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Les motifs. L'allongement de l'espérance
de vie, la diminution du nombre des actifs et l'arrivée à l'âge de la retraite
des générations nombreuses de l'après-guerre mettent en péril le financement des
régimes par répartition à partir de 2005. Les besoins de financement initiaux
ont été chiffrés à 43 milliards d'euros : 15 milliards pour le régime
général, 28 milliards pour les régimes de la fonction publique. Ce projet
résulte d'un processus de concertation avec les partenaires sociaux entamé en
février.
Régime général : durée et taux de cotisation.
Fruit d'une réforme précédente, la durée de cotisation nécessaire pour
bénéficier d'une retraite à taux plein dans le régime général passera à 160
trimestres d'ici 2008. La nouvelle réforme prévoit que cet allongement du temps
de cotisation se poursuivra ensuite, pour atteindre 41 ans en 2012 et près de 42
ans en 2020, soit une augmentation de 7 trimestres en 17 ans.
Les salariés et non salariés ayant commencé à travailler avant l'âge de
17 ans pourront partir à la retraite à partir de 56 ans (sous conditions,
notamment en terme de durée cotisée). Par ailleurs, les partenaires sociaux
seront incités à négocier autour de la notion de la pénibilité de certains
métiers.
Une hausse des cotisations vieillesse de 0,2 point est programmée pour
2006, à taux de prélèvements obligatoires inchangé (un équilibre doit être
trouvé par le biais d'une baisse de certaines autres cotisations, en
particulier chômage). Les paramètres de financement seront ensuite rediscutés
tous les cinq ans. Un prochain rendez-vous est prévu en 2008.
Les pensions versées. Selon le gouvernement, le
financement des pensions est assuré jusqu'en 2020 grâce à la réforme. Par
ailleurs, les salariés ayant travaillé au SMIC pendant 40 ans bénéficieront en
2008 d'un taux de remplacement (rapport entre la première pension et le dernier
salaire) d'au moins 85%, contre 81% en 2000. Les inégalités de traitement entre
mono-pensionnés et pluri-pensionnés seront supprimées, et la situation des
conjoints survivants sera améliorée (suppression de la condition d'âge – 55 ans
– pour les pensions de réversion dans le régime général ou alignement des
pensions de réversion des hommes sur celles des femmes dans les régime de la
fonction publique).
Une retraite personnalisée. Le taux de la décote,
actuellement de 10% par année manquante dans le régime de base, diminuera dès
2004, pour atteindre 5% en 2013 (pour les fonctionnaires, un système similaire
sera progressivement mis en place entre 2006 et 2020). Une surcote de 3% par an
est par ailleurs instituée à partir de 2004 pour permettre à ceux qui le
souhaitent d'améliorer leur pension de retraite en continuant de travailler
après 60 ans, et au-delà de la durée nécessaire pour bénéficier du taux plein.
Le rachat d'années d'études ou n'ayant pas donné lieu à cotisation, ainsi que la
cotisation sur une assiette à temps plein pour les salariés travaillant à temps
partiel seront désormais possibles, dans la limite de 12 trimestres. Le système
de la retraite progressive sera
accessible aux personnes ne disposant pas de la durée d'assurance nécessaire
pour le taux plein. Enfin, il est prévu une incitation fiscale en faveur
des salariés qui souhaiteront compléter leur pension par un mécanisme d'épargne
en vue de la retraite.
La fonction publique. Le nombre d'annuités
nécessaire pour atteindre le taux maximum de la pension passera de 37,5 à 40
d'ici 2008. Il évoluera ensuite comme pour les autres régimes. Le calcul de
la pension restera basé sur le traitement des 6 derniers mois d'activité et le
minimum garanti sera revalorisé de 5% pour les agents qui auront fait une
carrière complète. Cette pension sera améliorée par un régime complémentaire,
incluant les primes (dans la limite de 20% du salaire), et reposant sur une
cotisation payée à part égale par le fonctionnaire et son employeur. Les
avantages familiaux – comme la majoration de pension pour les parents de 3
enfants et plus (majoration dans la limite de trois enfants et sous réserve
d'une période d'interruption ou de réduction d'activité effectivement consacrée
à l'enfant) – sont préservés. Une majoration de la durée d'assurance d'un an
tous les 10 ans est prévue au bénéfice de certains personnels relevant du statut
de la fonction publique hospitalière.
