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Patrimoine : les Français prennent de l'assurance (juillet 2005)
Premier investissement à long terme des ménages, avant même l'immobilier, l'assurance vie a su se diversifier, afin de satisfaire de nouveaux besoins. Tels sont les principaux enseignements d'une étude que l'Insee et la Fédération française des sociétés d'assurance (FFSA) viennent de publier.

Des chiffres impressionnants. Début 2004, 59% des ménages, soit plus de 22 millions de personnes, déclaraient posséder un contrat d'assurance vie*. Seuls les livrets défiscalisés (livrets A, Codevi...) étaient plus répandus (83%) mais, au sein du patrimoine des ménages, l'assurance vie devançait la résidence principale (56%), l'épargne logement (41%), les valeurs mobilières (24%) ou l'épargne salariale (17%).

 

 

L'assurance en cas de vie. Elle concerne 11,6 millions de personnes réparties sur un peu plus du tiers des ménages (34,5%), mais représente la grande majorité des cotisations et des encours. Fin 2004, ceux-ci s'élevaient, selon la FFSA, à 837,4 milliards d'euros. 97,2 milliards d'euros ont été collectés en 2004, pour un versement annuel moyen de 7354 euros par détenteur. Selon l'étude, « il s'agit (...) pour une part significative, de transferts de patrimoine provenant par exemple de la vente d'une résidence secondaire ou de la clôture d'un (autre) produit d'épargne ».

 

Début 2004, 70% des ménages qui détenaient une assurance vie avaient choisi un contrat en euros, et 38% un contrat multisupports. L'ancienneté moyenne des contrats était de 10 ans. Enfin, les contrats collectifs ont connu une progression annuelle moyenne de 13% entre 1996 et 2004. Ils représentent désormais un encours de 75 milliards d'euros.

 

 

L'assurance en cas de décès. C'est le produit le plus répandu (41,5% des ménages), mais les cotisations y sont beaucoup plus modestes. Elles ne représentaient que 6,7% des sommes collectées par l'assurance vie en 2004, soit 7 milliards d'euros.

 

Les contrats souscrits dans le cadre d'un prêt bancaire y sont prépondérants. 21,5% des ménages détiennent cependant un contrat pour protéger leurs proches (temporaire décès, contrats obsèques, rente éducation...). Selon l'Insee, ce chiffre doit d'ailleurs être revu à la hausse, dans la mesure où il ne prend sans doute que partiellement en compte les contrats décès en entreprise ou ceux que prévoient les cartes bancaires.

 

 

Des progressions possibles. Après avoir fortement évolué ces vingt dernières années, l'assurance vie offre désormais des produits nombreux et adaptés à la demande. Selon les auteurs de l'étude, elle devrait poursuivre sa croissance, même si les avantages fiscaux ont été réduits. Trois pistes leur semblent plus particulièrement prometteuses :

  • le développement des contrats profilés, adaptés au risque choisi par leur détenteur
  • la préparation à la retraite
  • le vieillissement de la population, qui amènera sans doute les épargnants à modifier leur comportement de protection vis-à-vis de leur conjoint.

 

* L'assurance en cas de décès assure le versement d'une rente ou d'un capital à un ou plusieurs bénéficiaires en cas de décès de l'assuré. L'assurance en cas de vie prévoit le versement d'une rente ou d'un capital à l'assuré s'il est encore en vie à une date fixée dans le contrat. Elle inclut, le plus souvent, une contre-assurance en cas de décès.

 

 

 

 Hervé Pagenelle : "Inventer l'assurance vie de demain"

 

 

Hervé Pagenelle, de la Direction des études et des statistiques de la FFSA, a participé à la rédaction de l'étude.

 

 

 

 

Pourquoi une telle enquête ?

 

Elle constitue le moyen idéal pour obtenir des informations que nous n'avons pas habituellement. Nous disposons en général de données très précises sur les volumes d'épargne ou sur la rentabilité des contrats, mais nous n'avions, par exemple, qu'une idée très floue du nombre et de la répartition sociale des assurés. Ce sera, du reste, notre prochain travail. Nous avions décidé d'analyser l'enquête en deux temps : d'abord en la regardant de façon très globale, en examinant les taux de détention, puis en étudiant davantage les caractéristiques des épargnants. Ce second volet devrait d'ailleurs donner lieu à la rédaction d'un nouveau document, dans les mois qui viennent.

 

 

L'idée est donc de mieux cerner le profil des gens à qui vous vous adressez ?

 

On parle beaucoup en ce moment du rajeunissement des assurés, des modifications structurelles provoquées par la recomposition des familles, de l'arrivée du papy boom... Or, il ressort de l'enquête qu'une des forces de l'assurance vie est d'avoir su évoluer, pour proposer des produits adaptés à la demande. Il est donc important de mesurer l'impact de ces mutations, pour essayer de deviner un peu ce que sera l'avenir et continuer à inventer l'assurance vie de demain.

 

 

En attendant, quels premiers enseignements tirez-vous de ces résultats ?

 

La progression du nombre des assurés est comparable à l'évolution de leurs cotisations. La cotisation moyenne n'a pas progressé beaucoup plus que l'inflation. Ces dernières années, l'assurance vie a d'abord crû parce que de nouveaux assurés y sont venus, ce qui est positif. D'autre part, la grande innovation est d'avoir introduit, avec succès, le risque financier dans certains contrats, via le développement des contrats en unités de compte.

 

 

38% des ménages détenant un contrat multisupports vous semblent être un résultat positif?

 

La part de risque dans le patrimoine des ménages français est traditionnellement faible quand on la compare, par exemple, à celle des ménages anglo-américains. Par ailleurs, dans le passé, l'assurance en cas de vie était considérée comme LE produit de la sécurité, à taux garanti. Que plus d'un tiers des ménages aient compris qu'il va de leur intérêt d'ajouter une dimension de risque à leur épargne me semble donc, effectivement, un beau succès. D'autant qu'il n'a été acquis qu'en une petite dizaine d'années, et que la progression va se poursuivre.

 

 

Quels sont, à vos yeux, les autres secteurs qui disposent de marges de progression importantes ?

 

J'évoquerai principalement le domaine de la prévoyance et l'assurance décès. Deux phénomènes vont y concourir. D'une part, les ménages s'endettent de plus en plus. Or, là encore, nous ne faisons que nous rapprocher des standards anglo-américains, où l'endettement reste nettement supérieur au nôtre. Le processus devrait donc se poursuivre et l'assurance emprunteur a, en toute logique, encore de beaux jours devant elle.

D'autre part, le désir de protéger sa famille et/ou ses proches, quel que soit le lien de parenté, ne pourra que croître avec le vieillissement de la population. La France a toujours réagi aux évolutions de la génération du baby boom. Elle a changé la société dans les années 70, transformé les lycées et les universités... Les baby-boomers approchant désormais de l'âge de la retraite, ce sujet est dans l'actualité. Dans quelques années, ils vont surtout nous parler de dépendance ou de prévoyance !

 
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