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Emploi des seniors : l'Igas appelle à la mobilisation générale (janvier 2005)
Malgré une réelle prise de conscience des pouvoirs publics, de " forts handicaps " subsistent pour l'accès des seniors à l'emploi et à la formation professionnelle continue. C'est ce que souligne le rapport 2004 de l'Inspection générale des affaires sociales, intitulé " Gestion des âges et politiques de l'emploi ". L'Igas préconise une " mobilisation de tout le corps social ".

Un impératif démographique. S'appuyant sur les chiffres de l'Insee, le rapport annuel de l'Igas rappelle en préambule que, dans les prochaines décennies, la France connaîtra une faible croissance démographique, assortie d'un vieillissement significatif de sa population. Le nombre des personnes âgées de 60 ans et plus devrait ainsi passer de 12 millions aujourd'hui à 21 millions en 2035. Les seniors représenteront alors environ un tiers de la population. Ce vieillissement s'accompagnant d'une chute de la natalité, la population active est amenée à baisser. Il est donc impératif de renforcer la place des seniors dans la vie professionnelle.

 

Une politique aux effets limités. Selon les auteurs du rapport, les pouvoirs publics et le monde de l'entreprise ont pris conscience de cette nécessité. Dans cet esprit, le plan national d'action pour l'emploi* vise à repousser de 57,5 à 59 ans l'âge moyen de l'arrêt d'activité d'ici 2008. Toutefois, les négociations entre partenaires sociaux n'abordent que rarement le problème de la gestion des âges, le recours à la mise en retraite anticipée reste massif et les discriminations à l'embauche sont encore trop fréquentes. L'Igas propose donc d'accentuer la réorientation des politiques publiques d'emploi et de formation vers les salariés les plus âgés.

 

Renforcer les dispositifs existants. S'appuyant sur les expériences menées en Grande-Bretagne, Allemagne, Belgique et Suède, elle suggère une mobilisation générale en faveur de l'emploi des seniors. Celui-ci passerait d'abord par une optimisation des dispositifs existants** : travail en binôme pour transmettre les compétences, formation interne ou amélioration des conditions de travail permettent d'avoir un réel impact sur la durée des carrières. Le texte préconise également de renforcer les Pare (Plans d'aide au retour à l'emploi) pour les plus de 45 ans et, plus généralement, de mener pour les seniors une politique comparable à celle qui a été entreprise pour les jeunes : suivi et accompagnement des demandeurs d'emploi, aides au recrutement, formation et actions de reconversion...

 

Sensibiliser opinion et acteurs sociaux. Le rapport conseille également d'aménager les transitions entre activité et inactivité : mieux connaître le rôle social des retraités, faciliter leur activité en supprimant le plafond de revenus applicable au cumul emploi-retraite, stimuler les initiatives d'aménagement des fins de carrière en assouplissant, par exemple, la réglementation sur les comptes épargne-temps... Il prône enfin une décentralisation du dialogue social et la mise en place de nouvelles démarches contractuelles avec les régions et les grands bassins d'emploi, afin de pouvoir impliquer plus efficacement petites et moyennes entreprises.

 

*Depuis le sommet pour l'emploi de Luxembourg en 1997, l'Union européenne définit chaque année une série de lignes directrices constituant la stratégie commune en matière d'emploi. Chaque état membre doit ensuite transposer ces lignes directrices en terme de mesures concrètes et administratives au travers de son Plan national d'action pour l'emploi (PNA).

 

**Accords sur la Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GEPC), Contrats d'études prospectives... Des accords de ce type ont déjà été mis en place, en particulier dans les secteurs les plus touchés par le vieillissement de leur population active comme les banques, le bâtiment ou l'aéronautique.

 

 

Jean-Philippe Viriot-Durandal : "Inventer un nouveau contrat de société"

 

Maître de conférences à l'université de Franche-Comté, Jean-Philippe Viriot-Durandal est un spécialiste des questions relatives au vieillissement. Auteur de « Le pouvoir gris » (PUF), il a en particulier travaillé en collaboration avec l'ONU, la Commission européenne et le Sénat américain. 

Que vous inspire l'idée d'un "plan d'action en faveur de l'emploi des séniors"?

Il est évident que, par rapport aux autres pays européens, nous avons un retard à combler en matière d'emploi des personnes de plus de 55 ans. Mais il existe une certaine confusion dans le débat. Autant je suis très favorable aux dispositifs qui permettent d'améliorer les conditions de travail pour permettre aux gens de prolonger leur vie professionnelle autant je suis beaucoup plus réservé sur l'abolition totale des dispositions régulant le cumul emploi-retraite. Car, dans ce cas, il ne s'agit plus de favoriser le travail des seniors mais de permettre à des gens qui disposent déjà d'un revenu de continuer à travailler, au risque de créer un « dumping social » et des situations de tension intergénérationnelles.

 

Comment expliquer le retard français par rapport à des pays comme la Finlande, les Pays-Bas ou la Grande-Bretagne?

Concernant l'allongement de la durée d'activité les freins sont nombreux. C'est d'abord la conception même du rapport au travail et au repos qui est en jeu. Dans les pays scandinaves, par exemple, le travail est synonyme d'intégration de l'individu dans la société et renvoie à la notion de citoyenneté. En France, la citoyenneté passe par la redistribution : j'appartiens à une société qui me garantit un revenu. Autre point important : le chômage. Tant que le marché de l'emploi est saturé, on utilise l'âge comme une variable d'ajustement. La politique de mise à la retraite anticipée a donc été l'objet d'un véritable consensus national pendant plusieurs décennies.

D'autre part, la France était, jusqu'à présent, prisonnière culturellement d'un système ternaire : d'abord le temps de la formation, puis celui de la production, enfin celui de la retraite. Or ce dernier s'est considérablement allongé, puisqu'il atteint désormais plus de vingt ans en moyenne. Le système s'en trouve déséquilibré.

 

 

Il faut dire que les données démographiques ont changé!  

 

Non, justement ! A partir du moment où l'on connaît le nombre de naissance dans une cohorte, son avenir est relativement prévisible, sauf accident majeur. Le phénomène du Baby boom n'est pas nouveau. Ainsi, lorsque la France mettait en place la retraite à 60 ans, au début des années 80, la commission Greenspan, aux Etats-Unis, prévoyait d'allonger la durée d'activité pour répondre aux exigences démographiques qui se dessinaient. Or, les données étaient à peu près les mêmes, seuls différaient les contextes culturels et l'état du marché de l'emploi. Il faut  inventer un nouveau contrat de société, alors que nous restons un pays où, malgré les lois, les discriminations par l'âge restent fréquentes.

 

 

Sur quelles bases?

 

On ne peut pas administrer l'économie par décrets. Le problème n'est donc pas tant dans la construction de dispositifs que dans le changement culturel du rapport entre l'âge et l'emploi au sein des entreprises. Il passera par un engagement véritable des décideurs politiques et des partenaires sociaux au plus haut niveau. Une prise de conscience des médias est également indispensable, pour que nous changions collectivement notre regard sur le vieillissement.  Enfin, une mobilisation s'impose dans la formation, initiale et continue. A l'image de ce qui s'est fait en Finlande, il faut, par exemple, une sensibilisation sur le problème de la gestion des âges dans les universités ou les écoles de commerce d'où sortent les futurs DRH. Le processus est engagé, mais le chantier reste vaste.  

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