne. Dans les années 1970 il n'existait pas assez d'épargne et les cours
boursiers étaient très déprimés, avec un PER à Wall Street de 7%. Dans les
années 1980 et 1990, nous constatons un excès d'épargne, un excès des
investissements sur les marchés financiers, une très forte hausse des cours
boursiers et le PER à Wall Street atteint des niveaux très élevés.
Nous avons une compréhension assez raisonnable de l'évolution cyclique
longue de nos économies avec l'introduction de la démographie comme facteur
explicatif majeur de ces évolutions.
Quelle est la conséquence ? Un autre argument avancé en faveur des
fonds de pension, de nature macro-économique, est celui du rendement des fonds
de pension qui, structurellement, est plus fort que le rendement de la
répartition. Depuis le milieu des années 1980, les taux d'intérêt réels ont été
beaucoup plus élevés que la progression du salaire réel, autour de 1% par an,
alors que les taux d'intérêt réels sont plus élevés.
Le rendement de la capitalisation dans la très longue période est très
supérieur au rendement de la répartition. Les taux d'intérêt réels sont très
supérieurs au taux de salaires réels.
Bien évidemment, cela n'est vrai à nouveau que dans les périodes où la
population active en âge d'épargner est nombreuse. Ces périodes de peu de
croissance génèrent beaucoup de chômage. De ce fait, les salaires réels
augmentent peu et, compte-tenu d'une épargne importante, les rendements
financiers réels sont très élevés. De plus, la comparaison du rendement de la
répartition et de la capitalisation est liée au cycle démographique.
Nous sortons de quinze années (avec encore quelques années devant nous,
peut-être jusqu'au milieu de la prochaine décennie) où les rendements des actifs
financiers seront supérieurs au rendement de la répartition, ce qui est lié à la
situation cyclique démographique. Mais, dans vingt ans ou trente ans, nous
aurons la situation inverse avec une progression des salaires réels plus forte
que les rendements financiers, du fait d'une population active et de rendements
financiers faibles.
Dire qu'il faut faire de la capitalisation parce que cela rapporte plus
ne se révèle exact que pendant vingt-cinq ans tous les cinquante ans. Ce ne sera
pas le cas en 2005 et 2030.
J'aborderai la façon dont il faut réfléchir d'un point de vue
micro-économique à cette question, en abandonnant les arguments
macro-économiques erronés et faux et en s'intéressant aux éléments beaucoup plus
importants liés à l'équité et au fonctionnement de la micro-économie.
Premier argument : le salaire n'est plus, dans les économies modernes
internationalisées avec beaucoup de concurrence comme aujourd'hui, le moyen
normal de distribuer les résultats des entreprises. Celles qui ont des résultats
très importants ne les distribuent pas à leurs salariés sous forme de salaires.
Nous pourrions dire que la répartition des fruits de la croissance ne peut plus
se faire par le salaire, mais doit s'effectuer au moyen d'autres
instruments.
Bien évidemment, tous ceux qui tournent autour des systèmes de retraite
avec les possibilités d'abondement des entreprises ont sans doute beaucoup plus
d'avenir que le salaire et je ne crois pas que nous reverrons la possibilité,
dans le monde où nous sommes actuellement, de distribuer sous forme de hausse
des salaires réels les gains de profitabilité des entreprises.
Il faut sortir de la société salariale. Elle ne permet pas de répartir
les fruits de la croissance ou du bien-être et de la bonne santé des
sociétés.
Un autre argument est celui du financement de l'économie. Nous ne
manquons pas d'épargne. Il ne faut pas la présenter d'un point de vue
macro-économique. Nous sommes dans une situation d'excès structurel d'épargne.
L'ensemble des pays de la zone euro a 150 milliards de dollars d'excédents
extérieurs, mais nous ne savons financer que les grandes sociétés cotées dans
les indices boursiers et non pas les petites entreprises, celles en création, et
les entreprises de haute technologie. Ici, il existe tout un champ d'activité
pour les fonds de pension et d'investissements.
Troisièmement : la répartition génère des distorsions fiscales tout à
fait désastreuses que nous pourrions modifier en donnant comme ressources au
système de répartition, des impôts assis sur l'ensemble des revenus (on a
commencé à le faire partiellement avec le RDS, mais le faire de façon globale et
complète serait un bouleversement absolument considérable pour le système fiscal
français, difficile à imaginer) : augmenter la capitalisation, diminuer les
distorsions fiscales en taxant les revenus du capital au lieu de taxer les
revenus du travail.
Un point sur l'équité. A nouveau, aujourd'hui, les salariés des grandes
entreprises bénéficient de situations privilégiées avec des retraites
complémentaires et des plans d'épargne entreprise, ce qui n'est pas le cas des
entreprises très petites, petites et moyennes. Le passage à un système avec des
fonds de pension permettrait à tous les salariés de disposer des mêmes avantages
que ceux des grandes entreprises.
Dernier point qui a été nettement démontré par les évolutions récentes
: il existe un problème de nationalité du capitalisme. Nous ignorons si nous
garderons des entreprises françaises. Nous vivons dans l'idée que nos grands
groupes sont encore des grands groupes français. En réalité, ils ont
essentiellement des actionnaires étrangers à leur capital et la nature française
n'est plus liée à la structure du chiffre d'affaires, de l'actionnariat, à la
stratégie en général, qui est une stratégie de développement international, mais
à la culture du dirigeant ou des dirigeants de ces groupes.
Il existe un risque majeur - ce qui s'est passé la semaine dernière le
démontre - que la prédominance du capital anglo-saxon dans les grands groupes
français fasse disparaître le capitalisme français (le noyau dirigeant ne
resterait pas de culture française) si nous ne parvenions pas à mettre en face
suffisamment d'investisseurs nationaux pour peser dans les choix du
management.
Il faut oublier les arguments macro-économiques, qu'ils soient liés à
la démographie, au rendement, ou à tout ce que nous venons de voir, et se
concentrer sur les autres arguments qui sont, soit d'égalité de traitement et
d'équité, soit liés au maintien d'un capitalisme français qui est très important
- la France serait le seul pays à ne pas le faire -, soit liés à des problèmes
de distorsions fiscales amenés par le système actuel de retraite, mais non pas
liés aux arguments très macro-économiques qui ont été les plus employés dans le
débat depuis quelques années. ''
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