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Un premier bilan.
Intitulé « Questions et
orientations pour 2008 », le quatrième rapport du Conseil d'orientation des
retraites doit permettre de préparer la première évaluation de la réforme des
retraites, prévue l'an prochain.
Le rapport commence par souligner la situation financière à
court terme des régimes de retraite, jugée « plus dégradée que
prévu ». La Commission des comptes et la loi de financement de la Sécurité
sociale estiment ainsi à 3,5 milliards d'euros le déficit de la Cnav en 2007,
contre 2,4 milliards en 2006.
Des effets insuffisants. Dans l'hypothèse d'un taux de chômage ramené à 4,5% à partir de
2015, le COR estime que le besoin de financement du système de retraite
s'élèvera à 13,6% de PIB en 2020 (au lieu des 12,9% prévus précédemment).
Selon le Conseil, pour atteindre l'équilibre en 2020, il
faudrait donc relever les cotisations de 1,5 points. Cette hausse pourrait être
compensée, en partie, par une baisse des cotisations d'assurance chômage.
Simultanément, le ratio entre les pensions et le revenu d'activités moyens
devrait être diminué d'environ 10%.
Favoriser l'emploi des seniors. Pour améliorer durablement les comptes de l'assurance
vieillesse, les experts du Cor insistent une nouvelle fois sur la nécessité
d'accroître le taux d'emploi des seniors. Ils rappellent qu'en 2005 le taux
d'emploi des 55-64 ans était de 37,8% en France, inférieur à la moyenne de
l'Union européenne (42,5%) et loin de la cible fixée au niveau communautaire
(50% en 2010).
Pour le Conseil, il faut conduire une politique de l'emploi qui
permette aux seniors de travailler au moins jusqu'à 60 ans. A cet égard, il
souligne « l'importance du lancement du Plan national d'action
concerté pour l'emploi des seniors 2006-2010, même s'il est
évidemment trop tôt pour juger de son
efficacité ».
Enfin, le Cor rappelle son attachement à la notion de
« neutralité actuarielle » : pour le Conseil, il est logique que
le nombre d'années de cotisations requises pour une retraite à taux plein
augmente proportionnellement à l'espérance de vie
Les régimes spéciaux. Enfin, le rapport aborde également la question des régimes
spéciaux (EDF-GDF, SNCF, RATP, marins, mineurs, notaires, Banque de France...).
Le sujet n'est pas envisagé sous l'angle du financement des régimes, mais sous
celui de l'égalité de traitement entre les cotisants. Compte tenu de la
« grande diversité » de ces régimes, le Cor préconise une
« approche différenciée » selon les entreprises. Il suggère néanmoins
plusieurs orientations communes, parmi lesquelles l'allongement des durées
d'assurance en fonction des gains d'espérance de vie et « une certaine
harmonisation des logiques d'indexation des
pensions ».
Raphaël Hadas-Lebel : « L'effort
devra être continu »
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Raphaël
Hadas-Lebel est le président du Conseil d'orientation des
retraites. |
En quoi la situation à
court terme de l'assurance vieillesse vous a-t-elle surpris, dans la mesure où
le précédent rapport du Cor tirait déjà la sonnette
d'alarme?
On ne peut effectivement
pas parler de surprise véritable, dans la mesure où les chiffres étaient connus
depuis septembre 2006. Toutefois, la situation est plus dégradée que ce que
laissaient prévoir les projections publiées dans notre précédent rapport. C'est
donc l'ampleur du déficit que nous avons voulu souligner. Elle provient de
résultats moins bons que prévu en termes de recettes. Et surtout, au niveau des
dépenses, nous avions probablement sous-évalué le coût du dispositif de retraite
anticipée pour carrières longues. On ne s'attendait pas à ce qu'il rencontre un
tel succès : 340.000 personnes en avaient bénéficié à la fin de l'année
dernière et cela a, bien sûr, pesé sur les comptes à court terme de la
Cnav.
Faut-il déjà
parler d'échec, concernant la réforme de 2003
?
Non, les grandes
hypothèses sur lesquelles a été bâtie la réforme n'ont pas été remises en cause.
Nous travaillons sur le long terme, avec pour horizon 2020 et même 2050. Pour le
moment, nous n'avons pas jugé nécessaire de modifier nos projections. Nous les
avons simplement mises à jour pour tenir compte du dernier scénario
démographique de l'Insee. Et le besoin de financement qui apparaît pour 2020
peut être couvert grâce à des ressources qui avaient déjà été envisagées en
2003.
Le rapport évoque la possibilité d'une
hausse des cotisations. Faut-il y voir l'amorce d'un changement de stratégie
?
Cette hausse, qui équivaut
à 1,5 point de prélèvements supplémentaires, était déjà incluse dans les
projections de la loi de 2003. Il est vrai que, dans le rapport, nous avons
souhaité répondre à des demandes formulées par certains membres du Conseil. Nous
avons donc évoqué la possibilité d'une action plus sensible sur les cotisations.
Mais, pour le reste, nous nous en tenons au scénario central que je viens
d'évoquer. De toute façon, c'est au gouvernement qu'il reviendra de se prononcer
sur la question.
Vous le soulignez une fois
encore, la clé de la réussite réside dans l'emploi des
seniors...
Il est certain que toutes
nos perspectives renvoient à une amélioration sensible de la situation de
l'emploi en général, et de l'emploi des seniors en particulier. Ce dernier point
exigera des efforts importants et nous suivrons attentivement son évolution. Il
est encore trop tôt pour juger de l'efficacité du Plan national pour l'emploi
des seniors. Mais sa réussite demande un changement de comportement de tous les
acteurs : employeurs, publics comme privés, salariés, et aussi l'État qui
doit se montrer cohérent et ne pas adopter, comme ce fut le cas récemment au
Parlement, des dispositions qui vont à l'encontre de cet objectif*. Si ces
changements de comportement ne sont pas obtenus, il faudra réexaminer les
conditions d'équilibre de notre système de
retraites.
Au-delà du symbole, quels pourraient être les effets d'une
réforme des régimes spéciaux ?
Le montant en lui-même des
pensions des régimes spéciaux est relativement limité : il ne représente
qu'un peu plus de 6% de la masse totale des pensions versées par l'ensemble des
régimes obligatoires. Mais, dans un système où l'on demande des efforts à tout
le monde, il faut que ces efforts soient partagés par tous de manière équitable.
C'est donc d'abord le principe d'égalité qui a inspiré nos propositions. Il faut
réexaminer ces régimes, tout en prenant en compte, quand il y aura lieu, les
situations de pénibilité.
Le rendez-vous de 2008 s'annonce
capital !
Il y aura effectivement du
travail. D'abord, parce que la loi prévoit un certain nombre de points qui
doivent être étudiés : la confirmation de l'allongement de la durée
d'assurance entre 2008 et 2012, les questions de l'indexation des pensions ou
des pensions minimales... Et au-delà de ces sujets, déjà importants, ce sera
l'occasion de faire un point d'ensemble sur la situation de notre système de
retraites. Ce qui est d'ores et déjà certain, c'est que les efforts que
prévoyait la loi de 2003 devront s'effectuer dans la continuité.
* La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2007 inclut
une disposition qui permet de prolonger certains systèmes de mise à la retraite
anticipée.
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