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Au
premier semestre 2006, l'âge moyen de départ en retraite des salariés du privé
s'est élevé à 60,9 ans, contre 61,9 ans en 2003. Certes, la réforme englobait
une mesure permettant aux salariés ayant commencé à travailler très jeunes
d'anticiper leur départ. Mais le succès de ce dispositif n'explique pas
tout : même si l'on exclut ces cas du calcul, l'âge moyen de départ reste
inférieur de six mois à ce qu'il était en 2003.
Incitations
insuffisantes ? Un
autre chiffre illustre la faible portée des mesures d'incitation au prolongement
de la vie professionnelle : le nombre de personnes qui prennent leur
retraite le mois de leur 60ème
anniversaire est passé sur la même période de 43,8% à 44,7%. C'est pour y
remédier que le gouvernement vient de relever la surcote attribuée
aux salariés prolongeant leur activité au-delà du nombre de trimestres requis
pour bénéficier d'une retraite à taux plein.
Situation
inverse chez les fonctionnaires. A
l'inverse, l'allongement progressif de la durée de cotisation imposé aux
fonctionnaires pour qu'ils bénéficient d'une retraite à taux plein semble porter
ses fruits. Sur la même période, l'âge moyen de la cessation d'activité a
augmenté de près d'un an, passant de 57 ans et 3 mois à 58 ans et 1 mois. La
différence entre public et privé s'est donc réduite. Supérieure à quatre ans en
2003, elle est aujourd'hui inférieure à 3 ans.
Des perspectives plus encourageantes.
Les
auteurs de l‘étude et les membres du Cor rappellent toutefois que les effets de
la réforme seront progressifs et qu'ils ne se feront pleinement sentir que vers
2020. Ainsi, selon les projections de la Cnav, l'âge moyen de départ
dans le privé devrait augmenter dès le second semestre 2006**, pour atteindre –
en 2020 – 62,7 ans pour les hommes et 62,5 ans pour les femmes. En conclusion, l'étude souligne que
« les mesures incitant à prolonger
l'activité [...] peuvent produire des
résultats tangibles si la situation du marché du travail est plus favorable à
l'activité des seniors. »
* Voir notre dossier « Retraites : la réforme définitivement
adoptée ». ** Sauf pour les femmes, pour qui il continuerait de diminuer jusqu'en
2008.
Nicolas Postel : « Les salariés font toujours le choix de quitter
le monde du travail dès qu'ils le peuvent » Maître de
conférence à l'université de Lille 1, Nicolas Postel est chercheur au Clerse, le
Centre lillois d'études et de recherches sociologiques et
économiques.
Êtes-vous surpris par les évolutions mises en
relief par l'étude de la
Cnav ?
Pas
du tout. Il faut en effet considérer qu'une large part de cette classe d'âge est
déjà en inactivité au moment de faire valoir ses droits à la retraite. Pour que
l'âge des départs augmente vraiment, il faudrait donc retrouver le plein emploi,
ce qui ne se décrète pas. Les résultats de l'étude confirment également que le
comportement des salariés en fin de carrière n'a pas changé. Ils font toujours
le choix de quitter le monde du travail dès qu'ils le peuvent, pour profiter de
leur retraite, même incomplète, plutôt que de continuer. De plus, lorsqu'ils ont
droit à une retraite à taux plein, ils font très rarement le choix de bénéficier
de la surcote.
Cela signifie-t-il, à votre avis, que cette surcote n'était pas
suffisamment incitative ?
C'est,
en tout cas, l'analyse faite par le gouvernement, puisqu'elle vient d'être
relevée. Personnellement, je pense que le problème n'est pas là. Simplement, le
curseur utilisé pour équilibrer les caisses de retraite, à savoir l'allongement
de la durée de cotisation, est un trompe-l'œil. Derrière cet allongement, on
table surtout sur une baisse du niveau des pensions, les gens ne pouvant ou ne
voulant plus faire des carrières complètes.
L'augmentation de la durée de cotisation ne suffira donc pas à
assurer le financement des retraites, selon
vous ?
En
effet, je ne le crois pas du tout ! Et je prends le pari que, sans
nouvelles mesures, le taux de remplacement* moyen aura considérablement baissé
d'ici 2020. On dispose de trois leviers pour assurer le financement des
retraites : le nombre d'années de cotisation, le niveau de ces cotisations
et celui des pensions. Ce que je regrette, c'est que depuis le début on ne joue
officiellement que sur le premier, tout en activant le troisième de manière non
dite. Pourtant, et ce n'est pas moi, c'est le Conseil d'orientation des
retraites qui l'affirme, une augmentation de 4 points des cotisations d'ici 2020
permettrait de maintenir le niveau des pensions, sans avoir à cotiser plus
longtemps.
Mais ne serait-il pas risqué, sur le plan économique, de décider
une telle hausse ?
L'argument
est effectivement assez répandu : une hausse des cotisations est impossible
pour des raisons d'efficacité économique et de compétitivité. Mais c'est
faux ! Lorsque le Cor effectue ces calculs, il projette des hausses de
cotisations au détriment du salaire net. Le salaire brut reste fixe. L'impact
sur la compétitivité des entreprises est donc nul.
En revanche, il serait sensible pour les
salariés...
Pas
vraiment ! 4 points d'augmentation sur 15 ans, cela ne représente
qu'environ 0,15 point par an. A mon avis, la mesure serait donc indolore.
D'autant que, dans une économie de croissance, le salaire net augmente d'environ
2% par an. Il suffirait donc de consacrer une partie de cette augmentation à la
hausse des cotisations. Ce serait le prix de la solidarité sociale. Sinon, ce
sera à chaque individu de s'assurer ou pas, de prendre ses propres décisions
individuelles. Mais c'est un débat politique, qu'il conviendrait d'expliquer en
tant que tel, et sur lequel l'économiste que je suis n'a rien à dire. A part
rappeler que le choix existe.
* Le taux de remplacement
est le rapport entre le niveau de la pension versée au moment de la liquidation
des droits à la retraite et le niveau du dernier revenu d'activité.
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