| Vers la fin de la retraite obligatoire ? (mars 2006) |
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| Pour faciliter le prolongement de la vie active, l'OCDE suggère de mettre un terme à la pratique de la retraite obligatoire. Pour l'Organisation de coopération et de développement économiques, l'évolution démographique impose une telle mutation. |
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Les
données démographiques.
Dans
un rapport qu'elle vient de publier, l'organisation commence par dresser un
constat : compte tenu du vieillissement de la population, et si la tendance
ne s'inverse pas dans les années à venir, la proportion de retraités par
travailleur doublera pratiquement d'ici 2050, passant de 38% à 70% dans les pays
de l'OCDE*.
Les
conséquences économiques et sociales seraient nombreuses : augmentation des
prélèvements obligatoires, baisse des prestations, ralentissement de la
croissance. Pour les auteurs du rapport, il convient donc de supprimer les
obstacles à l'emploi des salariés les plus âgés.
Accompagner
le vieillissement. Pour
encourager les seniors à rester plus longtemps actifs, l'OCDE suggère plusieurs
domaines d'intervention. En premier lieu, pensions et autres dispositifs
sociaux doivent favoriser la poursuite de l'activité professionnelle plutôt que
l'inverse. Pour l'organisation, la plupart des Etats, en particulier en Europe,
ont déjà pris des mesures dans ce sens mais la tendance doit encore être
amplifiée. Ainsi, « il conviendrait
de remettre en question la mise à la retraite d'office, car elle est
incompatible avec l'objectif général visant à laisser une plus grande latitude
aux travailleurs pour choisir le moment de leur départ à la
retraite. »
Changer
les attitudes. Pour
l'OCDE, les seniors doivent eux-mêmes « changer d'attitude vis-à-vis du prolongement
de la vie active et de l'acquisition de nouvelles compétences ». A
l'inverse, il revient aux entreprises d'adapter les conditions de travail à la
diversité des âges de leurs salariés, afin de mieux accueillir les seniors.
Modification des horaires, amélioration de l'ergonomie des postes de travail ou
accès à la formation facilité pour les salariés de plus cinquante ans
permettraient de lutter contre les discriminations par
l'âge.
*L'OCDE
regroupe 31 pays : Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Corée
du Sud, Danemark, Espagne, Etats-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie,
Irlande, Islande, Italie, Japon, Luxembourg, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande,
Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque,
Royaume-Uni, Suède, Suisse et Turquie.
Serge Volkoff : « Commencer par adapter les
conditions de
travail »
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Membre du Conseil
d'orientation des retraites, Serge Volkoff dirige le Centre d'études et de
recherches sur l'âge et les populations au travail
(Creapt). |
Vous paraît-il envisageable de ne plus imposer d'âge obligatoire
pour partir en retraite ?
Indépendamment
de mes convictions citoyennes, je ne veux répondre
que
sur la base de mes compétences. Une chose est sûre : quelles que soient les
mesures réglementaires adoptées sur l'âge de la retraite ou sur le nombre
d'années de cotisation, aucune option ne peut se substituer à une réflexion et à
une action effective sur les conditions d'emploi et de travail des seniors. J'en
veux pour preuve que lorsque les pré-retraites du Fonds national de l'emploi ont
été supprimées, on n'a pas vu s'allonger la durée moyenne de vie professionnelle
des salariés en France. On a simplement vu diminuer le nombre des pré-retraites
et augmenter, dans des proportions quasi-identiques, le chômage des seniors,
dans une période où le chômage baissait globalement. Cela signifie que, si l'on
ne touche pas au dispositif du travail, ceux qui doivent partir le feront, sous
un régime ou sous un autre : en chômage, en incapacité ou en retraite sans
bénéficier du taux plein.
Quelles mesures faut-il prendre en
priorité ?
Je
ne pense pas qu'il faille hiérarchiser. Il y a un très grand nombre de mesures,
qui ne sont d'ailleurs pas toutes législatives. Certaines sont plutôt du ressort
des chefs d'entreprise, des salariés ou de leurs représentants. S'il doit y
avoir action des pouvoirs publics, elle se situe surtout dans le domaine du
conseil, de l'incitation, de l'aide financière forte à des expériences
pilotes... Car on connaît désormais très bien les orientations générales d'une
politique qui permettrait aux seniors de se sentir mieux au travail, les leviers
sur lesquels il convient de jouer.
Quels sont ces
leviers ?
On
distingue quatre axes principaux. Il faut d'abord maîtriser les horaires
décalés, alternants, difficiles à tenir du point de vue de la fatigue, et
favoriser le recours au temps partiel.
Le
deuxième point concerne le domaine des sollicitations physiques. Je ne pense pas
nécessairement à la force et à l'endurance, mais plus à la posture de
travail : faut-il, par exemple, contraindre les gens à travailler
accroupis, penchés, tordus ou les bras en l'air ? Il faut donc souvent revoir
l'ergonomie des postes de travail, et pas seulement dans l'industrie.
Troisième
aspect : la question du travail dans l'urgence. Les salariés âgés
n'apprécient pas d'être soumis de manière répétée à la hâte, qui n'a rien à voir
avec la vitesse. On sait travailler vite à tout âge quand on connaît son métier.
Mais la précipitation les met en difficulté, dans la mesure où un individu a
besoin de pouvoir anticiper pour mobiliser les ressources de son expérience.
Enfin,
le point le plus connu est celui des nouvelles technologies et des changements
auxquels les salariés âgés seraient réticents. D'une manière générale, leur
réaction dépend beaucoup des dispositifs mis en place pour conduire ce
changement et de la formation dont ils peuvent bénéficier. Or, à la différence
de bon nombre de pays industrialisés, nous n'avons malheureusement pas, en
France, une culture très vivace de la formation tout au long de la vie. Il reste
donc énormément à faire.
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