Interview
« L'important est
qu'une direction soit clairement indiquée »
Gérard Cornilleau est directeur adjoint du département des études de l'OFCE,
l'Observatoire français des conjonctures économiques.
Que se serait-il passé si
aucune mesure n'avait été prise ?
Maintenir inchangés le ratio entre la pension moyenne et le salaire moyen
sans changer les conditions de départ à la retraite reviendrait à faire passer
les prestations retraites de 12,6 à 18,5% du PIB en 2040. En sens inverse,
stabiliser la part des retraites dans le PIB nécessiterait soit une baisse de
40% du pouvoir d'achat relatif des retraités, soit un recul d'environ 9 ans de
l'âge moyen de cessation d'activité. Mais il n'y avait pas pour autant d'urgence
absolue. Malgré le ralentissement économique, on ne constate pas, pour l'heure,
de tension très grande sur les régimes. Et il n'y en aura pas avant à peu près
cinq ans. La seule mesure qui pouvait présenter un certain caractère d'urgence,
c'est l'allongement de la durée d'activité dans le public, pour qu'elle puisse
s'appliquer progressivement.
Les calculs ont été
réalisés sur la base d'une nette amélioration sur le front du chômage. Ce
paramètre vous paraît-il assuré ?
Jusqu'à un certain point, oui. On ne considère pas que le niveau du chômage
puisse rester extrêmement élevé dans une conjoncture où la démographie devrait
quand même ralentir la progression de la population active. Même si le contexte
international a quelque peu modifié la donne depuis un ou deux ans, on n'est
tout de même jamais revenu à la situation antérieure à la reprise constatée à la
fin des années 90. Il ne s'agit que de mouvements conjoncturels qui
n'affecteront que peu une tendance nettement dessinée. La situation
macro-économique n'est pas telle qu'il faille imaginer le retour d'une
croissance lente pendant plusieurs années.
L'un des points clés
sera cependant l'emploi des seniors. Plus qu'une évolution économique, cela
n'implique-t-il pas un changement profond des
mentalités ?
Si, mais là encore, il faut nuancer. Si les départs se sont faits
de plus en plus précoces, si les seniors ont été remplacés par des jeunes, c'est
d'abord parce que la situation du travail était très dégradée. Dans une
conjoncture différente, et avec une baisse du chômage importante, les
comportements se modifieront spontanément.
L'allongement de la durée de
cotisation vous paraît-elle logique ?
Dans le principe, oui. L'objectif est plus de retarder l'âge moyen du
départ à la retraite que d'allonger la durée d'activité. On aurait donc pu jouer
directement sur ce paramètre et faire passer à 61 ou 62 ans l'âge requis pour
liquider sa retraite. Cela aurait néanmoins été moins juste que l'allongement de
la durée de cotisation, qui permet à ceux qui ont commencé à travailler très tôt
de partir à un âge plus précoce.
Que pensez-vous de la
possibilité de valider trois années d'études
universitaires ?
Les modalités de cette validation sont encore assez floues.
D'autre part, si aucun financement complémentaire n'intervient de la part de
l'Etat ou de l'employeur, le rachat de ces trois années risque de ne pas
constituer un investissement très intéressant. A la limite, les gens qui sont
dans cette situation auraient sans doute intérêt à investir dans un produit
d'épargne qui se révèlera plus rentable.
Pensez-vous que l'on
pourra éviter, à terme, une hausse des cotisations plus importante que celle qui
est prévue pour l'instant ?
Il est toujours délicat d'effectuer des calculs financiers à 40 ans.
Aujourd'hui, les régimes sont équilibrés. Les besoins de financement vont
apparaître à partir de 2008 et croître progressivement. Sauf crise financière
extrêmement grave, il n'y aura en effet pas de rupture brutale. En tenant un
raisonnement un peu global, on constate que si l'on réussit à faire passer l'âge
moyen du départ à la retraite de 57,5 ans à 62 ou 62,5 ans en 2040, les besoins
de financement seront à peu près satisfaits, avec toutefois des taux de
remplacement un peu en baisse. Mais tant d'inconnues sont à prendre en
considération qu'il ne sert pas à grand chose de faire des calculs plus fins à
un horizon aussi lointain.
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